‹ Œuvres de A. de Longpérier (volume 2)Chapitre 126 sur 128 · LA LÉ<:E>DK DES DENIERS FRAPPÉS PAR PONS · texte numérisé non relu

LA LÉ<:E>DK DES DENIERS FRAPPÉS PAR PONS

On remarquera que le P barré figuré au centre de notre denier, est l'initiale du nom de Pons, et reproduit en même temps le monogramme du Christ, tel qu'on le voit sur tant de lampes chrétiennes cl sur la monnaie d'or de CoaslaDlia, de Constance, d'Arcadius, d'Ânthemius et d'autres empereurs.

OEUVRES DU ISRAVEUR JEAN PAUL POUGINE.

(Extrait du tome 111 (uouvelio atr'te) de lu HfEue auiiûsmalique, ISS8, |>i<. 89(04.)

En t838, M. Charles Lei)orniai)t acheta à Fliircnce le curieux médaillon de bronze dont nous donnons ici la gravure. Cette belle pièce, qui n'a pas de revers, est conservée au Cabinet des médailles de la Bibliothèque impériale où, jusqu'à présent, elle est restée sans attribution. Elle représente le buste d'une jeune femme élégamment parée, accompagnée de l'inscription bilingue :

«1B3 . HN'ïia . A. .E. XVfU (nnno atalis [suie] duodevigesimo).

Sur la partie tronquée du bras on remarque la signature P.

La première question à résoudre pour Fexpli cation de ce Qiédaillon était celle-ci :

La légende hébraïque, par suite d'une fantaisie que Ténidilion du XVI® siècle ferait comprendre, exprime-t-elle le nom d'une dame chrétienne, ou bien nous oblige-t-elle à chercher, parmi les familles israélites, une personne à laquelle puissent convenir les noms qui, du reste, se lisent sans difficulté, Grazia Nasi?

On pense bien que nous avons dû porter notre examen des deux côtés, et que ce n'est pas sans quelque peine que nous sommes parvenu à trouver le renseignement qui nous était nécessaire. Quoique bref qu'il soit, il est néanmoins de nature à nous éclairer assez complètement. Nous y rattachons d'ailleurs diverses indications subsidiaires qui en facilitent Tintelligence, et, une fois l'attention fixée sur ce point, il est probable que d'autres découvriront des textes qui ont échappé à notre première enquête.

Dans son ouvrage intitulé Nomoiogia o discursos légales Imanuel Aboab, après avoir rapporté des faits accomplis sous le gouvernement de Côme le Grand, duc de Toscane (1537-1364), s'exprime ainsi :

« Presque dans le même temps, notre nation [juive] jouit de la libéralité d'une très généreuse dame, qui fut la très illustre Sefiora Dopa Gracia Nasi, sur les vertus excellentes et les nobles actions de laquelle on pourrait écrire des livres de grand exemple. Elle ne voulut pas accorder son illustre et unique fille, pour femme, à de très riches comtes et marquis de familles étrangères (1) qui la lui demandèrent. Le Seigneur lui donna pour gendre son propre neveu, l'illustrissime et digne d'immortelle renommée Senor Don Joseph Nasi, très méritant duc de Nacsia, couronne très honorable des Hébreux portugais.

« En ces mêmes temps, un peu auparavant, et ce fut en Tannée 5292, suivant le comput chrétien 1532, » etc. (2).

(1) Le texte porte » de otras gentes, » Je peuse qu'il s'agit là de per8onuag<^ étraugcrs à la race israélile.

(2) Somologia o discursos lef/aies, cottipuestos por cl mrluozo //. B, Imanuel

MEDAILLON INÉDIT DE (iRAZIA NASL iOl

Nous traduisons cette dernière portion de phrase qui n a plus de rapport avec notre sujet, pour montrer que Grazia Nasi florissait après 1532. Mais la phrase est tellement vague qu'elle nous fournit seulement une limite supérieure sans nous permettre d'établir une distinction claire entre l'époque où Grazia Nasi s'illustra par sa générosité et celle où elle devint la belle-mère de don Joseph. Celui-ci, d'ailleurs, ne prit le titre de duc de Nascia qu'en 1S67, ainsi que nous le verrons plus loin.

