‹ Œuvres complètesChapitre 168 sur 190 · AÏ4GEL · texte numérisé non relu

AÏ4GEL

Oui, madame.

CATARIMA.

0 mon Dieu! vous jugerez un jour cet liomme. Je vous demande grâce pour lui !

A?iGEL0.

Madame, le provéditeur Urseolo, un des Bragadini, un de vos pères, a fait périr Marcella Galbaï, sa femme, de la même façon, pour le même crime.

CATARINA

Parlons simplement. Tenez, il n'est pas question des Bragadini. Vous êtes infâme! Ainsi vous venez

rroitliMiicnt là, avec le poison dans les mains! Coupable? Non, je ne le suis pas. Pas comme vous le croyez, du moins. Mais je ne descendrai pas à me justifier. El puis, comme vous meniez toujours, vous ne me croiriez pas. Ti'nez, vraiment, je vous méprise ! Vi»us m'avez épousée pour mon arjrenl, parce que j'élai*^ riche, parce que ma Tamille a un droit sur l'eau lies citernes de Venise. Vous avez dit : Cela rapporte cent mille ducats par an, prenons cette fdle. Et (|uelle vie iii'ji* eue avec vous depuis cinq ans? dites! Vous ne m'aimez pas. Vous êtes jaloux cependant. Vous me tenez en prison. Vous, vous avez des mallresses, cela vous est permis. Tout est permis aux hommes. Toujours tlur, toujours sombre avec moi. Jamais une bonne parole. Parlant sans cesse de vos pères, des doges qui ont été de votre famille. M'humiliant dans la mienne. Si vous croyez cfue c'est là ce qui rend une fenune heureuse! Oh ! il faut avoir souffert ce que j'ai souffert |Kiur savoir ce que c'est que le sort des femmes. Eh bien, oui, monsieur, j'ai aimé avant de vous connaître un homme cpie j'aime encore. Vous me tuez pour cela. Si von*; avez ce droil-hi, il faut convenir que c'est un horrible temps ({ue le nôtre. Ah ! vous êtes bien heureux, n'est-<'e pas? d'avoir une lettre, un chiffon de [Mipier, un prétexte I Fort bien. Vous me jugez, vous me condanniez, et vous m'exécutez. Dans l'ombre. En «ocret. Par le poison. Vous avez la force. — C'est liiche !

S« tour aot Tcrt U Titl»^.

— Que pensez- vous de cet homme, madame?

S94 ANGBtO.

ANGBLO.

Prenez garde I

CATARINA, i ti Tiihc.

Et vous, qui ètos-vous? qu'esUce que vous i voulez? C'est beau, ce que vous faites là! Vous êtes la maîtresse publique de mon mari, vous avez intérêt à me perdre, vous m'avez fait espionner, vous m'avez prise en faute, et vous me mettez le pied sur la tile. Vous assistez mon mari dans l'abominable chose qu'il fait. Qui sait même, c'est peut-être vous qui fournissez le poison!

A Angalo.

— Que pensez-vous de cette femme, monsieur?

AKGBLO.

Madame!...

CATARINA

En vérité, nous sommes tous les trois d'un biea exécrable pays! C'est une bien odieuse république que celle cil un homme peut marcher impunément sur une malheureuse femme, comme vous faites, monsieur! et où les autres hommes lui disent : Tu fais bien. Foscari a fait mourir sa fille ; Loredano sa femme ; Bragadini...

— Je vous demande un peu si ce n'est pas infâme! Oui, tout Venise est dans cette chambre en ce moment ! tout Venise en vos deux personnes ! Rien n'y manque !

Uonliant AngBla.

— Venise despote, la voilà.

UoiInDt U Tiibe.

— Venise courtisane, la voici.

JOURNÉE III. - LE BLAxXC POUR LE NOIR. 393

A U Tisbe.

— Si je vais trop loin dans ce que je dis, madame, tant pis pour vous! pourquoi ètes-vous là?

ANGELO, lui saisissant le bras.

Allons, madame, finissons-en!

CATARINA

Elle s'approche de la table où est le flacon.

Allons, je vais accomplir ce que vous voulez,

BUe arance la main rers le flacon.

— puisqu'il le faut...

Elle recale.

— Non ! c'est affreux ! je ne veux pas ! je ne pourrai jamais! Mais pensez-y donc encore un peu, tandis qu'il en est temps. Vous qui êtes tout-puissant, réfléchissez. Une femme, une femme qui est seule, abandonnée, qui n'a pas de force, qui est sans défense, qui n'a pas de parents ici, pas de famille, pas d'amis, qui n'a personne ! l'assassiner ! l'empoisonner miséra- Llemenl dans un coin de sa maison! — Ma mère! ma mère ! ma mère !

LA TISBE.

Pauvre femme !

CATARIXA.

Vous avez dit pau\Te femme , madame ! vous l'avez dit ! Oh ! je l'ai bien entendu ! Oh ! ne me dites pas que vous ne l'avez pas dit ! Vous avez donc pitié, madame? Oh! oui, laissez-vous attendrir! Vous voyez bien qu'on veut m'assassiner! Est-ce que voi "^ ^^^^

vous? Oh ! ce n'est pas possible ! Non, n'est-ce pas? Tenez, je vais vous expliquer, vous conter la chose, s vous. Vous parlerez au podesla après. Vous lui dirof que ce qu'il fait là est horrible. Moi, c'est tout simfde que je dise cela. M.iis vous, cela l'era plus d'cflet. U suflît quelquefois d'uu mot dit par une personue étrattgère pour ramener un liomme à la raison. Si je vaut ai offensée tout à l'heure, pardonnez-le-moi. Madame, je n'ai jamais rien fait qui fût mal, vraiment mal. Je suis toujours restée honnête. Vous me compreaez, vous, je le vois bien. Mais je' ne puis dire cela à moD mari. Les hommes ne veuleot jamais nous croire, vous savez? Cependant nous leur disons quelquefois des choses bien vraies. Madame, ne me dites pas d'avoir du courage, je vous en prie. Est-ce que je suis forcée d'avoir du courage, moi ? Je n'ai pas honte de n'être qu'une femme bien faible et dont il faudrait avoir pitié. Je pleure parce que la mort me fait peur. Ce n'est pas ma faute.

ANGELO

Madame, je ne puis attendre plus longtemps,

CATABrSA.

Ah ! vous m'interrompez,

A U Tlibo.

— Vous voyez bien qu'il m'interrompt. Ce n'est pas juste. Il a vu que je vous disais des choses qui allaient vous émouvoir. Alors il m'empêche d'achever, il me coupe la parole.

A Angrio.

— Vous êtes un monstre I

Page 1