‹ Œuvres de A. de LongpérierChapitre 170 sur 173 · CYRÈNE · texte numérisé non relu

CYRÈNE

N"" 22. Graine de silphium, avel^ boutons.

Revers. Carré creux, divisé par une large bande en relief. — AR. 5. Fragment. Poids, 13k%15. Très globuleuse. (PI. XI, n« 12.)

N* 23. Deux graines de silpliium placées l'une à côté de l'autre ; au-dessus et au-dessous, des fleurs de la plante.

(1) Num, nonnulla grxc. mus. Ueg. Bavarise, 1333, p. 243.

Revers. Carré creux. — AR. 5. Fragment. Poids, 13b^,80. Très globuleuse. (PL XI, nM3.)

Ni Tune nijl'autre de ces précieuses monnaies ne se trouve décrite dans la monographie préparée avec tant de soin et de persévérance par notre regretté ami C. Falbe, continuée par Lindberg, et publiée enfin tout récemment par M. Lûdwig Mûller, qui a profité des additions fournies par M. Tabbé Cave* doni et par Duchalais.

Il est à remarquer que toutes les monnaies dont nous venons de donner la description appartiennent à un espace géographique très circonscrit. Il semble qu'elles aient été rapportées en Egypte par quelque négociant qui avait fait le tour de la mer Mgée avec un de ces vaisseaux phéniciens qui, au dire d'Hérodote, transportaient des marchandises d'Egypte et d* Assyrie sur les côtes de la Grèce.

Nous n'aimons pas, nous devons l'avouer, les romans archéologiques, et nous ne voudrions pas tirer de l'examen d'une poignée de médailles le récit d'un périple de fantaisie.

Mais nous ne pouvons cependant négliger de constater un fait qui peut avoir des conséquences utiles pour la classification des monuments. Que le lecteur veuille donc bien suivre pour un instant sur une carte du monde antique l'itinéraire que nous allons indiquer.

Parti de Tyr, le vaisseau touche d'abord, en Cypre, non loin A'Amai/ionte^ à Cittium probablement, puis au port de Phaaelis^ sur la côte de Lycie ; de là il se rend aux tles de Cos et de SamoSy s'arrête au port de Téos, aborde à CAio, longe les côles de l'Hellespont et de la Propontide jusqu'à Chalcédon^ revient sur le rivage de la Thrace à Maronée, entre dans un port de la Macédoine^ suit l'Euripe et aborde en Eubée au port XÈrétrie, double le cap Sunium et traverse le golfe Saronique jusqu'à risthme de Corinthe, puis fait escale aux lies d'jEgine^ de Céos^ de NaxoSj pour arriver enfin en Cyrénaique. On verra que chacune des localités que nous venons d'énumérer se trouve représentée dans la trouvaille de Myt-Rahineh, et c'est bien là la marche que devait suivre, au vi' siècle avant notre

TROUVAILLE DE MYT-RAHINEH. 52o

ère, un de ces habiles marchands qui rendaient la mer i£gée tribulaire de leur activité. Parvenues en Egypte, contrée où la monnaie n'était pas en usage, les pièces d*argent que nous avons décrites auront été livrées à un orfèvre qui s'est hâté de les défigurer à coups de ciseau, suivant une habitude qui est vraisemblablement naturelle chez Thomme, puisque nous avons encore vu pendant longtemps les orfèvres briser les monnaies anciennes qu'ils avaient achetées, bien que cette opération ne soit d'aucune utilité pour la fonte, surtout lorsqu'elle s'applique à des monnaies d'un très petit module.

Quoi qu'il en soit, le coup d'œil jeté sur la carte, à notre prière, aura son utilité.

Nous sommes accoutumés, depuis Pellerin et Eckhel, à ranger les médailles antiques suivant l'ordre géographique de Strabon. Loin de nous la pensée de lîcn changer à cette méthode, qui est excellente, et qui donne aux ouvrages de numismatique une unité de disposition très propre à faciliter les recherches ; mais il résulte de nos habitudes d'antiquaires que nous considérons à de trop grandes distances les monu* ments fabriqués dans des pays fort voisins; et il n'est pas mauvais, pour bien comprendre certains rapports de style et de types, de se rappeler quelquefois la position relative des villes; par exemple, dans le cas dont nous nous occupons, la proximité des Cyclades et des Sporades est un fait dont il faut tenir grandement compte ; car ces îles, bien qu'appar* tenant les unes à l'Europe, les autres à l'Asie, n'en sont pas moins situées dans la même région maritime.

Ce n'est certainement pas sans étonnement qu'on aura remarqué l'enfouissement de l'atelier d'un orfèvre dans une localité qui n'a pas été, comme Pompéi ou Herculanum, tout à coup ensevelie par l'éruption d'un volcan .

Toutes les monnaies retrouvées à Myt-Rahinch dans un élat qui prouve qu'elles avaient à peine circulé, appartiennent au VI® siècle avant notre ère. A cette époque, l'Egypte n'a pas été subitement abandonnée par sa population. Des monnaies grecques et asiatiques portant des symboles étran*

gers n'ont pu élre déposées dans une sépulture ég}'pticnne ; c'eût été une offense aux idées religieuses alors encore dans toute leur vigueur. Mais il est dans l'histoire du vi* siècle un grand fait qui nous parait fournir l'explication que nous cherchons. L'tnvasion des Perses en Egypte répandit dans ce pays une immense terreur; chacun dut songer à cacher ce qu'il possédait de précieux ; les batailles, tes troubles, les violences qui précédèrent ou suivirent la conquête, firent périr un grand nombre d'habitants, et l'orfèvre de Myl-Rahineb aura emporté avec lui dans la tombe le secret de sa cachette. II est & regretter que l'empressement qu'il a mis à mutiler des monuments étrangers ait réduit à un si petit nombre les précieuses monnaies tombées entre ses mains.

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