DANS LES LÉGENDES
(Extrait du tome V, nouvelle série de la Bévue nttmwnatique, 1860,
pp. i75-189.}
Lorsqu'il y a quatre ans j'entrepris de montrer que le caractère II qui se trouve sur un certain nombre de monnaies antiques est bien réellement un E, et non pas un double I, fait qui, je le pense, ne saurait plus être contesté par les numismatistes (1), j'avais eu la tentation de parler aussi du caractère F qui donne lieu à quelques observations utiles pour Tintelligence des monuments. Mais mon travail était déjà bien long, et je craignais d'abuser de la patience du lecteur ; j'ai donc remis à un autre temps la publication de mes notes sur cette question, que des devoirs de rédaction m'ont fait ajourner jusqu'ici pour conserver dans notre recueil un légitime équilibre entre l'antique et le moyen âge.
J'espérais, je dois le dire aussi, que d'autres antiquaires, intéressés par les résultats satisfaisants qu'avait fournis l'étude du caractère II, voudraient examiner comparativement l'ancien alphabet latin et l'alphabet gaulois, et seraient ainsi amenés tout naturellement à trouver ce qu'il y avait à dire au sujet de la lettre F.
A mon grand regret, il n'en a pas été ainsi, et je reprends mon travail au point où je l'avais laissé interrompu. L'F dont
(1) Revue num., 1856, p. 73 et suiv. — P. 392 du présent volume.
je veux parler appartient au même système que m, système que Ton pourrait appeler vertical; cette lettre se présente sous la forme I^ composée de deux traits parallèles dont Fun est d'un tiers ou de moitié plus court que l'autre. On voit que ce caractère, tracé avec négligence ou rencontré sur quelque monument altéré par le temps, peut facilement être confondu soit avec un II, soit avec deux I. Il importe cependant de lui attribuer sa valeur réelle ; les monuments épigraphiquos nous la donneront d'une manière irrécusable.
J'avais déjà cité l'inscription C • ^VI^ • ^VT • PIICT (C. Ovio Otifentina fecit)^ qui est gravée sur un petit buste de Méduse conservé au musée Kircher, à Rome (1). Je dois ajouter que sur la lame de plomb trouvée dans la Yigna Manenti et portant une imprécation antiérotique dont j'ai rapporté le texte d'après M. G. B. de Rossi, on lit M • LICINIVM • r^VSTVM (lignes 4 et 5) et M • LICINI^ • P^VST^ (ligne 14) (2). Maintenant, si nous étudions les urnes si antiques découvertes dans le tombeau delà famille Furia, à Tusculum, nous relèverons : Q ' FOVRIO • A* F • {Quinio Fourio Auli filio), P-rOV- C r {Publio Fourio Caii fitio), A' TOV • P • T — G rOVR— CrOVRIMF — P0VRI0MFCF(3).
Nous voyons sur la célèbre lame de bronze trouvée à Rapino les mots PURnNTUR (ligne 3) et PIIRUT (ligne 9) (4). La curieuse coupe trouvée à Ardée, publiée par le P. Garrucci et par M. Ritschl, nous offre l'inscription tronquée .... OMO PAMIILIAIDONO (5).
Fabretti nous a fait connaître deux inscriptions dans lesquelles on trouve TALPACIVS- SE VERVS et MES-
(1) Brunali, Mus. Kircher. inscript,, p. 51, 104. — Cf. Otto Jahn, Die Ficùronische 'Kista, 1852, p. 6t.
(2) Bullett, delV Inst, arch., 1852, p. 20 et Buiv., et le fac-similé dans le Bulîett. arch. nap,, nuov. ser., t. I, tav. XIII.
(3) Fabretti, Inscript, domest,, cap. III, p. 120, n«» 12, 13; p. 240, n» 644. — Ritscbl, De sepulcro Furiorum Tusculano disputatio gramm, Berlin, 1853, in-4», plaDch.
(4) Mommseii, Die Unteritalischen Dialekte. Leipsig, 1850, taf. XIV.
