‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 63 sur 100 · PRÈS L'ARRÊT DB MORT PRONONÇA LB IS JUILLET · texte numérisé non relu

PRÈS L'ARRÊT DB MORT PRONONÇA LB IS JUILLET

Par votre ange envolée ainsi qu'une colombe ! Par ce royal enfant, doux et frêle roseau ! Grâce encore une fois ! grâce au nom de la tombe t Grâce au nom du berceau I

12 jaiUet. Minuit.

L'église est vaste et haute. A ses clochers superbes L*ogive en fleurs suspend ses trèfles et ses gerbes ; Son portail resplendit, de sa rose pourvu ; Le soir fait fourmiller sous la voussure énorme Anges, vierges, le ciel, Tenfer sombre et diflbrme. Tout un monde efirayant comme un rêve entrevu.

Mais ce n'est pas l'église, et ses voûtes sublimes,

Ses porches, ses vitraux, ses lueurs, ses abtmes.

Sa façade et ses tours, qui fascine mes yeux ;

Non; c'est, tout près, dans l'ombre où l'âme aime à descendre,

Cette chambre d'où sort un chant sonore et tendre. Posée au bord d'un toit comme un oiseau joyeux.

Oui, l'édifice est beau, mais cette chambre est douce. J'aime le chêne altier moins que le nid de mousse ; J'aime le vent des prés plus que l'âpre ouragan ; Mon cœur, quand il se perd sur les vagues béantes. Préfère l'algue obscure aux falaises géantes, Et l'heureuse hirondelle au splendide océan.

Frais réduit! à travers une claire feuillée

Sa fenêtre petite et comme émerveillée

S'épanouit auprès du gothique portail.

Sa verte jalousie à trois clous accrochée,

Par un bout s'échappant, par l'autre rattachée,

S'ouvre coquettement comme un grand éventail.

Au dehors un beau lys, qu'un prestige environne.

Emplit de sa racine et de sa fleur couronne

— Tout près de la gouttière où dort un chat sournois

Un vase à forme étrange en porcelaine bleue

Où brille, avec des paons ouvrant leur large queue.

Ce beau pays d'azur que rêvent les chinois.

Et dans l'intérieur par moments luit et passe Une ombre, une figure, une fée, une grâce,

Jeune fiUe du peuple au chant plein de bonheur. Orpheline, dit-on, et seule en cet asile. Mais qui parfois a Tair, tant son front est tranquille. De voir distinctement la face du Seigneur.

On sent, rien qu'à la voir, sa dignité profonde. De ce cœur sans limon nul vent n'a troublé Tonde. Ce tendre oiseau qui jase ignore l'oiseleur. L'aile du papillon a toute sa poussière. L'âme de l'humble vierge a toute sa lumière. La perle de l'aurore est encor dans la fleur.

A l'obscure mansarde il semble que l'œil voie Aboutir doucement tout un monde de joie, La place, les passants, les enfants, leurs ébats, Les femmes sous l'église à pas lents disparues, Les fronts épanouis par la chanson des rues, Mille rayons d'en haut, mille reflets d'en bas.

Fille heureuse! autour d'elle ainsi qu'autour d'un temple, Tout est modeste et doux, tout donne un bon exemple. L'abeille fait son miel, la fleur rit au ciel bleu, La tour répand de l'ombre, et, devant la fenêtre, Sans faute, chaque soir, pour obéir au maître, L'astre allume humblement sa couronne de feu.

Sur son beau col, empreint de virginité pure. Point d'altière dentelle ou de riche guipure ; Mais un simple mouchoir noué pudiquement. Pas de perle à son front, mais aussi pas de ride,

Mais un œil chaste et vif, mais un regard limpide Où brille le regard que sert le diamant?

L'angle de la cellule abrite un lit paisible. Sur la table est ce livre où Dieu se fait visible, La légende des saints, seul et vrai panthéon. Et dans un coin obscur, près de la cheminée. Entre la bonne vierge et le buis de l'année. Quatre épingles au mur fixent Napoléon.

Cet aigle en cette cage ! — Et pourquoi non? Dans Tombre De cette chambre étroite et calme, où rien n'est sombre, Où dort la belle enfant, douce comme son lys. Où tant de paix, de grâce et de joie est versée. Je ne hais pas d'entendre au fond de ma pensée Le bruit des lourds canons roulant vers Âusterlitz.

Et près de l'empereur devant qui tout s'incline, — 0 légitime orgueil de la pauvre orpheline ! — Brille une croix d'honneur, signe humble et triomphant, Croix d'un soldat, tombé comme tout héros tombe. Et qui, père endormi, fait du fond de sa tombe Veiller un peu de gloire auprès de son enfant.

Croix de Napoléon! joyau guerrier! pensée! Couronne de laurier de rayons traversée ! Quand il menait ses preux aux combats acharnés, Il la laissait, afin de conquérir la terre. Pendre sur tous les fronts durant toute la guerre ; Puis, la grande œuvre faite, il leur disait : Venez !

Puis il donnait sa croix à ces hommes stoïques. Et des larmes coulaient de leurs yeux héroïques ; Muets, ils adoraient leur demi-dieu vainqueur; On eût dit qu'allumant leur âme avec son âme. En touchant leur poitrine avec son doigt de flamme, 11 leur faisait jaillir cette étoile du cœur !

Le matin elle chante et puis elle travaille, Sérieuse, les pieds sur sa chaise de paille. Cousant, taillant, brodant quelques dessins choisis;

Et, tandis que, songeant à Dieu, simple et sans crainte. Cette vierge accomplit sa tache auguste et sainte. Le silence rêveur à sa porte est assis.

