‹ Œuvres complètesChapitre 144 sur 190 · C.\TARINA; RODOLFO, d'abord sur le balcoD · texte numérisé non relu

C.\TARINA; RODOLFO, d'abord sur le balcoD

CATARINA, aeulc.

Il y avait une chanson qu*il chantait. Il la chantait a mes pieds avec une voix si douce ! Oh ! il y a des moments où je voudrais le voir. Je donnerais mon sang pour cela! Ce couplet surtout qu*il m*adressait.

bll? pri*n J U guiurrc.

— Voici, l'air, je crois.

BlU Joue quelque! meearee d'une muaiqoe méUacoUque.

— Je voudrais me rappeler les paroles. Oh! je

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vendrais mon âme pour les lui entendre chanter, à lait encore une fois ! sans le voir, de là-bas, d*aussi loio qu*on voudrait. Mais sa voix! entendre sa voix!

RODOLFO, da balcon oix il est caché.

U chante.

Mon &me à ton cœur s^est donnée.

Je n'existe qu'à ton côté; Car une môme destinée Nous joint d*un lien enchanté; Toi l'harmonie, et moi la lyre; Moi l'arbuste, et toi le zéphire; Moi la lèvre, et toi le sourire; Moi Tamour, et toi la beauté !

Ciel!

CÀTARINA, laissant tomber la gaitare.

RODOLFO, continuant, toujoan caché.

Tandis que l'heure S'en va fuyant, Mon chant qui pleure Dans l'ombre effleure Ton front riant.

CATARIXA.

Rodolfo !

RODOLFO, paraissant et jetant son manteau sur le balcon derrière lui-

Catariua !

H vient tomber X ses pieds.

CATARIXA.

Vous ôtes ici? Comment! vous Hes ici? Oli! Dieu! je meurs de joie et d'épouvante! Rodolfo! savez-vous où vous êtes ? Est-ce que vous vous figurez que vous

éiiis ii'i dans une chambre ooininc une autre, mallieu- L*ux? Vous ns<|uez votre tète!

ItODOLKO.

Que nrimporle ! Je serais mort de ne plus vous voir, j'aiine mieux mourir pour vous avoir revue.

<:ataiiina

Tu as bien fait. Eh bien, oui, tu as eu raison de \t'nir. Ma tcle aussi est risquée. Je te revois, qu*imfM.rli' Iv reste! Une heure avec toi, et ensuite que ce phtfond rnude s*il veut!

noDOLFO.

l^aiNrurs le ciel nous proté^^era, tout dort dans le palai<« il n'y a pas de raison pour que je ne sorte pas i'ommr je suis entré.

CATAUINA.

(Itmnnent as-tu fait?

nODOLKO.

C*est un homme auquel j*ai sauvé la vie. Je vous expliquerai cela. Je suis siir des moyens que j*ai em-

plnvé'i.

CATAUI-NA.

N'r*»t-rr pas? oh! si tu es sûr, rela suiïlt. Oh! Dieu! mais rej:arde-moi donc, que je te voie !

IlODOLtO.

Catarina !

CATAIll.NA.

Oh! ne pensions plus qn*a nous, toi à moi, moi à (oi. Tu me trouves bien changée, n'est-ce pas? Je vais t'en

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dire la raison, c'est que depuis cinq semaines je nU fait que pleurer. Et toi, qu*as-tu fait tout ce temps^à? Âs-tu été bien triste au moins ? Quel effet cela t'a441 fait, cette séparation ? Dis-moi cela. Parle-moi. Je v^ix que tu me parles.

RODOLFO

0 Catarina ! être séparé de toi, c'est avoir les ténèbres sur les yeux, le vide au cœur ! c'est sentir qu'on meurt un peu chaque jour ! c'est être sans lampe dans un cachot, sans étoile dans la nuit ! c'est ne plus vivre, ne plus penser, ne plus savoir rien ! Ce que j*ai fait, dis-tu? je l'ignore. Ce que j'ai senti, le voilà.

CATARINA

Eh bien, moi aussi! eh bien, moi aussi! eh bien, moi aussi ! Oh ! je vois que nos cœurs n'ont pas été séparés. 11 faut que je te dise bien de^ choses. Par où commencer? On m'a enfermée. Je ne puis plus sortir. J'ai bien souffert. Vois-tu, il ne faut pas t'étonner si je n'ai pas tout de suite sauté à ton cou, c'est que j'ai été saisie. Oh ! Dieu ! quand j'ai entendu ta voix, je ne puis pas te dire, je ne savais plus où j'étais. Voyons, assieds-toi là, tu sais? comme autrefois. Parlons bas seulement. Tu resteras jusqu'au matin. Dafne te fera sortir. Oh! quelles heures délicieuses! Eh bien, maintenant, je n'ai plus peur du tout, tu m'as pleinement rassurée. Oh! je suis joyeuse de te voir. Toi ou le paradis, je choisirais toi. Tu demanderas à Dafne comme j'ai pleuré ! Elle a bien eu soin de moi la pauvre flUe. Tu la remercieras. Et Regiuella aussi. Mais dis-moi, tn

B% (lonr <li*rouvert mon nom? Oh! tu n*cs embarrassi^ de rien, toi. io ne sais pas ce que tu ne ferais pas quan<i tu veux une chose. Oh! dis, auras-tu moyen de revenir?

