‹ Œuvres de A. de Longpérier (volume 2)Chapitre 85 sur 128 · SUR DES MONNAIES NORMANDES INÉDITES · texte numérisé non relu

SUR DES MONNAIES NORMANDES INÉDITES

légende WILELMVS. (V. Rev., 1843, pi. v, n'» 1.) Celte pièce est, ainsi que je l'ai déjà dit, « d'un travail encore tout caiioviugien. Les caractères sont nets et les grenetis bien formés : c'est sans contredit la plus ancienne des monnaies normandes qui nous restent (1). »

Vous avez pensé que, d'après la forme des lettres qui composent ses légendes et les caractères de sa fabrication, ce denier devait être contemporain de certaines monnaies du Poitou qui sont incontestablement du xi® siècle. Sur celui-là, comme sur ces dernières, disiez-vous, la pureté des caractères, la netteté de la fabrication ne sont nullement en désaccord avec la loi de la dégénérescence des types, car le type de la croix, tant à Tobvers qu'au revers de la monnaie, ne se rencontre que sur cette seule pièce normande ; elles confirment seulement une observation que l'on peut faire sur les monnaies de presque tous les siècles de l'histoire : c'est que la beauté ou la barbarie de la fabrication des monnaies est généralement en rapport avec la puissance ou la faiblesse du prince et du peuple qui les ont fait frapper. Ce principe posé, la monnaie, sous Guillaume le Conquérant, a dû atteindre un degré de perfection qu'elle n'avait pas sous les ducs de Norniandie qui l'ont précédé.

Il y a là une observation générale très juste, quant à Vinlluence de la puissance des princes et de la prospérité des États sur la bonté et la beauté des monnaies ; mais je ne crois pas qu'elle puisse s'appliquer à Guillaume, qui en Normandie n'était que le continuateur d'usages parfaitement établis, et qui, en Angleterre même, où il était devenu chef d'une dynastie, n'a fait que copier la monnaie d'Harold, ce qui est bien plus extraordinaire.

A n'en juger que par la gravure que j'ai publiée, je conçois qu'on puisse établir un certain rapprochement entre ce denier à la légende WILELMVS et les monnaies du Poitou, frappées au XI® siècle; mais si l'on compare les originaux, on remarque une telle différence de style que l'on ne peut plus admettx'e de contemporanéité.

(1) Rev, num., 1843, t. VIU, p. o6. — V. p. 148 et 151, n« 1, du présent volume.

308 LETTKE A M. LËCOINTRE-DUPOST

L'épaisseur du flaon, le relief des lettres du denier de Rouen n'ont d'analogues que dans les monnaies de Raoul, de Louis d'OuIre-Mcr, ou des pièces anglaises de la même époque.

Je citerai en particulier un denier d'Elhelweard, roi d'Elstanglie (870-895?), découvert à Gravesend, en 1838, qui porte

une croix .sur chaque face, absolument comme la monnfde de Guillaume. Cette communauté de type est concevable pour des monnaies frappées, à une trentaine d'années de distance, par des princes voisins ; mais elle serait bien étonnante si l'on reconnaissait que la pièce de Rouen est plus récente d'un siècle et demi que le denier anglais.

Au surplus, j'ose dire, et vous voudrez bien excuser ma franchise, qu'une démonstration presque irréfutable de mon opinion résulte de l'ordre même que vous avez assigné aux monnaies de Normandie dans ta planche que vous avez fait graver sous le n' I, pour accompagner vos Lettres sur f Histoire mone'taire. Eu effet, les pièces figurées sous les n°* 1, 2 et 4 à 9 sont ordonnées suivant une progression de barbarie parfaitement sensible, tandis que te n" 10, le denier de Guillaume, vient produire un contraste des plus extraordinaires. L'œil n'éprouverait pas une sensation plus vive à contempler un gros-tournois de saint Louis, placé à. la suite des plus ternes gros-blancs du roi Jean.

- Je comprends combien il est difficile de déterminer l'Age d'une monnaie, d'après un dessin, quelque bien fait qu'il soil d'ailleurs; aussi est-il bien probable que si, depuis l'impression de vos lettres, vous avez pu, Monsieur, examiner dans le musée de Rouen le denier anonyme de Saint-Romain (Aec, 1843, pi, V, n' 8 (!) ; Lettres sur l'Bist. mon., pi. i, n" 3), vous (I) p. 151, uo B, du pré»eD[ volume.

Page 1