‹ Œuvres de A. de LongpérierChapitre 13 sur 173 · DARDANUS DE TROADE · texte numérisé non relu

DARDANUS DE TROADE

Cavalier, coiffé d'un chapeau plat, galopant à droite ; dessous, une chouette.

i^. AAPAA. Coq ; devant, figure du Palladium. iE. 4.

Cette médaille n'offrant qu'une légère variante du type des pièces décrites par Mionnet, t. II, n® 168 Q.t t. V du supplément n** 371, je ne crois pas nécessaire de la figurer; mais il m'a semblé important de proposer une explication du coq qui se voit sur toutes les médailles de cette ville. Je crois l'avoir trouvée dans un fragment d'Hellanicus, conservé par le scholiaste d'Apollonius de Rhodes (3). Cet écrivain nous apprend qu'Electre, mère de Dardanus (4), était aussi appelée 'HXsx- TpudSvn;. Dai*danus étant ainsi un Electrionide, il est tout naturel que les habitants delà ville qu'il avait fondée aient personnifié celte origine par un coq, aXsxTpjwv. M. Cavedoni, à qui celte

(1) Pausan.i A. 36, 4.

(2) i£Uan., De Nal. animal. y lib. V, cap. 2.

(3) I, 916. *Exeî (à Samothrace) a>x£i 'JlXlxTpa ^i "AxXavTo;... tiv çtjdiv 'EXXâvtxoç *lIXextpvcovr|V xaXeterOat.

(4) Apollodore, lib. HI, cap. xii. 'HXsxtpa; ôà "AtXavto; xa\ A\oç 'laatwv xaV Aàpôavo; EyévovTo.

remarque a échappé, a néanmoins fait observer que le type du cavalier coiffé d'un chapeau macédonien ou arcadien, représentait évidemment le héros Dardanus, venu de Samolhrace ou d'Arcadie suivant que Ton adopte le récit de Diodore ou celui de Denys d'Halicarnasse. J'ajouterai que bien que le Palladium ait un sens aisément explicable loi^squ il se rencontre sur un monument de la Troade, il peut avoir ici une valeur particulière, puisque Chrisé, en épousant Dardanus, lui appoila en dot les deux Palladium qu'il transporta en Asie et plaça dans la ville qu'il construisit près de Tllellespont. Ces simulacres furent emportés de Dardanus par Ilus qui les plaça dans la citadelle de Troie. Un vase peint, publié par Millingen, nous montre Ulysse et Diomède, enlevant le double Palladium (1).

APERLAE DE LYCIE.

Dans la notice que j'ai dernièrement publiée sur une didrachme de Lycie du cabinet royal de Munich, j'ai mentionné les monnaies au type du triskèle et portant la légende ^^PEKA'^, Péreclé, que M. Sharpe croit être le nom lycion d'une Héraclée qui n'existe pas en Lycie et qu'il faudrait aller chercher entre Milet et le Méandre (2).

Après avoir examiné de nouveau cette opinion, je la considère comme tout à fait inadmissible.

Il se pourrait qu'une ville d'IIéraclée eût existé en Lycie ; mais il ne nous en reste pas la moindre trace dans les inscriptions ou les écrits des anciens.

La lettre P figure dans les mots Pattarazu, Kopalle, Zrppedone, Aî'ppagos, et la transcription grecque de ces noms nous fait voir qu'elle y entre comme labiale dure et non pas comme aspirée.

Que l'on suppose un instant la lettre P aspirée, on obtiendra tout simplement Phéreclé ; mais encore, de ce que le <ï> a le

(1) MilIiDgen, Ancient tmedited monumenU; paintcd groek vases, p. 73.

(2) V t. !•' des Œuvi'cs de A. de Longpéner, p. 29.

son do F qui a la forme du digamma, il n'en résulte pas que le 9 soit un digamma, esprit qui ne parait pas avoir existé dans la langue lycienne.

Je crois donc que le mot Péreclé est la forme originale du nom que Ptolémée orthographie 'Aireppat, mais que l'on trouve sous la forme Aperlx dans Tatlas de Reichard, auteur qui puise toujours aux meilleures sources. Une médaille unique de Gordien ÏII, que possède la Bibliothèque Royale et que M. Millingen a publiée, donne AIIEPAEITÛN parfaitement distinct (1) et tranche la question. Le savant antiquaire a néanmoins lu et fait graver 'ÂTrepaecciov, et fait remarquer que le nom de la ville doit s'écrire avec un seul P.

L'époque très ancienne à laquelle remonte la monnaie au triskèle et la date comparativement récente du grand bronze de Gordien III, suffisent pour expliquer le changement de forme de Péreclé^ mot dans lequel le second E est bref (ou muet) en Aperlœ,

L'A initial peut n'être qu'un article qui se sera soudé par Tusage au nom de la ville ; c'est ainsi que la ville de Paya en Afrique est aussi écrite ''HpxYa. La chute du K est un de ces adoucissements si ordinaires qui ont modifié le sanskrit en zend, le pehlvi en persan, l'allemand en anglais. Qui sait d'ailleurs si en lycien le K devant un L ne s'évanouissait pas comme le g devant un / en italien?

Quant à l'orthographe 'ATcsppa». donnée par Ptolémée, elle prouve seulement que la différence entre les lettres L et R, prononcées par lesLyciens, était insaisissable pour les oreilles grecques ; c'est ainsi que l'on a écrit Telmessus et Termessus, Tlos et Tros.