Nous devons faire remarquer la forme de la légende hébraïque.

nK^ina (Grazia) est un nom féminin à l'état absolu comme s'il était suivi du mot ra fille ; car n>C3 (Nasi) est au masculin et se rapporte, par conséquent, non pas à Grazia personnellement, mais à soh père. L'usage du nom de famille n'existait pas réellement chez les juifs à cette époque, et si leurs relations avec les chrétiens les ont amenés à s'en servir, c'est une sorte de fiction qui disparaît ordinairement dans l'hébreu, par exemple dans les inscriptions funéraires (1). Cependant ici on s'est conformé à la coutume européenne qui consiste à appliquer un nom masculin fi une femme.

Le nom de Nasi est connu parmi les bonnes et anciennes familles florentines. Dans le catalogue des maîtres de la monnaie de Florence nous trouvons, de 1385 à 1491, quatorze membres de la famille Nasi qui gouvernèrent la zecca pendant vingt et un semestres (2). Suivant Scipion Ammirato, Mazo Albizi, mort en 1491, avait marié sa cinquième fille, Bartolomea, à Filippo Nasi (3) qui ne figure pas parmi les domini

Aboab D. G. M,, segunda edicioUt cot^eyida y emencUtda por Raby D' Ischak Lopes. En Amsterdam, anno 5487 (1727), p. 328.

(1) Le» Doms de villes employés comme surnom personnel pour des hommes paraissent déjà vers le milieu du xvi° siècle; mais ce ne sont pas encore des noms de famille comme nous les entendons. Voir à ce sujet le très curieux petit volume, publié par M. Koppelmann Lieben, sous le titre de Sépher Gaied; Grabsteininschriften des prager israel, alten Friedhofs^ Prag. 1856.

(2) Giovon. Vlllani e Gerardo Gentili, Istoria del fiorino d'oro^ publiée dans le recueil d'Argelati, 1752, t. IV, p. 50 à 70.

(3) Délie Famiglie nobili fiorent., part. ï*, p. 42, €.

monetœ : mais il y a ceci à noter que Nasi qui, chez les chrétiens, a une origine grecque ou latine, est aussi la transcription du mot hébreu K^izrj, prince^ qui est un surnom, comme le chaldéen cohen affecté aux descendants d'Aaron, et n'a aucune relation qu'une ressemblance de son avec le nom italien. D'ailleurs ce surnom, comme tous les mots sémitiques, n'a pas d'orthographe en caractères latins; on le rend, suivant la prononciation du pays où on le transcrit, par Nasi, Nassy« Naxi. Grazia et son neveu don Joseph ne sont donc pas de la famille florentine dont nous venons de parler (1). Don Joseph, qtûgoua un rôle très important dans les événements accomplis pendant la seconde moitié du xvi* siècle, n'a pas été l'objet d'études bien approfondies de la part des historiens; les chrétiens en parlent avec rancune, les musulmans l'acceptent comme le favori de leurs sulthans ; les juifs (ceux du moins dont nous avons pu consulter les ouvrages) gardent le silence sur son origine. Voici comment s'exprime Mézeray dans son Histoire des Turcs :

u Vu luif et Espagnol, ou sorti des luifs, que iadis Ferdinand chassa d'Espagne, nommé lean Micqué, lequel n'avoit laissé Prouince Chrestienne où il ne se fust arrêté, non comme vn passant ou pour y trafiquer, mais pour épier ce qui s'y faisoit, afin d'en faire après son profit. Ayant doncques négocié à Lion, puis à Marseille, et de là passé à Rome, visité la Sicile, et demeuré quelque temps à Venise, où il fut sollicité de se faire Chrestien : finalement il s'en alla àXonstantinople, où il trouva moyen d'estre présenté à Selim, auquel il sceut faire entendre tant de choses, comme il auoit l'esprit subtil, que ce Prince le prit en aff^ection. Voyant doncques vn si bon commencement à ses entreprises, ce meschant gamiment se fit premièrement Turc, puis il commença à solliciter Selim contre le duc de Necsie (2). » Claude Haton, prêtre de Provins au xvi* siècle, dit

(i) Il y aTait aussi des Nassi en DalmaUe. Un coup de canon tiré sur un petit vaisseau turc par la galère de Simon Nassi, de Zara, fut, dit-on, une des causes qui déterminèrent Soliman II a faire la guerre aux Vénitiens. Mezeray, Hist. gén. des Turcs, 1. 1, p. 545. — Hammer, Hisl. de Vemp. oHom., t. V, p. 266.