(5) Bullet. arch, napohtano, nuov. ser., t. I, 1853, tav. VI. — Ritschl, De fictii» litteratis (atinorum antiquissimis.
TRIAE PROVICTRICI riICITM (1). Un yra//î/o du musée de Vienne en Dauphiné, recueilli par M. Delorme, nous fournit le nom RYTI... A Pompéi, sur les murailles, le R. P. Garrucci a calqué parmi tant de textes curieux gravés à la pointe : l'IILIX HIC LOCYS IIST— PIRMVS- PLORYS-rADIVS— ADTABIANYM— riILICITHR — QYID PACIAM YOBIS et dans répigranmie contre Rufus : IN RYI'YM.... PACTITAS (2). M- Minervîni a relevé au même lieu CL-PAYSTYS (3).
Un des fragments de vases trouvés, en 1806, dans le jardin du Luxembourg, porte en grands caractères Tinscription PELIX que Grivaud de la Yincelle rangeait parmi les illisibles (4).
Les estampilles de potiers me fourniront aussi : OP * CATI {officina Cati) sur un vase de terre rouge conservé au Musée du Louvre : TONTI OPIC et RUPIN YS imprimés sur des vases appartenant au musée de Yienne en Dauphiné.
M. Tabbé Cavedoni a copié sur le col d un vase cinéraire placé dans la collection de la villa royale du Caiajo, près Modène, Tinscription :
l'OVGONIA niGIORIM IMLIA rVGIINIA'liDMVSIOI
que le savant antiquaire transcrit par Fotigotiia Fegiorei fUia Fngeniae Filomusioi (?î).
(1) Inscr. domfist., cl. IH^ p. 346. — ijù P. Gamicci a confondu ces deux ins* criptions on une seule, dont il cite le texte ainsi : T, Aifttno Seantiano JVf«tno Provictrix fecit (Inscript, de Pompai, p. 21;.
(2) Raff. Garrucci, Inscript, gt^vces au trait sur les mwsde Pompéi. Brtixeneft, 1854, in-8-, pi. VU, 2; XVI, 1; XVII, 8; XXII, 4 {Buit. nap,, IV, 7); XXVH, 19, 31; XXVIII, 18, 19, 58 [Oull,7iap,, II, 6).
(3) Bullet, arch. nap., 1853, t. VI, p. 114.
(4) Antiq. gaul. et rom. recueiUies dans les jardins du palais du Sénat, 1807, pi. VIII, n* 127.
(5) Cavedoni, Indicazione deiprinc, monum, ont, delH. Mus. del Co/o/o. Modène, 1842, p. 79. — M. Cavedoni nous apprend que parmi les cendres renfermées dans ce vase se trouvaient quatre as romains, un moyeu bronze d'Auguste et un de Vespasien Lanzi, Vasi dipinti, p. 26, avait dit : Che coi vasi d*Este non si trovarono altrc monete fuor che assi rùmani). Néanmoins, dans un article du Bulletin deVInst arch. de Rome (1852, p. 137), M. Cavedoni, s'uppuyant sans doute sur la présence du moyen bronze de Vespasien, est dis-
Je ne pousserai pas plus loin les citations. Les exemples qui précèdent ont suffi, j'en suis certain, pour bien établir dans Tesprit du lecteur la valeur du caractère 1\ et il ne me reste plus qu'à faire l'application de cette valeur à des légendes de monnaies. Commençons par la pièce d'argent bien souvent décrite et qui porte :
ORCITIRIX- 'MriLI • V
On trouvera une fort bonne copie de cette légende dans V Essai sur la numismatique gauloise de M. Edouard Lambert (pi . IX, n*' 9) . Quant à la pièce d'Orgitirix donnée par M. Lelewel (Atlas, pi. VIII, n® 7), elle a été calquée dans le beau recueil de Taylor-Combe (pi. I, n" 15), ot le calque exagère un peu la longueur du second jambage du dernier caractère, déjà altéré par la gravure anglaise. J'ai sous les yeux un exemplaire de la monnaie d'argent qui offre un I' parfaitement caractérisé.
