CHAPITRE PREMIER
Poijr jatep quelque intérêt sur la uouvelle phambre dans laquelle j'ai fait une expédition nocturuQ, je dois apprendre au3f purieux cpipment ^Ue m'était tombée en pe^rtage. Continu^Jle^lent distrait de mes oçcupatipqs dwg la ynaispn bruyant^ çue j'habifeiig, je me propp^is depuis longtemps de niQ propurer dan? te voipiu^g^ une retraite plus politg.ire, lorsqu'un jour, en parcourant une notice biographique sur M» de Ruffon, j'y lus que cet bomme célèbre a-v?iit Cbpi^i d^ns ses jardin§ upi pavillon isolé, qui ne contenait aucun autre meuble que le fau^ teuil et 1§ bwreâ^u sur lequel il écrivait, ni aucun autre ouvïage que le manuscrit auquel il trayaillait,
Les chimères dont je m'occupe pffrent tant de disparate avec les travaux immortels de M. de Bufifou, que la pensée de l'imiter, même eu ce point, ue pe serait sans doute jamai3 venue à l'e^pril: saus nti accident qui m'y détermioa. Uu domestique, eu ôtant la poussière des meubjes, crut eu voir beaucoup sur uu tableau peint au pastel que je venais de terminer, et l'essuya si bien avec un linge, qu'il parvint en effet h le débarrasser de toute la ppussière que j'y avais arrangée avec beaucoup de soin. Après m'étre mis fort en colère contre cet homme,'qui était absent, et ne lui avoir rien dit quand il revint, suivant mon habitude, je me mis aussitôt ^jx camp^gpB, et je rentrai çbez moi avec la plef d'wf^a petite chambre que j'avais louée au cinquième
étage dans la rue de la Providence. J'y fis transporter dans la même journée les matériaux de mes occupations favorites, et j'y passai dans la suite la plus grande partie de mon temps, à l'abri du fracas domestique et des nettoyeurs de tableaux. Les heures s'écoulaient pour moi comme des minutes dans ce réduit isolé, et plus d'une fois mes rêveries m'y ont fait oublier l'heure du dîner. douce solitude! j'ai connu les charmes dont tu enivres tes amants. Malheur à celui qui ne peut être seul un jour dans sa vie sans éprouver le tourment de l'ennui, et qui préfère, s'il le faut, converser avec des sots plutôt qu'avec lui-même!
Je l'avouerai toutefois, j'aime la solitude dans les grandes villes ; mais, à moins que d'y être forcé par quelque circonstance grave, comme un voyage autour de ma chambre, je ne veux être ermite que le matin; le soir, j'aime à revoir des faces humaines. Les inconvénients de la vie sociale et ceux de la solitude se détruisent ainsi mutuellement et ces deux modes d'existence s'embellissent l'un par l'autre.
Cependant l'inconstance et la fatalité des choses de ce mondé sont telles, que la vivacité même des plaisirs dont je jouissais dans ma nouvelle demeure aurait dû me faire prévoir combien ils seraient de courte durée. La révolution française, qui débordait de toutes parts, venait de surmonter [les Alpes, et se précipitait sur l'Italie. Je fus entraîné par la première vague jusqu'à Bologne. Je gardai mon ermitage, dans lequel je fis transporter tous mes meubles, jusqu'à des temps plus heureux. J'étais depuis quelques années sans patrie, j'appris un beau matin que j'étais sans emploi. Après une année tout entière passée à voir des hommes et des choses que je n'aimais guère, et à désirer des choses et des hommes que je ne voyais plus, je revins à Turin. D fallait prendre un parti. Je sortis de l'auberge de la Bonne Femme, où j'étais débar-
que, dans rintention de rendre la petite chambre au propriétaire et de me défaire de mes meubles.
En rentrant dans mon ermitage, j'éprouvai des sensations difficiles à décrire : tout y avait conservé Tordre, c'est-à-dire le désordre dans lequel je Pavais laissé ; les meubles entassés contre les murs avaient été mis à l'abri de la poussière par la hauteur du gîte ; mes plumes étaient encore dans l'encrier desséché, et je trouvai sur la table une lettre commencée.
Je suis encore chez moi, me dis-je avec une véritable satisfaction. Chaque objet me rappelait quelque événement de ma vie, et ma chambre était tapissée de souvenirs. Au lieu de retourner à l'auberge, je pris la résolution de passer la nuit au milieu de mes propriétés.
J'envoyai prendre ma valise, et je fis en même temps le projet de partir le lendemain, sans prendre congé ni conseil de personne, m'abandonnant sans réserve à la Providence.