ATTRIBUTION D*UNE MÉDAILLE GAULOISE
û. Sanglier et bœuf? opposés par lés pieds; au centre^ une rosace formée d'un point entouré d'un cercle de perles Pot. 4i.
A cette monnaie vient se rattacher une série de pièces sans légendes, mais présentant les mêmes types ou une complète analogie de fabrique, et si mon attribution est admise sans peine, comme j'ai lieu de l'espérer, tout ce groupe monétaire aura trouvé sa place exacte dans nos collections. Je laisse le soin de* cet arrangement aux habiles numismatistes qui font de la Gaule le sujet de leurs fructueuses études. Quant à moi, je puis, sans encourir le reproche d'empiétement, faire connaître sommairement une opinion qui m'a paru plausible.
Depuis longtemps d'ailleurs j'avais remarqué que les monnaies de potin, avec les deux chèvres (type qui présente une frappante analogie avec celui des bronzes d'Amphipolis et de Thessalonique) , se trouvent très communément dans la Champagne et dans la Brie ; j'en ai moi-même recueilli plusieurs dans les ruines de lancien Meaux; quelques autres m*ont été montrées comme ayant été trouvées à Melun; enfin la collection de feu Alfred Lorne en renfermait plusieurs qu'il avait réunies à Sens (1).
Ptolémée nomme dans sa géographie la principale ville des Sénonais, 'AYTiStxov, et la légende AFHA de notre monnaie est évidemment l'abrégé de Tethnique de ce nom. Dans les anciennes éditions de l'itinéraire d'Antonin, on trouve Agredicum^ mais luette leçon a été depuis longtemps corrigée en Agedincum par Surita. La table théodosienne donne Agetincum.
Il est vrai que César écrit toujours Agendicttm (2), et que son traducteur grec nous donne la même orthographe 'Âysv* 8(xr/, mais c'est là une simple transcription du latin. Toutefois, dès rinstant que, par une raison que nous ne savons pas apprécier, le peuple de la capitale du Sénonais avait adopté la
(1) Melon et Meaux faisaient, anssi bien que Paris, partie de Tanciennc province archiépiscopale de Sens ; TÉglise avait conservé les divisions territoriales gallo-romaines ; la découverte des monnaies qui nous occupent dans ces diverses villes concourt donc à appuyer la classification que je viens d'établir.
(2) De ML GalL, lib. VI, 41 ; lib. VII, 54.
A AGEDIiNCUM SENONUM. 75
langue grecque pour sa monnaie, nous devons trouver son nom avec la forme hellénique.
J'ai fait remarquer en passant la ressemblance du type d'Agédincum avec celui de Thessalonique et d' Ampbipolis ; je pense que quelques monnaies de ces villes ont pu suivre la même route que les philippes d'or de Macédoine, et être copiées comme ces pièces, dans la Gaule, avec les altérations que subissaient toujours plus ou moins les modèles grecs.
Il me reste à parler d*une question importante, déjà bien des fois agitée, et sur laquelle notre monnaie est destinée & jeter quelque jour.
Agedincum on Agendicum Senonum est-il Provins ou Sens? Tel est le sujet de longues et nombreuses dissertations que je ne tenterai même pas d analyser. Qu'il me suffise de dire que si d'un côté Scaliger, Sanson, Hadrien de Valois et d'Anville on t avancé avec les preuves les plus concluantes qu' Agedincum est Sens, l'opinion contraire n*a été soutenue que par des écrivains qui n'étaient nullement compétents pour juger en semblable matière. M. Opoix (1), et après lui M. E. Lemaire (2), ont fait valoir l'existence à Provins de substructions antiques qu'ils considéraient comme des hôpitaux souterrains destinés par César ad continendum exercitiim, et quidem numerosum in hibemisy captivas, œgrotos, vulneratos, calones, subdiiitios eqiios, armay machinas.
L'idée d'une armée nombreuse, passant l'hiver cachée dans des caves, également choisies comme lieux sains et propres à la guérison des malades et des blessés, ne serait qu'une conception bizarre, que l'on s'étonnerait de trouver sous la plume d'un pharmacien, car telle était la profession de M. Opoix; mais lorsqu'on a vu les prétendues constructions de César, à Provins, et qu'il est évident qu'elles ne remontent pas au delà du xn" siècle et sont l'œuvre des comtes de Champagne (3), on
(1) L'ancien Provins, par M. Opoix, iuspecteur des eanx miaéralea; iii>8«, 1818.
(2) Dans son édition de César, Dissertatio de urbe Agendico^ placée & la fin du 1*» volume.
(3) Voyez VHistoire de Provins, de M. Félix Bourqueloi. Ce jeune et savant
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a peine à concevoir comment M. Lemaire a pu insister sur co genre de preuve, et surtout ajouter la phrase suivante : Porro urhi Sexs, nec ista vestigia antiquitatis, tiec hte situs exerciiui explicmido et collocando conveniens.
Chacun sait, au contraire, que les antiquités romaines do Sens étaient extrêmement remarquables et parfaitement suffisantes pour constituer une ville forte gallo-romaine.
Au reste les archéologues qui voudront désormais établir la comparaison entre les murs de Provins et ceux de Sens seront obligés de s'en tenir, pour ce qui regarde cette dernière ville, aux dessins publiés par Alexandre de Laborde ou Jorand. L'autorité départementale a cru rendre un immense service à la ville des Sénonais, en la débarrassant tout récemment de cette enceinte tant étudiée par les voyageurs et les artistes, et qui avait le tort de rappeler les temps de la domination romaine.
J'espère que parmi les débris écroulés de ces remparts, après tant de fragments antiques déjà découverts, M. Tarbé et M. Leys recueilleront quelques potins d'Agedincum. Celle circonstance ne laisserait plus aucun doute, tant sur mon attribution que sur la question de géographie comparée dont je viens de donner un aperçu.
écrivain, aussi bien que son conipûtriole M. Allou, évoque de Meanx, mettant de côté cet absurde esprit de localité qui fait écrire tant de faussetés, repousse le nom diAgendicum, comme n*ayant jamais appartenu à Provins.