Dès lors, plus de difficulté; Orgitirix Atepili filius donne un sens complet auquel nous sommes préparés par la légende Q.DOCI— SAM.F que portent d'autres monnaies d'argent autrefois attribuées aux Santons (1) aussi bien que par les lég-endes T.POM. — SE X. F inscrites sur un petit bronze do travail gaulois (2). Si nous jetons un coup d'œil sur la numismatique des Bretons, nous remarquerons : EPPILLVS — COM.F; EPPI.COM. F; E.C.F; VIR.REX— COM.F;
posé à faire descendre rexécntlon de Tépigraphe jusqu'au temps desFIaviens, époque & laquelle on peut s'étooner de trouver les as encore en usage.
(1) Dans cette légende, qui a été si souvent mal lue, l'A et FM sont liés. L'F a tantôt la forme vulgaire, tantôt la forme du F qui est bien connue dans les inscriptions. Le nom de Docirix se retrouve inscrit sur deux patères d'argent découvertes à Berthouville (Eure) : DIICIR : LVPERCVS EX TEST. PLAC. DOCIRIGIS. Togirix est peut-être aussi an génitif sur les monnaies d'argent qni présentent au droit IVLIVS, car TOGIRI semble être plutôt l'abrégé de Togirigis qu'un nominatif privé de la seule lettre finale ù laquelle le graveur pouvait facilement donner place, ainsi que le prouve la disposition du type.
(2) La Saussaye, Gatile narbonnaise^ pi. XXII, n» 3. -- J. Y. Akerman, Ancient coins of cities and princes, pi. XVII n® 13. — On sait combien les noms de la famille Pompeia s'étaient multipliés chez les Petrocorii. Ce fuit, mal compris, a même donné lieu à une espèce de roman qui a pour sujet la famille du grand Pompée dans les Gaules.
VIR— COM.F; VIRI— CO.F;TINC— C.F; TIN— KOM. F; CVNOBELINVS— TASCIOVANI.F; CVNOBE- TASC.FII; CVNO — TASC.F (1). Ces exemples nous montrent en même temps Tusag-e des abréviations dans les noms d'hommes, et nous autorisent à penser que les mêmes abréviations existent dans les légendes monétaires du continent.
J'ai écrit Atepili bien que la monnaie ne présente que ATPILI. Mais nous connaissons le nom ATEPILOS sur la monnaie de cuivre qui porte aussi le nom TO VTOB OCIO (2) ; et il est d'ailleurs à remarquer que l'écriture phénicienne, dont tous les peuples chrétiens de l'Europe font encore usage aujourd'hui, avait à l'origine conservé chez les Grecs, les Latins, les Gaulois, les Ibériens, la faculté d'exprimer certaines voyelles et les consonnes redoublées sans qu'elles fussent tracées. Cette faculté sémitique (je ne dis pas usage régulier) se constate par les monuments épigraphiques ; elle semble inhérente à l'emploi du caractère et n'affecte en rien la langue. C'est une anomalie évidente quand il s'agit de la transcription de mots appartenant à des idiomes indiens tels que le grec, le latin et le celtique. Mais il faut en tenir compte pour l'explication de nos antiques monnaies.
J'arrive à une légende bien plus souvent discutée que celle du fils d'Atepilus, ou plutôt Atepillus :
GERMANVS INDVTILLI- V
C'est ainsi que je la lis sur de bons exemplaires de cette monnaie de bronze portant pour types un taureau comupëte au revers d'une tète imberbe ceinte d'un diadème.
(1) Materials for the History of Britain, t I, pi. I. — ilkermaiii Andent eoims of cities and princes, pi. XXI, XXII, XXIII et XXIV. l\ est à remarquer qoe pinsieurs monuaies de Cunobelinus ont, comme celle de Germanus, un taoreaa comupète pour type.