ItODOLFO.

Oui. Et comment vivrais-je sans cela? Catarina, je iVcoute avec ravissement. Oh! ne crains rien. Vois comme c(*tte nuit est cahne. Tout est amour en nous, tout est repos autour (h* nous. Deux âmes comme les Dôtn*sqni sVpanchent Tune dans Tautre, Catarina, c'est quel«|ue chose de limpide et de sacré que Dieu ne voudrait pas troubler ! Je t*aime, tu m*aimes, et Dieu nous voit ! Il n*y a que nous trois d'éveillés à cette heure. Ne crains rien.

CAT.^RINA

Non. Et puis il y a des moments où l'on oublie tout. On e<t heureux, on est ébloui Tun de Tautrc. Vois, Itodolfu; séparés, jt* ne suis qu'une pauvre femme pri- 8onnièn\ tu n\*s (prun pauvre homme baimi; ensemble, nous fcTions envie aux anges ! Oh ! non, ils ne sont pas tant au ci(*l (|ue nous. Kodolfo, on ne meurt pas di* joie, car je serais morte. Tout est mêlé dans ma tét(*. Je t'ai fait mille questions tout a l'heure, je ne |Mji< plus nie rappeler un mot de ce que je t'ai dit. T'en souvieu'i-tu, toi, seulement? Quoi! ce n'est pas un rè>e? Vraiment, tu es là, loi!

UODOLFO.

Pauvre amie!

ipaAflK. — III. Si

n est vena an tomme avec toi '. fitn * Voyous !

fju'est-'ie ipie •;>*t 'loe cette lettre?

— < U y a des geoà t:]!!! ne s'enivrent que de via 'le Chypre. D y en a d'antres qui ne jouissent que de la vengeance raffinée. Madame, un sbire qui aime est bien petit, un sbire qui se venge est bien grand. > —

RODOLFO

Grand Dieu! qu'esl-ce que cela veut dire?

CATARINA

Je connais l'écriture. C'est un inTàme qui a osé

uraiiiKT, et me le dire, et venir un jour ehez moi, à Venise, et que j'ai fait chasser. Cet homme s'appelle lluinuJei.

noDOLFO.

En riVet.

CATAIiINA.

C'est un espion du conseil des Dix.

IlODOLFO.

Ciel!

CATAIU.NA.

.Nous sommes perdus! Il y a un piège, et nous y sommes pris.

li\\9 Ta au ImIcod ut ro^ard?.

— Ah ! Dieu !

noboLFO.

yuoi ?

CATARINA

Kleins ce llambeau. Vite !

KODOLFO, ttc.^aiat 1« flambeau.

yu*as-tu?

CATARl.NA.

I^ fralerie t|ui donne sur le pont Molino...

RODOLFO

Eh bien?

CATARINA

Je viens d'y voir paraître et disparaître une lumière.

340 ANGBLO.

RODOLFO

Misérable insensé que je suis! Catarina, ta cause dtta perle, c'est moi !

CATARINA

Rodoifo, je serais venue à loi comme tu es veuu à moi.

PrétiDl l'omille 1 ta p«lils potts dn fond.

— Silence ! Écoulons. — Je crois enteDtli-e du bruil dans le corridor. Oui, on ouvre une porte, oo marche!

— l'ar où es-lu entré?

RODOLFO

Par une porte masquée, là, que ce démou a refermée.

CATARINA

Que faire?

RODOLFO

Celle porte?...

CATARINA

Donne chez mon mari!

RODOLFO

La fenêtre ?

CATARINA

Un abime!

RODOLFO

Cette porle-ci?

CATARINA

C'est mon oratoire, où il n'y a pas d'issue. Aucui) moyen de fuir. C'est égal, entres-y.

Bile ouTca l'orauiite, Rodolte t'y pricipiW. Bllo telonu la porM,

JOURNÉE 11. - LE CRUCIFIX. 3il

— Fermons-la h double tour.

Elle prend U clef, qu'elle cache dans m poitrine.

— Oui sail ce qui va arriver? Il voudrait pcut-élre me porter secours. Il sortirait, il se perdrait.

RIU Ta A la pcUU purte da fond.

— Je nVnteiids plus rien. Si, on marche. On s'arrête. Pour écouter sans doute. Ah! mon Dieu! feignons toujours de dormir.

Bl'e i)Oitie u robe de «urtoot et m jette tur le lit.

— Ah! mon Dieu! je tremble. On met une clef dan-^ la serrure. Oh! je ne veux pas voir ce qui va entrer !

nie ferme le* rideau du ht. La porte s'ouTre.

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