‹ Œuvres complètesChapitre 150 sur 190 · SCENE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIÈRE

HOUODEI, ORDELAFO.

ORDELAFO.

Vois-tu, Ilomoilci, c'est par cette feoôlre.

U lui m lOtre U loa^e ouvrt.ire r;rm<-e.

La rivière coule dessous. Toutes les fois que le podesla ou la sérénissime seigneurie veuleol se défaire

336 A.NGBLO.

de quelqu'un, on apporte ici le quidam, mort ou tîI^ OD l'attache hmv une claie, oq met quatre bonnes pierres aux quatre coins, et puis on jette le tout par cette fenêtre. Le fleuve se charge du reste. A Venise vous avez le canal Orfano, à Padouc nous avons la Brenla. Gomment! lu ne connaissais pas celte maison-ci?

UOHODEt.

Je suis assez nouveau venu en cette ville. Je ne connais pas encore tous tes usages. Au reste cette maison est fort bien située pour ce que je feux faire. Dans un lieu désert, et sur le chemin que la Reginella suivra en retournant au palais.

ORDBLAFO.

Qu'est-ce que c'est que la Begiaella?

HOXOUEI.

C'est bon! c'est bon! réponds seulement. — Qui habite cette maison?

ORDELAFO.

Deux espèces de dogues à face humaine, qu'on appelle l'un Orfeo, l'autre Gaboardo. Tu vas les voir rentrer tout à l'heure.

HOHODEI.

Que font-ils ici, ces deux hommes?

ORDELAFO.

Les exécutions de nuit, les disparitions de corps morts, tout ce courant d'affaires secrètes qui suit les

raux tit? la Brenta. — Mais reprenons. Tu me disais ilonc (|ue la chose avait manqué.

IIOMODFI.

Oui.

ORDFI.AKO.

Aus<i quelle folie d'aller t*ima;;iner qu'il sufTisait de lâcher une femme lànledans !

IIOMODKI.

Tu ne sais ce que tu di<. Quand on a une idée qui fM*ul tuer quelqu'un, la meilleure lame qu'on y puisse t^nmaneher, c'est la jaluusie d'une femme. Ah! d'ordinaire hs femmes se vengent. Je ne <*omprends pas ce ipii a passt» par la tête de eelle-ei. Qu'on ne me parle plus t\r< comédiennes pour savoir donner un coup «le couteau. Toute leur tragédie s'en va sur le théâtre.

ORhKLAFO.

A ta place j'aurais été tout bonnement au podesta, •*t je lui aurais dit : Votre femme

IIOMODKI.

A ma [dacc tu n'aurai^ pas été tout bonnement au |>otlc<ta, et tu ne lui aurais pas dit : Votre femme : car lu sais au<^si bien que moiquerillustris<ime conseil des dix nouH interdit à Um< tant que nous sommes, à moi au<**i bien qu'à toi, d'avoir quelque rapport que ce soit a\ec le podesta, jusqu'au jour oii nous sommes chargée de l'arrêter. Tu sai»* fort bien que je ne peux ni parler au po<lesta, ni lui écrire, sous peine de la vie, et que je suis surveillé. Qui <ait? c'c^t peut-être toi qui me surveilles!

388 AXGBLO.

ORDELAFO.

Honio<jei, nous sommes amis!

IIOMODEI.

Raison de plus. Je ne suis pas censé me défier de toi.

ORUELAFO.

Oh! mon bon ami Homodei!

BOHODEI.

Mais je m'en défie, vois-tu!

ORDELAFO.

Je ne sais pas ce que je l'ai fait.

HOHODEI.

Rien. De sottes questions, voilà tout. Et puis je ne suis pas de bonne humeur. Allons, nous sommes amis. Donne-moi la main.

OBDELAFO.

Ainsi tu renonces à ta vengeance ?

HOHODEI.

A ma vie plutôt! Ordelafo, tu n'as jamais aimé une femme, toi, tu ne sais pas ce que c'est que d'aimer une femme, et qu'elle vous chasse, et qu'elle vous humilie, et qu'elle vous soufflette tout haut avec votre nom en vous appelant espion quand vous êtes espion! Oh ! alors ce qu'on sent pour cette femme, pour cette Catarina, vois-tu, ce n'est pas de l'amour, ce n'est pas de la haine, c'est un amour qui hait! Passion terrible, ardente, altérée, qui ne boit qu'à une coupe, la

JOURNÉE III.- LE BLAM: POLH LE NOIH. 359

\i'nj:i*aiu'c! Je me vengerai <le celle femme, je saisirni iriir frmme, je Irniiierai celle femme par les pieds ilaiis le srpiilcre, je ferai cela, Onlelafo!

ORDKLAFO.

Ton |>lan a manqué. Comment feras-lu?

IIOMODEI.

J*ai déjà une autre idée.

Jl \a i la r«-Di*trL< i!u fiiuil.

Tien<, justement, Ordelafo! tu vas nwiider. AppnM'In» ici. — Vois-tu une femme en mante rouge, lâl»a<i, qui se dirifre vers nous?

ohliEI.AFO.

Eh bien?

IIOMODKI.

Sors sans faire >end)lant de rien. Quan<l tu seras prcs de celte femme, tu la laisseras |»asser, et puis tu la suivras tout «loucement. Lorsqu*elle sera devant la inai<on, — lu auras soin de laisser la |)orte lout rrmtre, — tu pousseras brusquement la femme contre la porte. La p<>rle cédera, et je t*aiderai à faire entrer la fenmie dans la maison. Le reste me regarde.

ORhELAFO.

C'est dit.

IKtNODEI.

Tout est parfaitement désert.

Non, personne. Si elle crie, elle criera. Va.

OrJcbfo Mit.

360 ANGELa

IIOMODEI,

Cette maison est vraiment bien située. On tuerait le pape ici sans Htc entendu d'un chrétien.

Brall de pu 1 la paru. Elle 9*auT», et liina rnr Bcgiadla, UïUoiinta >i un mouchoir, qu'OrdaUTo ponue daoi li. luliaii.

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