(2) Hisl. gén. des Turcs, 1662, in-folio, t. I, p. 685.

MÉDAILLON liNÉDlt DE GRAZIA NASL 403

dans ses Mémoires que Selim II se disposa à la conquête de l'île de Chypre, à Tiastigation du Portugais Jean Michez, grand seigneur de sa cour (1). Dans le rapport d'un ambassadeur vénitien (1566), conservé dans les archives dWutrîche, on remarque ces mots : « Il povero duca di Naxos arrivato à Costantinopoli per dir le sue ragioni contra quel Ebreo Giovani Miches^ quondam Gitiseppe Nassi/, per esser stato datoli solemnamente Naxos ed Andros (2). » Dans la correspondance du duc de Ferrare, notre personnage est nommé Zuan Miches. On trouve dans un rapport d'Albert de Wyss, ambassadeur de l'empereur Maximilien en 1567 : « J. Miches christianus allicitus hebraico virginis conjugio^ olim Josephus de Nassis, gulosus, apud Selimum dum adhud Magnesise ageret, dux Nassiaî creatus. » Albert de Wyss, qui était Flamand et ne connaissait pas bien les familles de la Toscane, parait avoir pris don Joseph pour un des Nasi chrétiens de Florence. Le rabbin Almosnino dit : « Don José Nassi, judio de nacion. » Une note en italien, étudiée aux archives de Turin et traduite par M. de Maslatrie, contient ce passage : « Le Visir remit à Cocino une lettre de créance, en date du 28 novembre 1563, et signée de Joseph Naxi, juif portugais, appelé autrefois Jean Michel, alors puissant à la cour du grand Turc et en relation avec le Piémont (3). » Enfin un iîrman turc, adressé au doge de Venise par le grand vizir et traduit par M. de Hammer, désigne ainsi don Joseph. « Le modèle des personnes de qualité le bey franc Yasif Nasi (4). »

M. de Hammer, dans un autre endroit de son livre, s'exprime ainsi : « Joseph Nassy, né en Portugal^ o\x il portait le nom detdonMîguez et l'un de ces juifs appelés Moranas, aux-

(1) Mémoires de Claude Haton^ publiés par Félix Bourquclot, 1857, in-4o, p. 609. Le prêtre de Provins s'exprime ainsi à propos de la conquête de Chypre : « Ce que j'en ai pu dire ci dessus a esté par le recueil que j'en ai foict de plusieurs personnes qui se vantoieut d'y avoir esté présentes, tant de la nation françoyse que espaguolle et italienne, avec lesquelles je me suis trouvé à diverses fois. »

(2) Cité par Hammer, HisU de Vemp. ottom.j t. VI, p. 38o.

(3) HUL de Vile de Chypre, 1835, t. Ul, première [Mirlie, Documeats, p. 557.

(4) HisL de Vemp. oitom., t. VI, p. 118.

quels la force avait imposé une conversion apparente au christianisme, s'était rendu avec son frère à Constantinople à lepoque où Souleiman régnait encore. Là son amour pour une juive aussi riche que belle le fit bientôt rentrer dans la foi de ses pères (1). »

Imanuel Aboab dit bien que don Joseph était un juif portugais, mais non pas qu'il fût né en Portugal, ce qui est fort différent, puisque la première de ces expressions indique un rit ou communion. Néanmoins laissant de côté Zuan, forme dialectique italienne de Giovanni, remarquons que Miguez signifie en portugais fils de Michel {il faut donc dire non pas don Miguez, mais dom Joaô Miguez), et parait bien indiquer une origine lusitanienne (2). Ce que nous savons positivement, c'est que la juive épousée par le favori de Sélim était la fille de Grazia Nasi ; et si don Joseph s'était réellement fait chrétien, on comprend très bien comment sa tante aura repoussé les grands seigneurs qui lui demandaient la main de sa fille unique, dont le mariage devait ramener à la loi de Moïse un membre de sa propre famille. '

Le savant historien de l'empire ottoman nous apprend encore que, par suite d'une correspondance qui s'était établie entre Roustem-Pacha, gouverneur de Bude, et le duc de Ferrare Hercule II, ce dernier écrivit, le 6 mars 1558, au grand vizir qu'il accordait, conformément à sa demande, au frère du juif Zuan Michez la permission de quitter Ferrare coila famiglia (3).

