‹ Œuvres complètesChapitre 68 sur 87 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

Après m'être fixé pour l'avenir line règle de conduite prudeate, au moyen d'une logique lumineuse comme on

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l'a ya dans les chapitres précédents, il me restait un point très-important à décider an sujet du Toyage que j'allais entreprendre. Ce n*est pas tout, en effet, que de se placer en voiture ou à cheval, il faut encore savoir où Ton veut aller. J'étais si fatigué des recherches métaphysiques dont je venais de m'occuper, qu*avant de me décider sur la région du globe à laquelle je donnerais la préférence, je voulus me reposer quelque temps en ne pensant à rien. C'est une manière d'exister qui est aussi de mon invention, et qui m'a souvent été d'un grand avantagée ; mais il n'est pas accordé à tout le monde de savoir en user : car s'il est aisé de donner de la profondeur à ses idées en s'occupant fortement d'un ^njet, il ne l'est point autant d'arrêter tout à coup sa pensée comme l'on arrête le balancier d'une pendule. Molière a fort mal à propos tourné en ridicule un homme qui s'amusait à faire des ronds dans un puits; je serais, quant à moi, très-porté à croire que cet homme était un; philosophe qui avait le pouvoir de suspendre l'action de son intelligence pour se reposer, opération des plus difDciles que puisse exécuter l'esprit humain. Je sais que les personnes qui ont reçu cette faculté sans l'avoir désirée, et qui ne pensent ordinairement à rien, m'accuseront de plagiat et réclameront la priorité d'invention ; mais Tétat d'immobilité inteUectuelle dont je veux parler est tout autre que celui dont ils jouissent et dont M. Necker a fait l'apologie *. Le mien est toujours volontaire et ne peut être que momentané ; pour en jouir dans toute sa plénitude, je fermai les yeux en m'appupnt des deux mains sur la fenêtre, comme un cavalier fatigué s'appuie sur le pommeau de sa selle, et bientôt le souvenir du passé, le sentiment du présent et la prévoyance de l'avenir s'anéantirent dans mon âme. Comme ce mode d'existence favorise puissamment l'ia-

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