(2} Ajoutons Atepo (vase de terre rouge], Alepo (inscript. d'Apt), Ateporix (inscript d'Ancyre), Atepomarus (Plutarqne et inscript. de Narbonne), tous noms propres qui ne peuvent pas plus qu* Atepillus être pris pour des titres honorifiques.
Mionnet a vu sur ce bronze INDVTILLI.I. , et Welzl de Wellenheim donne la même légende dans son catalogue : c'est assurément la meilleure forme qui ait été publiée.
Tristan avait attribué à la colonie dlndustria les monnaies de Germanus; Laurent Beger, en 1672, le réfuta, et prenant Germanus pour un adjectif, il eut le premier, je crois, Vidée de lire le nom abrégé dlnduciomarus , INDVT suivi du chiffre im(l).
Le P. Jobert disait en 1692 que « dans la petite médaille de Germanus ou Sermanus, INDVT. III. que personne n'a pu encore entendre, pourroit bien signifier Indiciione VIII ou XITTI, le T étant peut-être une faute du monétaire. » Ge à quoi Bimard ajoutait, en 1739, qu il avait vu dans le cabinet de M. de Clëves six ou sept médailles en petit bronze semblables à celle que cite le P. Jobert, et que sur la mieux conservée il apercevait un B après INDVTILLI; il fallait, suivant cet antiquaire, sépai'er ILLIBdeINDVTet attribuer les monnaies à lUiberis, Germanus et Indutiiis ou hiduciomarus pouvant être considérés comme des noms de magistrats.
Dans le catalogue du musée Tiepolo, imprimé à Venise en 1737, nous trouvons aux addenda Ae la page 1310 : GERM'AN . INDVTI... Bos cornupeta (Indutiomarus princeps Treveri in Germania inferiori tempore Caesaris). Cinquante ans plus tard, le catalogue de la comtesse de Bentinck répète exactement la même chose. C'est toujours Topinion de Beger qui prévalait et qui a entraîné le docte Ëckhel à condamner la meilleure portion de la lecture proposée par Bimard (qui cum perperam legeret INDVTILLI), comme aussi à adopter le nom d'/ndutiomants qu*il inscrit en capitales parmi les légendes véritables.
La tradition constante, reposant, il est vrai, sur des erreurs, Tautorité d'Eckhel ont sans doute influencé M. Lelewel qui, en 1841, disait à son tour : « Sur la monnaie des Trêves on lit GERMANVS INDVTILLIL qu'on a bien attribué à
(1) Observationes et conject.in numismata. Cologne, ia-4<', 1672 et 1691 , p. 47. — Cf. Thesaur, Brandeb,, t. I, p. 309.
Induciomar; c'est donc une autre terminaison rhar changée en un. Ne convient-il pas de considérer cette terminaison pour une distinction honorifique résultant de la réunion du titre epililj ai'pilil par laquelle la contraction de la prononciation forme, au lieu de Induc-mar^ un Indut'illil (1)? »
En 1848, le rédacteur anonyme du catalogue de la vente Pembroke (M. Burgon), arrivait bien près de la vérité. Dans une longue note, il faisait remarquer que TE de GERMANVS étant, sur la médaille qu'il décrivait, réduit à un simple trait, I, il était possible que le dernier caractère, qui lui paraissait avoir la même forme I, eût la valeur d'un F que le sens exige (2).
M. Edmund Oldfield n'a pas osé accepter cette explication, et se contente de faire remarquer qu'elle lui paraît avoir la probabilité en sa faveur (3). Un autre antiquaire bien distingué, M. Samuel Birch, la rejette tout à fait, revient à la légende IND VTILLI.L qu'il interprète par Indytilli libertus (4).
Je ne crois pas nécessaire de pousser plus loin l'analyse des opinions diverses auxquelles a donné lieu la monnaie de Germanus. Il me suffit de montrer que malgré les eiTorts de tant d'habiles antiquaires la question qu'elle soulève n'a pu être résolue, uniquement parce qu'aucun d'entre eux n^avait eu recours à l'épigraphie, et que, sans le secours des inscriptions, il ne pouvait venir à l'esprit qu'un petit trait isolé appartint au caractère que les plus exercés représentent comme un I séparé d'INDVTILLI par un point.