Nous avons dit en commençant que le médaillon de Grazia Nasi porte la signature P. Cette signature se retrouve, avec la date 1S54, sur un très beau médaillon d'Hercule II, duc de Ferrare, de Modèhc et de Reggio, qui fait partie de la collection de M. Le Carpentier, et qui a été publié par M. Conbrouse dans ses Mofuiments de la maison de France. On recon-

(1) llist de Vemp, ottoman, t. VI, p. 383.

(2) Miguez est formé de Migael comme Ferez de Pedro ou Perc, Saiichez de Sancho, Velasquez de Velasco, Rodrigucz de Rodrigo, Uernandez de Hemao.

(3) Hist, del'emp. ottom., t. VI, p. 118. Note.

MÉDAILLON INÉDIT DE GRAZIA NASI. 40o

naît, au premier coup d'œil, que les deux portraits sont bien évidemment l'œuvre du même artiste. La forme des lettres latines, des virgules qui séparent les mots, le grénetîs perlé, la richesse et le style de l'ornementation, tout en un mot concourt à établir une ressemblance évidente et remarquable; cette analogie de style et d ajustement se distingue mieux encore dans la médaille frappée à l'occasion du mariage d'Isabelle de France avec Philippe II, roi d'Espagne (lSo9). Cette dernière pièce est signée I. PAVL. POG. F. et M. Conbrouse, qui en a trouvé un exemplaire dans la collection de M. Ferdinand Bursio, Fattribue, aussi bien que le médaillon d'Hercule II signé P, au graveur Poggio (1). Mais nous pensons que ces deux monuments numismatiques sont, comme le portrait de Grazia Nasi, l'œuvre de Giovanni Paolo Poggini, orfèvre et médailleur de Florence, qui, avec son frère Domenico, avait commencé par travailler pour BenvenutoCellini; car nous ne connaissons pas de graveur de médailles nommé Poggio. Nous constatons néanmoins que M. Conbrouse était complètement dans la vérité lorsqu'il attribuait au même auteur la médaille d'Hercule H, et celle d'Isabelle de France. Le comte Cicognara, dans sa Storia délia Sculttiraj et après lui Stefano Ticozzi (2) et M. Nagler (3), dans leurs dictionnaires des ar-

(1) Monuments de la maison de France ^ collection de médailles^ estampes et portraits y 1856, in-folio, pi. 22, 28. — Cette pièce, dont il existe un bel exemplaire d'argent à la Bibliothèque impériale, a été publiée par Cicognara, Stor. délia Scult,, t. II, pi. 85, n» 4.

(2) Dizionario degli architetti, scultoriy pittori d*ogni età et d'ogni nazione. JUilano, t. IH, !832, p. 164-165.

(3) Neues allgemeines Kûnstler Lexicon^ t. Xî, p. 443.

Cet article (d'un ouvrage fort utile), contient quelques erreurs emprunt^^e? à Ticozzi par M. Nagler. Lucrezia et Leonora d'Esté sont indiquées comme étant filles d*Alphonse II, qui est leur frère; l'auteur mentionne une médaille (le Philippe II d'Espagne et de sa femme Anne de Portugal. Or, Marie de Portugal était morte en 1545, treize ans avant l'arrivée de Poggini en Espagne (1558); la reine se nommait alors Marie d'Angleterre. Quant k Anue d'Autriche, dont on connaît la médaille gravée par Poggini, elle épousa Philippe en 1570. M. Nagler cite encore une médaille représentant le pape Clément VII, au revers de Philippe n, frappée en 1559, à l'occasion de la paix conclue entre la France et l'Espagne. Clément VII était mort en 1534, vingt deux ans avant l'avènement de Philippe. Ticozzi dit que le portrait du pape était fait d'après Cellini- Ceci nous montre l'origine de Terreur que nous relevons et qui provient d'une

