‹ Œuvres de A. de Longpérier (volume 3)Chapitre 146 sur 157 · AU CABINET DES MÉDAILLES DE FRANCE · texte numérisé non relu

AU CABINET DES MÉDAILLES DE FRANCE

(Extrait des Verhandlungen des Internationalen Congresses fur Alierihumskunde und Geschichte zu Bonn, in September 4868, herausgegeben von jn*of, D» Emst Aus*m Weerth, Bonn, 1871, note 1 de la page 97. Lettre adressée par M. de LoDgpérier à M. le prof. E. Aus'm Weerlh à propos de l'Onyx conservé à Saint' Castor de Coblentz jusqu'à l'époque de Ja Révolution française et dont on avait depuis perdu la trace, ainsi qu*à propos du camée d*une croix processionnelle de la cathédrale de Minden.)

Paris, 22 décembre 1869.

Cher Monsieur,

Le beau camée, qui a été monté au centre de la croix de Minden, doit être examiné indépendamment des mutilations qu'il a subies (1). Il est possible que la partie inférieure du cou ait été brisée par accident ; mais l'extrémité supérieure de la couronne de laurier doit avoir été coupée par Torfèvre qui avait besoin d'arrondir son médaillon pour qu'il s'arrangeât exactement avec les ornements symétriques du cadre. La double mutilation change l'aspect général du buste; mais quand on se pénètre bien du style du camée et de la forme des traits qu'il représente, on n'hésite pas à y reconnaître un portrait de Domitien; non pas de ce personnage devenu empereur seul, maigri et vieilli quoiqu'il n'eût que trente ans; mais de Domitien césar et portant du vivant même de son père la couronne de laurier, comme nous le montrent les

(1) Ce camée se trouve reproduit sur la couverture du volume du Congrès de Bonn, dans lequel cette lettre a été publiée. — G, S,

iO LE CAMÉE DE MINDEN

monnaies. J'oserai préciser encore davantage, et je dirai que le camée a été exécuté entre 72 et 76, du premier au cinquième consulat de Domitien, alors que ce césar était âgé de vingt et un à vingt-cinq ans. J'espère que les archéologues qui voudront bien prendre la peine de comparer le camée aux monnaies frappées pendant Tespace de temps que je viens d'indiquer, reconnaîtront que je ne me suis pas trompé.

11 y a presque toujours entre les camées et les monnaies représentant les mêmes personnages une légère divergence de lignes, qui n*est pas en faveur des pierres gravées, puisque les marbres, de ronde-bosse sont plus rapprochés des médailles. Cela tient aux difficultés du procédé d'exécution. Le graveur, quelle que soit son habileté, n'est pas absolument maître de son travail, comme l'artiste qui burine un coin de monnaie, ou taille un buste de marbre.

Quant à la grande pierre qui, d*après l'estampe de M. Neubauer, aurait orné autrefois un évangéliaire de Saint-Castor de Coblentz, elle existe au Cabinet des médailles de la Bibliothèque impériale, où elle a été achetée comme étant trouvée à Bavay dans le siècle dernier. (Yoy. Chabouillet, Catalogue général et raisonné des camées et pierres gravées de la Bibliothèque impériale, 1858, p. 20, n* 122.) Quand on compare la gravure de M. Neubauer avec l'original, on trouve des différences notables, principalement dans le nez et dans l'œil. Cela suffit pour dérouter ceux qui ont cherché le camée dans les collections. La gravure tend à faire du camée un portrait de Constantin, ce que la forme du menton rend impossible, tandis que dans la pierre dont le nez est plus droit, l'œil plus ouvert, on ne voit qu*un type idéal de Minerve- Rome, avec des cheveux longs, qui conviennent parfaitement à un personnage féminin. Du reste, on ne peut douter de l'identité de la pierre, M. Neubauer ayant exprimé avec le plus grand soin les petites taches opaques semées en divers endroits. Je dois aussi faire remarquer que sur le camée le gorgonium, placé au centre de l'égide, n'est pas entouré d'un bourrelet en torsade, comme on le voit dans l'estampe. On a

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