C'est à peine s'il est nécessaire de faire observer que les monnaies de bronze au type du taureau cornupète n'ont aucunement rapport au chef des Trevires, Induciomar. Elles sont frappées par Germanus dont on peut comparer le nom avec
(i) "^yp^ gauloiSi p. 247. Cf. p. 324, 325, 327. — M. Senckler, lisant comme M. Lelewel, a repris à nouveau l'attribution de Beger, Jahrbuch des Verefns von Alterthums Frexinden, 1846, p. 44.
(2) Catalogue of the eniire Pembroke collection of coins and medals, p. fâ.
(3) On the orthographical form of the names insa^bed on Gaulish and Briiish coins, daus le Num, Chronicle, 1852, t. XV, p. 116.
(4) On the coins of Germanus, dans le Num, Chronide, 1855, t. XXIII. p. 466.
celui d'Hermann ou Arminius. Indutillus n'a d'autre relation avec Induciomarus qu'un élément commun . On ne peut pas plus confondre ces deux noms qu'on ne confondrait Andebrogirix et Andecombus, Ambigalus et Ambiorîx, Vercondaridubius et Vercingetorix, Eposoghatus et Eposterovidus, Cannitogimarus et Dinomogetimarus, Dagodubnus et Connetodubnus, Yercombogius et Abrextubogius. Que l'élément commun soit placé au commencement ou à la fin du nom, ce n'est toujours qu'une des parties constituantes d'un mot, et les règles élémentaires de la philologie s'opposent à ce que nous prenions cette relation pour une identité. On remarquera qu'il ne s'agit pas de deux copies d'un manuscrit donnant, en un même passage, un nom sous deux formes différentes dont une doit nécessairement être altérée, si elles ne le sont pas toutes deux. Nous avons, d'une pari, un nom bien gaulois (Induciomar) appartenant à une classe connue parles monuments, dont rien ne peut faire suspecter l'authenticité, et de l'autre, un nom (Indutillus) inscrit sur une monnaie antique arrivée jusqu'à nous, au sujet de laquelle nous n'avons pas à admettre des erreurs produites par la négligence ou l'ignorance des copistes du moyen âge.
Quelle singulière histoire on produirait en mettant au compte des trois Childebert les actes des trois Childéric sous prétexte de conformité de nom !
Lorsqu'il s'agit de numismatique gauloise, on ne s'est pas cependant toujours fait scrupule de prendre pour identiques des noms qui diffèrent essentiellement les uns des autres. C'est là un vice contre lequel nous ne saurions trop hautement protester.
Indutillus appartient à une riche famille de noms gaulois terminés en illtis qu'il est facile de retrouver tant dans les textes que sur les monuments, ainsi qu*on le peut voir par la liste suivante extraite de mes notes relatives aux noms d'hommes :
Abduc illtis (Caesar, Bell, civ., III, 59), allobroge. Aged illus (vase de terre rouge).
Alb illus (vase de terre rouge).
Arant illus (inscription de Metz).
Asc illus (vase de terre rouge).
At illus (vase id. ).
Att illus (vase id. ).
Attic illa (inscription de Messimy), féminin (!).
BoR illus (vase de terre rouge).
Gag illus (vase id. ).
Gantât illa (inscription d'Auxerre), féminin.
Cap illus (inscription de Fleuri, près Orléans). Garant illus (inscription de Dijon).
Gar illus (vase de terre rouge).
Gar illa (inscription de Meylan, Isère), féminin. Gass illus (inscription de Toulouse).
Catiat illus (vase de terre rouge).
Gavar illus (Gœsar., Bell. Gatl., VII, 67), Éduen. Gelt illus (Gaesar., ibid.^ VII, 4), père de VercîngétorLx. Gelt illa (inscription de Miramas, près Aix), féminin. Gober illus (inscription de Metz).
Goc illus (inscription de Feurs).
