BVRCARDVS EPS* Main tenant une crosse courte
iS). + CIVITAS MELDIS' Croix cantonnée de deux besanls. Billon. 22 grammes.
Ce denier appartient à mon frère.
18. Légende effacée. Main tenant une crosse tournée à droite.
^ Croix cantonnée de deux besants. Billon. 11 gr. 5.
J'ai rangé ce denier entièrement inédit, et qui appartient à mon frère^ parmi ceux de Burcard, à cause de la similitude du type, qui semble êti'e une contre-épreuve de celui des deniers qui précèdent. Cependant il se pourrait qu'il appartînt à Tun des Manassès, mais les traces de légende qu'il porte ne pouvant nous être d'aucun secours, nous sommes forcés de suspendre tout jugement jusqu'à la découverte d'un exemplaire mieux conservé.
A Burcard succéda Manassès U, neveu de Manassès P^ Rien de bien marquant ne distingue son gouvernement, si ce n'est un voyage que le pape Eugène III fit à Meaux. Ce prélat mourut le 26 avril 1157, après avoir occupé le siège pendant vingt-trois années.
Les remarques que j'ai faites plus haut sur Tabsence des monnaies de Manassès I" sont applicables à Manassès n«
Reinaud.
Après la mort de Manassës, le trône épiscopal resta vacant pendant près d'une année. Enfin il fut donné en H 58 à Reinaudy abbé de Jouy près Sens.
C'était depuis Ilildeger (853-69) le premier moine gui eût gouverné Téglise de Meaux. On ne sait rien de la vie de cet évêque, si ce n'est qu'il conserva toujours ses habitudes mo<nastiques et qu'il s'entoura de dignitaires tirés du cloître. Il mourut le 1" mai 1161. (V. la p. 83, fig. 19 à 25.)
19. +REINALDVS EPSV. Deux crosses adossées (1); dans le champ, trois étoiles posées une et deux.
% + CIVITAS MELDIS. Croix cantonnée de deux étoiles.
Billon très bas. 23 gr. Cabinet de M. Dassy. L'exemplaire du Cabinet du Roi, de meilleur aloi, mais très rogné, ne pèse que 14 grains î. Cette pièce est de la plus grande rareté.
Hugues, doyen de la cathédrale, succéda à Reinaud, mais il mourut au bout de quelques mois, le 6 ou le 7 septembre 1161. Cette circonstance explique suffisamment le manque de monnaies frappées à son nom.
ËTIlilNiNE.
Cet évëque fut sacré vers la fin de 1161 ; il était frère de Gautier de la Chapelle, chambellan des rois Louis YU et Philippe-Auguste. On va voir la contestation qu'il eut au sujet de sa monnaie avec Henry P', comte de Champagne. Etienne passa en 1171 à l'archevêché de Bourges; il se retira en 1174 à l'abbaye de Saint- Victor de Paris, où il mourut le 14 janvier 1177.
Le comte de Champagne, ayant eu avec Tévèque de Meaux une querelle dont nous ignorons les causes, avait fait contrefaire la monnaie meldoise. L'évèque, justement blessé de ce
(1) n semble que Taddition d'une seconde crosse au type déjà connu, ait eu pour but de rappeler que Reinaud, avant d'être évèqae, possédait déj& la crosse abbatiale.
singulier procédé, fit des représentations au comte qui se repentit et donna en 1168 une charte qui a été bien des fois citée (1), et qui en effet est un monument des plus curieux des mœurs du moyen âge. Henry, comte palatin de Troyes, déclare qu'il a fait faire, dans ses domaines, de la monnaie semblable à celle de Meaux ; mais que reconnaissant son tort, il jure sur les saints Évangiles que désormais il ne fera faire ni ne permettra de faire ^e la monnaie meldoise, soit bonne, soit fausse, nec bonam, nec falsam. De plus il ordonne à tous les gens de ses comtés de Provins et de Troyes de recevoir les monnaies de Meaux, sans aucun change, et sans établir de distinction entre elles et ses propres monnaies.