Ainsi, Seigneur, vos mains couvrent cette demeure. Dans cet asile obscur, qu'aucun souci n'eflleure. Rien qui ne soit sacré, rien qui ne soit charmant ! Cette âme, en vous priant pour ceux dont la nef sombre. Peut monter chaque soir vers vous sans faire d*ombre Dans la sérénité de votre firmament.

Nul danger ! nul écueil ! — Si ! Taspic est dans Therbe.

Hélas ! hélas ! le ver est dans le fruit superbe.

Pour troubler une vie il suffit d'un regard.

Le mal peut se montrer même aux clartés d'un cierge.

La curiosité qu'a Fesprit de la vierge

Fait une plaie au cœur de la femme plus tard.

Plein de ces chants honteux, dégoût de la mémoire. Un vieux livre est là-haut sur une vieille armoire. Par quelque vil passant dans cette ombre oublié; Roman du dernier siècle ! œuvre d'ignominie ! Voltaire alors régnait, ce singe de génie Chez l'homme en mission par le diable envoyé.

Mi

Frêle barque assoupie à quelques pas d'un couiTro ! Prends garde, enfant! cœur tendre où rien encor ue sv>iu\Vv^ ' 0 pauvre fille d"Êve î ô pauvre jeune esprit ! Voltaire, le serpent, le doute, rironie» Voltaire est dans un coin de ta chambre bénie ! Avec son œil de flamme il t*espionne» et rit.

Oh ! tremble ! ce sophiste a sondé bien des fanges ! Oh ! tremble ! ce faux sage a perdu bien des anges ! Ce démon, noir milan, fond sur les cœurs pieux. Et les brise, et souvent, sous ses griffes cruelles. Plume à plume j*ai vu tomber ces blanches aUes Qui font qu'une âme vole et s*enfuit dans les cieux«

Il compte de ton sein les battements sans nombre. Le moindre mouvement de ton esprit dans Fombre, S*il penche un peu vers lui, fait resplendir son œil. £t, comme un loup rôdant, comme un tigre qui guette. Par moments, de Satan, visible au seul poète, La tète monstrueuse apparaît à ton seuil.

Hélas ! si ta main chaste ouvrait ce livre infâme. Tu sentirais soudain Dieu mourir dans ton âme. Ce soir tu pencherais ton front triste et boudeur Pour voir passer au loin dans quelque verte allée Les chars élincelants à la roue étoilée. Et demain tu rirais de la sainte pudeur!

Ton lit, troublé la nuit de visions étranges, Ferait fuir le sommeil, le plus craintif des anges. Tu ne dormirais plus, tu ne chanterais plus. Et ton esprit, tombé dans Tocéan des rêves.

Irait, déraciné comme Therbe des grèves, Du plaisir à Fopprobre et du flux au reflux !

Oh ! la croix de ton père est là qui te regarde ! La croix du vieux soldat mort dans la vieille garde ! Laisse-toi conseiller par elle, ange tenté ! Laisse-toi conseiller, guider, sauver peut-être Par ce lys fraternel penché sur ta fenêtre, Qui mêle son parfum à ta virginité !

Par toute ombre qui passe en baissant la paupière !

Par les vieux saints rangés sous le portail de pierre !

Par la blanche colombe aux rapides adieux !

Par Torgue ardent dont Thymne en longs sanglots se brise !

Laisse-loi conseiller par la pensive église !

Laisse-toi conseiller par le ciel radieux !

Laisse-toi conseiller par Taiguille ouvrière.

Présente à ton labeur, présente à ta prière.

Qui dit tout bas : Travaille 1 Oh ! crois-la I Dieu, vois-tu.

Fit naître du travail, que Tinsensé repousse,

Deux filles, la vertu, qui fait la gaité douce,

Et la gaité, qui rend charmante la vertu !

Entends ces mille voix, d'amour accentuées, Qui passent dans le vent, qui tombent des nuées,

roésn. — iti. il

Qui montent vaguement des seuils silencieux, Que la rosée apporte avec ses chastes gouttes. Que le chant des oiseaux te répète, et qui toutes Te disent à la fois : Sois pure sous les cieux !

Sois pure sous les cieux ! comme Tonde et lauron*. Gomme le joyeux nid, comme la tour sonore. Comme la gerbe blonde, amour du moissonneur. Comme Tastre incliné, comme la fleur penchante. Comme tout ce qui rit, comme tout ce qui chanio. Comme tout ce qui dort dans la paix du Seigneur !

Sois calme. Le repos va du cœur au visage ;

La tranquillité fait la majesté du sage.

Sois joyeuse. La foi vit sans Taustérité ;

Un des reflets du ciel, c*est le rire des femmes ;

La joie est la chaleur que jette dans les àme^

Cette clarté d*en haut qu*on nomme vérité.

La joie est pour Tesprit une riche ceinture.

La joie adoucit tout dans Timmense nature.

Dieu sur les vieilles tours pose le nid charmant

Et la broussaille en fleur qui luit dans Therbe épaisse

Car la ruine même autour de sa tristesse

A besoin de jeunesse et de rayonnement.

Sois bonne. La bonté contient les autres choses. Le Seigneur indulgent sur qui tu te reposes Compose de bonté le penseur fraternel.

La bonté, c'est le fond des natures augustes.

REGARD JETÉ DANS UNE MANSARDE. H» D'une seule vertu Dieu fait le cœur des justes. Comme d'un seul saphir la coupole du ciel.

.Vinsi, tu resteras, comme un lys, comme un cygne, Blanche entre les fronts purs marqués d'un divin signe. Et tu seras de ceux qui, sans peur, sans ennuis, Dos saintes actions amassant la richesse. Rangent leur barque au port, leur vie à la sagesse, El, priant tous les soirs, dorment toutes les nuits!

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