‹ Œuvres de A. de LongpérierChapitre 5 sur 173 · DE MÉDAILLES · texte numérisé non relu

DE MÉDAILLES

ATTRIBUÉES A RHODANUSIA DE LA NARBONNAîSE.

(Extrait du tome VI de la Revue numismatique, 1841, pp. 405-414.)

Lorsqu'une attribution numismatique a régné sans contestation pendant de longues années, quelque peu solide qu'elle fût d'ailleurs, il devient extrêmement difficile de la combattre, et Ton ne peut se flatter d'obtenir Tassentiment du plus grand nombre des antiquaires, à moins que Ton n'apporte à l'appui de son opinion des monuments inédits qui entraînent avec eux une évidence complète.

Il y a donc presque toujours quelque désavantage à venir traiter de nouveau une question considérée, à tort ou à raison, comme résolue, quand les éléments de conviction sont encore les mêmes, et quand on n'a d'autres ressources pour faire triompher son idée que la combinaison de ces mêmes éléments présentés sous un jour différent.

Cependant, quand on est persuadé profondément de la fausseté du fait accrédité ; quand ce fait, mis en avant avec la plus grande légèreté, n'a jamais été prouvé scientifiquement et que la sanction qu'il a reçue des autorités, dont on pourrait nous opposer le témoignage, tient plutôt à un défaut d'examen qu'à une communauté de doctrine, alors il semble qu'il est du devoir d'un ami de la science de faire part aux érudits de ses doutes et de ses suppositions.

C'est à cette considération que je cède en venant essayer do

22 RESTITVTION DE MÉDAILLES A LA LYCÎE.

faire accepter une attribution neuve pour les hémidrachmes, classées à Rhodanusia de la Narbonnalse, pièces dont la fabrique n'a rien qui les rattache à la Gaule, et dont il n'a peut-être jamais été trouvé un seul exemplaire sur le sol de notre pays.

La tète du Soleil, posée de face et en partie cachée par un aigle de profil; au revers, une rose, expression phonétique du nom de Rhodes, avec les lettres MA (p. 23, 1), tels étaient les types que Ton a considérés comme convenant parfaitement à la colonie Massaliote, établie à Rhodanusia. Mais il semble que c'était précisément le contraire que Ton aurait dû s'attendre à rencontrer, c'est-à-dire le type marseillais accompagné des initiales PO. Les médailles des Csenkenses (1), des Tricorii (2), des Seyovw (3), ont été conçues dans ce sens, et dans les circonstances que présentent les hémidrachmes en question, on pouvait tout au plus voir une copie de la monnaie rhodienne, faite à Marseille même.

Toutefois Topinion émise par Pellerin (4), acceptée par Eckhel, Fauris de Saint- Vincens et Mionnet, semble n'avoir soulevé le doute de personne, et dans ces derniers temps elle a encore obtenu le suffrage des esprits distingués qui ont fait une étude spéciale des monnaies gauloises. Le plus récent de tous, M. J. Lelewel, cet antiquaire si fin et si profond, qui pousse jusqu'aux nuances les distinctions archéologiques, ne parait pas avoir hésité à accepter pour Rhodanusia les médailles qui portent le type que j'ai décrit (3).

Tant d'autorités et de si graves, opposées à mon sentiment, pourraient me faire accuser de témérité. C'est pour répondre d'avance à ce reproche que je crois devoir prévenir ici que M. de la Saussaye, dont personne assurément ne serait tenté de contester la compétence en pareille matière, et à qui j'ai

(1) Descript. de quelques méd. de Massiliat etc., par M. le marquis de Lagoy, p. 25.

(2) Notices sur quelq. méd, de la Gaule, par le même, n® 16.

(3) J. Lelewel, Études numism, et archéol.y type gaulois, p. 221.

(4) Recueil de médailles des peuples, villes et rois, t. I, p. 25.

(5) Loc, laud.f p. 414.

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