Goc illa (inscription de Langres), féminin. GoMiT illa (inscription de Maycnce), id. GoRis illus (vase de terre rouge).
GoT illus (vase id. ).
Grim illa (patèrc d'argent de Brissac), féminin. Gucc illus (vase de terre rouge).
GuRM illus (vase id. ).
Dags illus (inscription de Luxembourg).
DiviciANT illus (inscription d'Aramon).
Elv illus (vase de terre rouge).
£p illos (médaille gauloise).
Epp illus (médaille de la Grande-Bretagne). ExciNG illa (inscript, de Narbonne et de Nîmes), féminin.
(1) Il existe des noms d'homme goulois terminés en A, comme Arda, Aleula, Tocca, Cabucca, Sicca, etc.; mais les noms en illa sont des féminins ayant leur correspondant masculin en illus.
Fad illa (J. Gapiiolin, Anton, pius, I), nlmoise. Fasc illus (inscription de Rehweiler).
GiAM illus (inscription de Grand, près Metz). Inderc illus (inscription de Bordeaux).
luRAT illa (inscription de Marseille), féminin.
Mac illus (vase de terre rouge).
Mar illus (inscription de Metz).
Maro illus (vase de terre rouge).
Mars illus (inscription d'Orléans).
Mart illa (inscription de Dijon), féminin. Meth illus (vase de terre rouge).
MoGET illus (inscription de Como).
Montan illa (inscription de Messeiran), féminin.
PiST illus (terre cuite d'Autun) (Inscr. de Worms),
Reg illa .(inscription d'Aix), féminin.
RiG illus (inscription d'Antibes).
RoMOG illus (vase de terre rouge).
Rose illus (Caesar., Bell, civ., III, 59), allobroge. Sacr illus (terres cuites de Moulins).
Salic illa (inscription de Luxeuil), féminin.
Sam illa (inscription de Luxeuil), id. Sanv illus (inscription de la Grau d'Aubagne).
[Sur illus (vase de terre rouge).
Tarv illus (vase id. ).
Ta se illus (vase id. ).
Tasc illa (inscription de Luxeuil), féminin. Tasg illus (colonne de Gussy).
Tess illa (inscription de Narbonne), féminin. Tout illus (inscription de Nimes).
Trouc illus (inscription id. ), Ud illus (inscription d'Orange).
UxAP illus (vase de terre rouge).
Varic illus (inscription de Metz).
Vass illus (inscription de Meylan,. Isère). Vix illa (inscription de Luxeuil), féminin.
Vix illa (inscription de Virieu), id.
On trouve encore dans les inscriptions de la Gaule un grand nombre de noms à base latine, tels que Decumilla (Die), 5ervatilla (Nîmes), Bassilla (Saint-Pons), Nepotilla {id.)^ Jucundilla (Yencc), etc., que j'omets afin de ménager ici l'espace. J'ai retranché aussi pour la même raison les noms dont la terminaison ilus doit être prononcée illus.
Pour compléter le chapitre relatif à la lettre F, il faudrait encore parler des formes r et K qui lui ont été données quelquefois; mais il suffit pour le moment de les signaler. On les retrouvera tout comme les A d'Atepilus et du rémois Atisius, les R des Petrucorii, les G de Divigîagus, les P carrés de Pixtilus et des Petrucorii, dans les inscriptions tracées à la pointe, soit sur les murailles de Pompéi, soit sur les vases d*argenl et de terre découverts dans les Gaules. Plusieurs de ces lettres se voient sur les célèbres vases recueillis en si -grand nombre à San-Cesario (1) et sur des deniei*s romains du temps de la république. Nous sommes donc autorisés à penser que les Gaulois ont adopté l'antique alphabet qu»ils ont trouvé en usage lors de leurs expéditions en Italie.
