‹ Œuvres de A. de Longpérier (volume 2)Chapitre 50 sur 128 · FRAPPÉES POUR LA COMTÉ DE ROUSSILLON · texte numérisé non relu

FRAPPÉES POUR LA COMTÉ DE ROUSSILLON

PAR LES KOlS D*ARAGON, COMTES DE BARCELONE.

( Extrait du tome iX de la Revue numistnatifjue, 1844, pp. 278-294.)

Au pied des Pyrénées, sur la côte la plus méridionale de la Gaule, s^élend une petite province qui sépare le Languedoc de la Catalogue ; cest le Roussillon, qui, dans Torganisation actuelle de la France, constitue le département des Pyrénées- Orientales. Sa ville principale est Perpignan.

La capitale de Theureux pays qui, suivant l'expression d*un auteur catalan : gosa de si tôt lo que nécessita una terra sens tenir de valerse de altri (1), était connue des Romains sous le nom de Ruscino. Pomponius Mêla dit : colonia Rusctno, et Vaillant, ayant lu sur le revers d'un moyen-bronze d'Auguste la légende COL'RVS'LEG'VI, attribua cette monnaie à la colonie mentionnée par le géographe. Eckhel, Mionnet et en dernier lieu M. de la Saussaye, ont admis cette attribution ; ce dernier cependant nous a fait connaître les difiérentes raisons que M. Tochon d'Annecy et M. le marquis de Lagoy alléguaient pour ou contre (2).

Tous ces numismatistes n'ont fait que discuter Tintei'prétation de la légende COL'RVS, sans soupçonner que sa réalité put être contestée.

(1) Summari index o epitome deli admirables y nobilissims tiioh de Uonor de Catatunyaf Rosselh, y Cerdanyot per lo D' Andrev Bosch. Perpinya, any 1628, in-f>. — V. p. 84.

(2) Numismatique de la Gaule Saràontiaise, p. 193 et suiv.

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D'un autre côté, un antiquaire allemand, M. de Uauch, publiait à Berlin (1) une monnaie coloniale d'Auguste, frappée à Bérytus de Phénicie, avec le nom de P. Quinctilius Varus, sans paraître se douter que cette monnaie est précisément la même qu'avant lui on classait à Ruscino, préoccupé qu'il était probablement par le souvenir de la lutte du général romain et du patriote Hermann (2).

Que ce moyen-bronze dont M. de Rauch nous donne une excellente figure, soit bien réellement fabriqué à Bérytus, c'est ce dont on ne saurait douter, lorsqu'on le compare aux autres monnaies de cette même ville ; tant à cause du type des deux aigles légionnaires et des deux enseignes, qu'en raison du style de la gravure dont l'origine syrienne se révèle surtout dans le grenetis, formé de petits traits allongés ; particularités dont on chercherait vainement un exemple dans la Gaule (3).

Quant à l'identité du type des monnaies de Bérytus et de celles qu'en France on range à Ruscino, c'est encore un fait qui ressort immédiatement du rapprochement des dessins de toutes ces pièces. On voit en effet que la légende IMP CAESAR AVGVSTVS plus ou moins tronquée, la tête d'Auguste et le grenetis qui l'entoure, sont entièrement les mêmes.

Si nous passons au revers, nous trouvons avec un type exactement semblable, des légendes qui au premier abord paraissent très différentes. Mais en regardant de plus près on reconnaîtra que dans la médaille de M. Tochon (n» 1 de la pi. xxui de M. de la Saussaye) la lettre L n'est que le haut de l'enseigne militaire ; EGVI c'est P'QVI ; le N est confondu avec les ailes de Taigle ; le C se trouve suivi de deux lettres, OL, qui me semblent empruntées aux anneaux de l'enseigne ;

il) Zeitschrifi fur Mvnz-Siegel-und Wappenkimde ; Berlin, 1841, 1. 1, p. 260. et pi. IX, u9 4.

(2) Bekaant uos ist dièse derselbe P. Quinctilius Varus, der in der Schlaclit im Teatoburger Wulde mit 3 Legionen durch die Deutschen unter Arminius eine grosse Niedcrlage erlitt und selbst seinen Tod faud.

(3) Cette tête d'Auguste et ce grenetis se voient complètement semblables sur un moyen-bronze de Bérytus, ayant au revers le colon qui trace un sillon avec une charrue attelée de deux bœufs, et la légende COL. (VL.

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la syllabe LYS, qui se voit très clairement sur les exemplaires de Paris et d'Avignon, est tout à fait supprimée ; enfin VARVS est réduit à RVS.

Je sais que le nom du général romain, en admettant ces ti*ansformations, très explicables du reste, se trouve écril P.QVINCTILVS VARVS, mais le nom d'un étranger a pu facilement être altéré par le graveur de Bérytus, et cette supposition me semblera toujours moins extraordinaire que celle qui tendrait à donner à la Gaule une monnaie de style asiatique.

J'ai pensé qu'il était convenable de faire connaître le nouvel état de la question en ce qui concerne les monnaies de Ruscino, avant de décrire les monnaies du moyen âge, qui furent frappées dans ce même pays. Maintenant j'arrive au but principal de mes recherches.

Il était évident que le Roussillon avait eu sa monnaie particulière dès une époque assez reculée. Nous n'avons pas encore, il est vrai, retrouvé de monnaies au nom de Louis le Débonnaire, fabriquées dans le lieu que ce prince nomme dans ses lettres Rosciliona ; et cependant nous connaissons de lui des deniers avec les noms dlmpurias et de Barcinona.

Une charte de 1130, donné par Tévèque d'Elne, contient ce passage : « Ego Udalgarius, dei gratia, Helenensis episcopus, precipio huic Ëcclesiae ut sit obediens suse sanctae matri Helcnensi ecclesiœ et persolvat ei per unumquemque annum suum censum, id est, denarium unum moîietâs RossellWy in die ctBiis Domini (1). »

n reste à savoir ce qu'était cette moneta Hossella; c'est-àdire si elle était frappée au nom de Tévèque ou des comtes. Je croirais qu'elle provenait de ces derniers, si je m'en rapporte à celte phrase des 7'itols de Honov : « Batrer y fer moneda, lo que podian de sa potes tat los comtes de Rosello » (2), d'autant plus que dans le midi de la France, qui ne faisait pas partie du serment de l'Empire, les monnaies épiscopales sont très rares.

(t) Mai^a Ilispanica, p. 1269.

(2) Summari imlex dels admirables y nobilisshnus liloh de Uonor, etc.. p. 113.

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