listes, assurent que J. P. Pogginî exécuta des médailles représentant Alphonse II d'Esté et sa femme Lucrezia de Médicis (dS58); les sœurs de ce prince, Lucrezia et Leonora; qu'il en fit encore pour François de Lorraine, gendre d'Hercule II, pour Bona Sforce, pour Marguerite d'Autriche, pour les princesses de Gonzague et d'Urbin, et pour beaucoup d'autres belles dames de ce temps. Cicognara possédait environ cinquante médailles qu'il attribuait à cet artiste éminent, dont il dit : « Air occhio degli intelligenti il suo largo e saporito stile si conosce da lunge (1). » Effectivement le style des médaillons signées par Poggini est si caractérisé, si saisissant, qu'après avoir vu ces médaillons, on reconnaît sans difficulté les œuvres anonymes du même artiste au milieu de celles de Pompeo Lioni, de Jacopo Trezzo, de Domenico di Polo, ses émules ou ses contemporains. Cicognara nous apprend que c'est à J. P. Poggînî qu*il faut attribuer la plupart de ces charmants médaillons, exécutés en cire de couleur et décorés de perles fines et de filets d'or, que souvent l'on a fait passer pour des ouvrages de Benvenuto Cellini. Or on peut observer que, dans ses médaillons de métal, Poggini a prodigué ces mêmes ornements, qui donnent, pour ainsi dire, un air de parenté à tous ses portraits de femmes. On pourrait même, à cet égard, reprocher au médailleur florentin non seulement une trop grande unité de style, qui finit par devenir monotone, mais encore une reproduction beaucoup trop identique des ajustements, qui semblerait impliquer Tabsence d'imagination. Nous ne savons si c'est l'étiquette espagnole qu'il en faut accuser; mais il est certain que c'est à peine si on peut distinguer l'effigie d7sabelle de

fausse interprôtatiou d'un passage de Cicognara. Cet écrivain dit en effet qu*en 1559 Poggini avait copié, pour placer au revers de la tête de Philippe H, le type allégorique que CcUini avait composé en 1527 pour servir de revers à une tiHe de Clément VU. Cicognara a soin de donner la gravure des deux médailles (pi. 85, n'* 2 et 7), ce qui ne laisse aucun doute sur l'esprit du lecteur attentif. Seulement, la médaille de Clément VII est de 1534. TicosEzi a donc fourni à Nagicr l'indication d'une médaille imaginaire. Cellini avait représenté sur sa médaille VatH: de Janus; Poggini a donné une preuve do son érudition en substitant à cet arc la représentation du temple de Janus copié des monnaie» de Néron.

(1) ^tor. dcNaSculf. Vouezîa, 4816, in-folio, t. II, p. 408.

France, modelée en 1559, de celle d*Anne d'Autriche exécutée onze ans plus tard, en 1570.

En 1558, Pogginî alla s'établir en Espagne, à Tolède probablement, car ce ne fut qu'en 1560 que la cour fixa sa résidence à Madrid. C'est dans ce pays qu'il fit la belle médaille d'Isabelle de France, qu'il a signée L PAVL. POG. F., et une autre médaille, non moins précieuse, pour dona Juana, fille de Gharles-Quint et veuve de dom Joaô, prince de Portugal ; cette pièce, dont il existe un très bel exemplaire de bronze doré à la Bibliothèque impériale, est signée L PAV. P. L'artiste, n'étant plus alors dans sa patrie, croyait utile de se recommander h l'attention publique , et de constater la marque de confiance que lui avait donnée le monarque espagnol en le chargeant de graver sa médaille de mariage. A Ferrare, où il était bien connu, il se contentait d'inscrire sur ses œuvres Tunique lettre P, ou même il ne les signait pas du tout. En effet, nous avons retrouvé à la Bibliothèque impériale diverses médailles qui se rapportent aux indications fournies par Cicognara, et d'autres que cet auteur ne cite pas, toutes du même travail et accusant une même origine. L'une de ces médailles représente Lucrezia de Médicis au revers d'Alphonse II, qui l'épousa en 1558. Cette pièce a été frappée du vivant même du duc Hercule II, car Alphonse n'y porte que le titre de prince de Ferrare; Bellini, qui l'a publiée et qui la classe à Tannée 1558, n a donné aucune indication sur son auteur (1); la pièce, à la vérité, est sans signature ; mais la coiffure de la princesse et l'arrangement de sa robe se retrouvent exactement dans le médaillon de Grazia Nasi. Une autre nous offre les portraits des deux sœurs, Lucrezia et Leonora, filles d'Hercule U et