D'après son ordre, trois de ses barons, Anselle, bouteiller, Hugues de Plancy et le connétable Eudes jurèrent qu'ils n'agiraient contrairement à ce qui venait d'être convenu, ni de leur consentement, ni parleur conseil. Immo, ajoute la charte, si me aliter velle facere presentirent^ dehortationibus et quibuscumqiie passent precihus ne fecerem impedirent.
On pourra s'étonner de voir un comte palatin de Champagne et de Brie, après avoir engagé solennellement sa parole en jurant sur de saints reliquaires, après avoir consigné ce serment dans une charte, obliger son bouteiller et son connétable à se rendre garants de sa bonne foi, à jurer de tout mettre en usage, exhortations et prières, pour l'empêcher de faire encore une fois de la fausse monnaie. Mais au xu*' siècle, un fait semblable n'avait rien de choquant et cette transaction n'est pas Tunique de son espèce.
Voici une charte par laquelle Etienne, comte de Sancerre, frère de Henry de Champagne, reconnaît et confirme la précédente; j'en donne le texte en entier, parce qu'elle a été omise, sans doute à dessein, par M. Hiver, dans ses Considérations (2).
(i) Dom Martenne, AmpL collect.^ supp., t. I, col. 873. — Brassel, Usage des fiefs, — Du Cange, verbo Moneta. — Duby, Traité des mon?iaies des prélats et barons. — Hiver^ Revue numismatique^ 1839, p. 33.
(2) Revue numismatiruef 1839, p. 29 et suiv.
82 RëGHËRGHËS sur LES MONNAIES DE MEÂUX.
Ego StephanuSy Sdcrocœsariensis Dominus^ umversis et prassentibtis et futuris notum facto ^ quod sicut Dominus et f rater meus Cornes Henrictis in litteris suis jus ecclesiœ sux meldeîisis recognovit^ hoc scilicet quod meldensem motietam nec mutarCy nec alleviare, nec aliquo modo deteriorare débet, sed ciim monetis suis pruvinensi et trecensi per comitatum pruvineîisem et trecensem et in toto pgsse suo ut currat et accipiatur, facere debetj sic et Ego recognosco^ et litteris meis sigilli mei auctoritate roboratis confirmo. Rujus rei testes sunt^ etc.
Datum per manum OdoniSy clerici mei (1).
Ainsi la fraude du comte de Troyes tourna en définitive au profit de la ville de Meaux, puisqu'elle eut pour résultat de donner cours à la monnaie épiscopale dans les villes si commerçantes de Provins et de Troyes et dans toute Tétendue de la comté de Champagne (2).
Il est probable que Tévêque Etienne en profita pour émettre une quantité considérable de deniers ; aussi en reste-t-il un fort grand nombre à son nom parmi lesquels quelques-uns peut-être proviennent de la fabrication du comte de Champagne. Je crois que Ton doit aussi attribuer à cette circonstance le changement qu'Etienne introduisit dans le type de la monnaie. Il est naturel, en effet, de supposer qu*il ait voulu créer une nouvelle monnaie bien distincte des contrefaçons, sauf à décrier Tancien type. Ce serait donc dans cette vue qu'il fit mettre sa tète sur ses deniers, ce que n*avait encore fait aucun de ses prédécesseurs ; et celles de ces monnaies qui ne représentent qu'une crosse appartiendraient auK quatre premières années de son épiscopat. Des deux deniers de cette espèce que j'ai pu examiner, Tun, qui est rogné, pèse 21 g. \; l'autre, beaucoup mieux conservé, n'en pèse que 18. Ce dernier me parait être une des pièces fabriquées en Champagne.
(1) Marteune, Amp, coU.y suppl., t. I, col. 873.
(2) Cette admission., sur les terres d'un seigneur, d'une monnaie frappée par un autre, fut plus tard interdite par Vordenamx que li bon roys Loys, eut diex face mercy^ fist sus le fait des monnoies où il est commandé que es terres des barrons ne courussent que leur propre monoie en la terre de chascuns bai^on tant seulement»
20. f ST6PHANVS' EPC. Crosse entre deux fleurs de lis. ^. MELD. 6IVITAS {sic). Croix cantonnée de deux doubles
cercles.
Billon. Cabinet du Roi, 21 gr. j. Cabinet de M. Dassy.