CRAGUS DE LYCIE.

KP. MY, Cerf debout, adroite. ^.AY.Lyre.iE.4,P.67,nM3.

Cette précieuse médaille que M. Badeigts de la Borde a bien

voulu me permetter de publier, offre un nouvel exemple d'al-

(1) Recueil de quelques médailles grecque» inédites. Rome, J8I2, p. 67.

SUR QUELQUES MÉDAILLES GRECQUES. 7i

liance monétaire entre les villes de la Lycîe. On connaît déjà une pièce de fabrique analogue portant d'un côté une tête de Diane, accompagnée des initiales AT et de l'autre uu carquois avec KP-SA, monnaie frappée pour Cragus et Xànthus. Un autre moyen bronze sur lequel Neumann lisait KPAN, S, et dont il faisait en conséquence une monnaie de Granium de Céphallénie (1), porte bien réellement KP SAN et indique un pacte monétaire en les deux villes de Cragus et de Xanthus, ainsi que je Tai dit ailleurs (2).

Le petit bronze de M. de la Borde nous révèle une associalion entre Cragus et Myra.

TLOS DE LYCIE.

Tête laurée d'Apollon, à droite.

1^. TA. KP. Lyre; danslechamp,caducée. AR.2.P.67,nol4.

Tête laurée d'Apollon, à droite.

^. AYKinN TA. Arc et carquois croisés. M. 2. P. 67, n» 15.

La première de ces médailles existe dans le médaillier de la Bibliothèque Royale ; je dois la connaissance de la seconde à l'amitié de M. Arnold Morel-Fatio, qui Ta récemment acquise ; toutes deux ont été frappées, à la même époque, par cette ville de Tlos, au sujet de laquelle j'ai dans le précédent numéro de la Revue exposé les découvertes philologiques de M. Sharpe (3).

Le diobole porte les initiales de Cragus en signe d'alliance. Le caducée se voit déjà sur la monnaie d'argent de Pattara (4).

Je trouve dans la pi. 34 du second voyage en Lycie de M. Fellows, un petit bronze de Tlos qui diffère de celui-ci en ce que la tête qui est au droit parait être celle d'une femme ou du moins un type d'Apollon androgyne, coiffé comme Diane.

(1) Populorum et regum numi veteres, 1. 1, p. 209.

(2) Revue Numism., 1841, p. 408. — P. 24 du présent volame. l\ n*y a pas à hésiter, puisque du côté de la tète d'Apollon se lisent les initiales génériques AV.

(3) Rev. num.f 1843, p. 334. — T. I des Œuvres de A. de L., p. 29.

(4) Ch. Fellows, 2« voyage, p. 461,

APHRODISIAS DE CYRÉNAIQUE.

Tête, à gauche.

^. AOP. Bélier, à droite. ^. 1. P. 67, n» 16.

Cette charmante monnaie me paraît appartenir à Aphrodisîas, petite île qui, suivant Hérodote, se trouve sur le rivage de la Cyrénaïquc, et dont Reichard fait dans son atlas un port situé près du 40® degré de longitude.

Le type du bélier est commun sur les médailles de cotte province ; sans parler des moyens bronzes des rois Magas et Ptolémée Apîon, les médailles dlléraclée et de la Cyrénaïqiie proconsulaire nous montrent encore cet animal; ce qui se rapporte àTabondance des troupeaux dans cette partie de TAfrique qu'Hérodote (l) appelle AiÇjtj jxr^XcTpsçcç, la Lybie fertile en moutons (2) .

Comme il exista plusieurs villes qui portèrent le nom d'Aphrodisias, je crois devoir dire que je me suis décidé à classer à l'Afrique cette petite monnaie, non pas pour le vain plaisir d'enrichir la numismatique d'une nouvelle ville, mais parce que j'ai été frappé de l'analogie de fabrique qui existe entre cette pièce et un petit bronze frappé à Cyrène et décrit par xMionnet, t. VI, n« 124, p. 566.

(1) Herod., IV, cap. 169.

(2) Cf. duc de Luynes, Annali deW Instituto arch., t. V, p. 60. Le savant antiquaire, expliquant la coupe qui représente le roi de Cyrénaïque, Arcésilas, est d'avis que la matière blanche que des esclaves pèsent devant le monarque est de la laine, et ceci me paraît d'autant plus probable qu'une substance pulvérisable, comme Vassa fœiida, ne saurait être transportée dans des sacs de filet. Un mot tracé dans le champ de cette coupe, OPVXO, et qui ne s'applique à aucun des personnages de la composition, rappelle que la femme d'Arcésilas, celle qui, suivant Hérodote, vengea sa mort sur Léarque, se nommait Ei-yxo : Aéap^^ov 8è tj yuvtj t| 'ApxsaîXew ÔiXc» xteivei, tyi oCivo{jix r,v 'EpvÇw (IV, 160). VepsUon et Vomicron permutaient quelquefois : c'est ainsi que l'on a écrit Erchomène et Orchomène, Le nom de la reine Eryxo a pu être tracé sur les vases funéraires que la pieuse veuve aurait fait fabriquer. C'est une idée qui peut être combattue et sur la valeur de laquelle les érudits spéciaux prononceront.

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