(1) Délie monete di Ferrara. Ferrare, 1761, in-4°, p. 207. — Voir la note de la page 210. Bellini n'a fait aucune observation au sujet de la signature P qui se volt sur les monnaies d'Hercule l\ publiées par lui, n"" 5, 6, 7 et 10. Ces monnaies sont l'œuvre de Poggini. Son frère Domenico continua la gravure des coins après le départ de Jean- Paul pour l'Espagne ; sa signature se voit sur les monnaies d'Alphonse II frappées en 1564 et en 1565. Bellini qui les publie, p. 217 et 218 de l'ouvrage cité plus haut, n'a donné à ce fait aucune attention. — Voy. aussi Litta, Famiglie célèbre ital., fasc. XXVI, n" 33. — Très, denum,, Méd, itaL, t. I, pi. xxx, n'» 2, p. 25.

petites-fillos de notre roi Louis XII; cotte dernière pièce porte la date 4552, et la signature P qui parait n'avoir pas été remarquée (1). Sur une autre encore nous voyons les traits d'un frère de ces princesses, Louis d'Esté, qui devint plus tard cardinal et archevêque d'Auch. Un médaillon sans revers nous montre Alphonse d'Ëste, neveu du duc Alphonse, avec la date 1357. Une médaille d'argent, faite en 1854, représente un frère d'Hercule H, François d'Esté, mai^quis de Massa, ainsi que le buste de son neveu Alphonse, alors prince deFerrare (2) ; enfin, dans les planches de Litta nous trouvons une médaille du même François d'Esté, avec la date 1554, ayant au revers, la tête du jeune Louis, que nous venons déjà de mentionner (3), et une autre d'Annibal d'Esté, âgé de quatorze ans (1556) ^4). C'est aussi la date de 1586 qui est tracée sur le beau médaillon sans revers représentant Bone Sforce, femme de SigismondT', roi de Pologne (5), pièce mentionnée par Cicognara et qui existe à la Bibliothèque impériale. Entre les mots qui composent les légendes tracées autour des portraits de François et d'Annibal, on observe ces mêmes virgules dont nous avons signalé la présence sur les médaillons d'Hercule II et de Grazia Nasi. Toutes les pièces que nous venons de citer ont un style commun si caractérisé, qu'on les peut séparer sans hésitation, comme nous l'avons déjà dit, de celles qui ont été modelées par d'autres artistes contemporains, et notamment par Domenico Poggini, dont les œuvres ont un tout autre aspect. Toutefois, il est un monument numismatique qui se distingue

(1) Litta, Famiglie célèbre itaL, fasc. XXVI, n»* 42, 43. — Très, de num,, Méd. UaL, t. U, pi. XXV, n» 4, p«> 23. — La médaille porte les légende» LVCRETIA ESTENSIS A. A. XVII, 1352, et ELEONORA ESTENSIS A. A. XV. Cette plècÉ» est indiquée comme représentant Lucrezia de Médicis qui, cependant à celte époque (1552), n'était pas encore princesse d'Esté.

(2) Tï-é*. de num.f Méd, itaL, t. H, pi. xxv, n*» 3, pi. 23.

(3) Litta, Famiglie célèbre itaL, fasc. XXVI, n" 45. — Dans le Trésor de num., Méd. itaL, t. I. p. 26, ce prince Louis, second fils de Renée de France^ a été pris pour Alphonse, son frère aîné, malgré le nom inscrit dans la légende.

