SCÈNE PREMIERE
GILBERT, JOSIIL'A.
GILBERT
JOSHl'A.
GILBERT
Plus d'espoir?
JOSHUA
Plus d'espoir!'
Gilbert va â U feoètre.
— Oh! tu ne verras rien de la fenêtre!
GILBERT
Tu t'es informé, n'est-ce pas?
JOSHUA
Je ne suis que trop sûr.
GILBERT
C'est pour Fabiani?
JOSHUA
C'est pour Fabiani .
GILBERT
Que cet homme est heureux ! Malédiction sur moi !
JOSHUA
Pauvre Gilbert! ton tour viendra. Aujourd'hui c'est lui, demain ce sera loi.
GILBERT
yue veux-tu dire? Nous ne nous entendons pas. De quoi me parles-tu?
JOSHUA
De l'échafaud qu'on dresse en ce moment.
GILBERT
Et moi, je te parle de Jane.
JOURNÉE Iir. - LEQUEL DES DEUX? 229
JOSHUA
De Jane?
Oui, de Jane! de Jane seulement! Que m*importe le reste? Tu as- donc tout oublié, toi? tu ne te souviens «lonc plus que, depuis un mois, collé aux barreaux de mon cachot d'où l'on aperçoit la rue, je la vois rôder "i^ns cesse, pale et en deuil, au pied de cette tourelle qui renferme deux hommes, Fabiani et moi? Tu ne te rappelles donc plus mes angoisses, mes doutes, mes incertitudes? Pour lequel des deux vient-elle? Je me fais cette question nuit et jour, pauvre misérable ! je te l'ai faite à toi-même, Joshua, et tu m'avais promis hier au soir de tâcher de la voir et de lui parler. Oh! dis! ^i^u quelque chose? Est-ce pour moi qu'elle vient ou pour Fabiani?
JOSHt'A.
J*ai su que Fabiani devait décidément être décapité aujourd'hui, et toi demain, et j'avoue que depuis ce moment-là je suis comme fou, Gilbert. L'échafaud a fait sortir Jane de mon esprit. Ta moH...
GILBERT
Ma mort! qu'entends-tu par ce mot? Ma mort, c'est que Jane ne m'aime plus. Du jour oii je n'ai plus été aimé, j'ai été mort. Oh! vraiment mort, Joshua! Ce qui survit de moi depuis ce temps ne vaut pas la peine qu'on prendra demain. Oh! vois-tu, tu ne te fais pas d'idée de ce que c'est qu'un homme qui aime! Si Ton
m'avait dit, il y a deux mois : Jane, votre Jane sans tache, votre Jane si pure, votre amonr, votre orgueil, votre lys, votre trésor, Jane se donnera à un autre, en voudrez-vous après? — j'aurais dit : Non, je n'en voudrai pas! plutôt mille fois la mort pour eUe et pour moi! Et j'aurais. foulé sous mes pieds celui qui m'eût parlé ainsi. — Eh bien, si, j'en veux ! — Aujourd'hui, vois-tu bien, Jane n'est plus la Jane sans tache qui avait mon adoration, la Jane dont j'osais à peine effleurer le front de mes lèvres, Jane s'est donnée à un autre, à un misérable, je le sais, eh bien, c'est égal, je l'aime! j'ai le cœur brisé, mais je l'aime! je baiserais le bas de sa robe, et je lui demanderais pardon si elle voulait de moi, elle serait dans le ruisseau de la rue avec celles qui y sont que je la ramasserais là et que je la serrerais sur mon cœur, Joshua I — Joshua, je donnerais, non cent ans de vie, puisque je n*ai plus qu'un jour, mais l'éternité que j'aurai demain, pour la voir me sourire encore une fois, une seule fois avant ma mort, et me dire ce mot adoré qu'elle me disait autrefois : Je t'aime ! — Joshua, Joshua, c'est comme cela, le cœur d'un homme qui aime. Vous croyez que vous tuerez la femme qui vous trompe? Non, vous ne la tuerez pas, vous vous coucherez à ses pieds après comme avant, seulement vous serez triste. Tu me trouves faible? Qu'est-ce que j'aurais gagné, moi, à tuer Jane? Oh! j'ai le cœur plein d'idées insupportables! Oh! si elle m'aimait encore, que m'importe tout ce qu'elle a fait? Mais elle aime Fabianil mais elle aime Fabiani! c'est pour Fabiani qu'elle vient! Il y a
JOURNÉE III. -LEQUEL DES HEUXr 131
uiu* chose certaine, c'est que je voudrais mourir! Aie pitii* de moi, Josluia!
JOSHIA.
Fabiani sera rois à mort aujounriiui.
r.ILBERT.
Et moi demain.
JOSHl'A.
nit*u o<t nu bout de tout.
GILBERT
Aujourd'hui je serai vengé de lui. Demain il sera \f*np' de moi.
JOSHl'A .
Mun fK're, voici le second conslable de la Tour, tiiaitre Êneas Dulverton. Il faut rentrer. Mon frère, je If rf\ errai ce soir.
GILBERT
Oh ! mourir sans être aimé ! mourir san^ être pleuré ! Jan^!. Jane! . Jane! ..
il rentre daot '.o cachot JOSHUA.
Pauvre Gilbert! Mon Dieu! qui nreiit jamais dit t|ue o- qui arrive arriverait*
Il ton. — Balrtot siidub Rrnirl et aiAltre Rrif*af.
t3t MARIE TUDOR.