L'£ sous la forme II s'est conservé longtemps chez nous. On en a la preuve par une inscription d'Aurélien recueillie dans la commune de Tréteau, près Moulins, et récemment publiée par M. E. Tudot (2) :
IMP CIISARI'L-DV
MIITIOAVRIILIAN
O'M'GIIRMANICO
TRIBVNIClirPVCO
SS IIIPP'CIARLXXXVI
Ainsi, en 275, on faisait encore usage de cet E, qui se voit sur les monnaies de Tasgetius, de Luchterius (3) et d'Epasnactus,
(1) Voy. les copies données par Boldinif Saggi di dissert, di Cortcn., 1738, t. n, p. 156, et par Garruccî, BuUet. arch, napoi.^ naova série, 1. 1, pi. XI.
(2) Enseignes et inscriptions murales qui subsistent encore sur des constructions anciennes à Moulins^ iu-8<», p. 14.
(3) J'écris Luchterius & cause de la présence da X grec; cf. /iicA/, abondance, en celte irlandais.
SUR LA FORME DE LÀ LETTRE F. 48i
contemporains de César. M. Pcghoux a publié des monnaies trouvées à Gergovia, sur lesquelles on lit CALlID V (1), nom placé dans un cartel et qu'il faut rapprocher de la légende irës anciennement connue CALEDV-SENODON (2). Le même antiquaire a recueilli à Gergovia un petit bronze portant en réalité CKiEDV •BRI, ainsi que j'ai pu le reconnaître après un examen minutieux de l'original , pièce importante à comparer avec celle de la Bibliothèque impériale, sur laquelle on lit CICIIDV-BI. M. de Saulcy m'a fait aussi voir le dessin d*une monnaie rémoise de la bibliothèque de Metz, dont la légende RIIMO-ATISIOS offre une variante instructive.
Il est probable encore qu'on doit lire BPUNOS (si l'on examine bien la pièce d argent publiée par M. Edouard Lambert, pi. XI, n« 16), le nom dans lequel on â vu BIIINOS pour BELINOS. Brennus est un nom célèbre; je l'ai remarqué isolé, gravé en grands caractères, BRENNOS, sur une pierre du musée de Bordeaux. C'est un nom d'homme et non pas un titre comme on l'a prétendu.
La présence du P dans VIIPOTA, LVXTIIPIO&, BPU- NOS, Verotalus^ Luchleritis^ Bremins^ ne doit pas nous étonner lorsque nous nous rappelons les relations des Gaulois. avec la Grèce, l'emploi qu'ils faisaient parfois de légendes purement grecques sur leurs monnaies. L'introduction du rhô grec dans une légende latine de la Gaule s'explique donc tout aussi facilement que sa présence dans une inscription recueillie h- Alep par le marquis de Noîntel et publiée par Spon [Mise, enid. , scct. X, n" 37) :
T • FL • IVLIANVS • VETEPANVS
LEG VIII AVG DEDICAVIT MONVMENTVM SVVM
SEMPITEPNVM DIS MANIBVS SVIS ET LAETITIAE VXORI SVAE
LIBEPISQVE HEPEDIBVS SVIS POSTEPISQVE EOPVM NE LICEPET VLLI EOPVM ÎA[omimentum alienare] VLLO MODO
(i) Peghoux, Essai sur les monnaies des Arvenù, Clcriuout, 1S57, ]il. I, n» 18, 10'\ — Les dessins sont tellement inexacts qu'on ne peut se faire une idée des légendes: il eu est de même du n» 37 de la pi. IH, CrCËDV'BRI.
(2) J'ai cru, coiunic tant d'autres, que la légende SENODON pouvait s'np-
C'est reiTei que doit naturellement produire Tusage parallèle des alphabets grec et latin dans un même pays. C'est ainsi que l'influence de l'étrusque amenait l'emploi du K non pas seulement devant TA, ce qui est conforme au système des grammairiens latins (1), mais devant l'I et devant TE, comme nous le voyons dans ce texte publié par Maffei (2) :
DM
KATTIA AVGV
STINA HT VALIIR
MVKIANVS PA
RIINTIIS HT VALR
FRATRIIS KATEIANV
MVKIANV HT AVGV
STA POSVHRVNT
BHN MHRHNTI
VALH MARKHLLINO