(4) Litta, Famiglie célèbre itaL, fasc. XXVI, n» 13. — La légende est ASI- BAL ESTENSIS-A-A-XIU, 1556. Au revers, INTEMPESTIVA VENÏS. Lo jeune prince repousse la mort qui vient pour le saisir.

(5) Très, de nwn., Méd. allemandes, pi. X, n» 4, p. 18. .

par une liaison plus étroite encore avec le médaillon de Grazia Nasi : c'est une pièce d'argent qui représente Isabelle d'Esté avec la légende ISABELLA. RAM. D. EST. et la date MDLVL Costume, ornements de la coiffure, forme des caractères, grënelisy tout enfin jusqu'à la signature P inscrite sur le bras tronqué etHjui n'avait pas encore été signalée, concourt à produire une ressemblance frappante (1).

On voit donc que de 1S52 à 1558, J. Paul Poggini a reproduit l'image des princes de Ferrare. D'un autre côté, on se rappelle qu'en 1558 le duc Hercule autorisait le frère de Joseph Nasi à quitter cette capitale avec sa famille; dès lors on est autorisé à croire que Grazia résidait dans la même ville, et était comprise dans cette famille à laquelle on permettait de se rendre à r4onstantinople. Nous ferons remarquer que le voile donné à Grazia par Poggini se retrouve sur la médaille de dofia Juana, fille de Charles-Quint et mère du célèbre dom Sébastien. Celte princesse, lorsque Poggini passa en Espagne, était, depuis quatre ans (1554), veuve de dom Joaô, cinquième fils de dom Joaô III, roi de Portugal. Sans doute le voile était un signe du veuvage de doiîa Juana, et nous sommes disposé à croire qu'il avait le même sens dans le portrait de Grazia qu'Imanuel Aboab nous représente comme une generosissima matrona, sans nous parler de son mari. J. P. Poggini, arrivant de Florence à Ferrare, à une époque qui nous est inconnue, aura accepté avec empressement l'occasion qui se présentait à lui de faire avantageusement connaître son talent en exécutant le portrait d'une riche et belle juive; c'est peut-être à ce travail, accompli avec habileté, qu'il a dû la commande du médaillon représentant les deux filles du duc Hercule, Lucrezia et Leonora, médaillon qui ouvre la série que nous avons tenté de reconstituer. Si Grazia avait dix-huit ans (l'âge indiqué par notre médaillon) vers 1552, sa fille pouvait être née l'année précédente, et avoir atteint l'âge de seize ans en 1567. C'est alors que cette jeune personne, arrivée à Constantinople avec

(1) Très, de num.y Méd. UaLy t. I, pi. XXX, n** 4. — La pièce existe à la Bibliothèque impériale.

410 MÉDAILLOiN INÉDIT DE GRAZIA NASI.

sa mëre, aura épousé don Joseph, son cousin, qui venait d^ètre fait duc de Naxia.

Le titre de duc donné à un israélite au xvi* siècle parait assez extraordinaire pour qu'il soit utile d'entrer dans quelques détails à ce sujet.

En 1207, le Vénitien Marc Sanudo s'était emparé de l'île de Naxos (nommée aussi Nacsia ou Naxia), et reçut de Henri, empereur de Constantinople, le titre de duc,. que sa postérité conserva jusqu'en 1372. Le duché passa alors à François Crispo, et un de ses descendants, Jean Crispo, devint tributaire de Soliman II, après que Khaïr-ed-Din (Barberousse) se fut emparé de l'île, ainsi que le malheureux duc le raconte dans une longue lettre adressée en 1537 au pape et aux princes chrétiens (1).

Jacques Crispo reçut de Jean, son père, le duché de Naxos, et le conserva, comme tributaire du sultan, jusqu'en 1566 qu il fut appelé à Constantinople, où Joseph Nasi sollicitait, dit-on, contre lui. Crispo fut jeté en prison, dépouillé de ses biens, et sa principauté fut donnée au favori de Sélim, qui avait un instant rêvé la possession d'un titre plus brillant encore. Alors que le fils de Soléiman était gouverneur de Kutaya, don Joseph ne cessait de lui prodiguer les ducats de Venise, et le vin de Chypre que le jeune Osmanli aimait beaucoup trop et qui causa sa mort. Le juif représentait combien il était facile de se procurer en abondance l'or et le vin en faisant la conquête de l'île qui les produisait, et Sélim s'écria un jour : « En vérité, si mes désirs s'accomplissent, tu deviendras roi de Chypre ! » Cette promesse remplit le juif d'espérances si ambitieuses, qu'il fit suspendre dans sa maison les armes de Chjrpre, avec cette inscription : « Joseph, roi de Chypre (2). » Don Joseph

(1) Tonrnefort, Relat. dCun voyage au Levant. Lyon, 1727, t. I, p. 254. — Sur a conquête de Naxos par Barberousse, Toy. Hammer, Hist, de Vemp, ùUom,^

t. V, p. 281-283, et la lettre de Jean Crispo dans Buchon, Recherches et maté^ riaux pow* servir à une histoire de la domination française dans les provinces démemftrées de Vempire grec, 1840, première partie, p. 360 et suiv.

(2) Uammer, Hist. de Vemp. ottom., t. VI, p. 384, et les autorités citées par le savant orientaliste dans la note 1 de la page 523.

MÉDAILLON LNÉDIT DE GRAZIA NASL 411

Nasi, « qui exerça une haute influence sur toutes les affaires, décida quelquefois des question de paix et de guerre, » mourut en 1578 (1). Son duché, qui comprenait Naxos, Paros, Antiparos et autres Cyclades, fut d'abord partagé entre trois defterdars ; plus tard, il passa à la famille espagnole Coronello, qui se perpétua à Naxos et fut longtemps chargée de la gestion du consulat de France (2).

On a pu remarquer que dans leurs rapports de 1536 et de 1557, les ambassadeurs vénitien et allemand disent, en parlant de don Joseph, quondam Giuseppe Nassy, olim Josephus de Nassis. M. de Hammer pense « que le nom antérieur du juif a été confondu avec son nom ultérieur (3). » Mais il me semble, au contraire, que les ambassadeurs ne se sont nullement trompés. Le surnom Nasi appartenait à la famille de don Joseph, puisque sa tante Grazia le portait ; c*est là un fait que la médaille démontre. Si don Joseph a plus tard évité de prendre un titre hébraïque comme Nasi, et s'il a indiqué sa filiation à la manière portugaise, c'a été sans doute pour se soustraire à l'attention malveillante des chrétiens pendant le séjour qu'il fit à Lyon, à Marseille, à Rome, en Sicile et à Venise. C'est dans cette dernière ville qu'il aurait été sollicité de se faire chrétien, à ce que nous dit Mézeray, qui paraît bien informé. Toutefois, en accusant don Joseph de s'être fait /i/rc, c'est-à-dire musulman, nous croyons que Féminent historien s'est un peu trop laissé aller à sa mauvaise humeur contre le spoliateur de Jacques Crispo, et qu'il abuse du droit de commenter les événements par voie d'induction.

En définitive, le médaillon conservé à la Bibliothèque impériale se trouve complètement expliqué. Nous savons en quel temps, en quel lieu, pour quelle personne et par quel artiste il a été exécuté ; c'est une sorte de problème numismatique que nous cherchions à résoudre ; et si nous avons donné

{{) mii., t. Vr, p. 119; t. vu, p. 59.

(2) Tournefort, Relat. (fiin voyage au Lei^ant, t. L p. 263. — Biichon., Bech, sur la domiîi. franc, dans les prov. de Vempire grec, première partie, p. 368.

(3) Hist. de l'emp. ottom., t. Vf, p. 386.

4IS MÉDAILLON INÉDIT DE r.RAZIA NASL

quelques dévcloppcmenls aux faits historiques, c'est qu'ils devaient amener le lecteur à conclure comme nous l'avons Tait. Quant à l'œuvre du médailleur Jean-Paul Poggini, que nous croyons digne de toutes l'attention des numismatistes, il faudrait, pour en bien faire comprendre l'importance, retrouver et décrire les nombreux monuments indiqués si brièvement par Cicognara ; il faudrait, eu un mot, entreprendre, au sujet de cet artiste, une monographie comme celles que M. Julius Friedlxnder a dernièrement consacrées à Andréa Guacialoti et à Benvenulo Cellini.

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