‹ Œuvres de A. de LongpérierChapitre 53 sur 173 · SUR UNE INSCRIPTION INÉDITE · texte numérisé non relu

SUR UNE INSCRIPTION INÉDITE

(Extrait da tome H de la Revue de Philologie, 1846-47,

pp. 353 à 360.)

On sait quel parti les érudits ont pu tirer de certaines inscriptions découvertes sur le sol des villes antiques, complètement ruinées, et dont le nom même était devenu le sujet de doutes et de contestations. En Asie Mineure, sur les côtes de la mer Rouge et dans l'Afrique septentrionale, un nom de lieu tracé sur un fragment de stèle a maintes fois révélé aux géographes remplacement de cités jadis célèbres, à Tégard desquelles la tradition était muette ou insuffisante. Dans l'Europe occidentale les découvertes de ce genre ont en général moins d'importance, parce que la mémoire des origines s'est mieux conservée, et que, depuis le xvi* siècle, les historiens locaux se sont appliqués à réunir tous les genres d'informations qui pouvaient assurer une noblesse antique aux villes dont ils publiaient les annales.

Voici cependant un monument épigraphique de la Gaule appelé à jouer un rôle décisif dans une question longtemps débattue. Depuis trois siècles en effet divers écrivains (1) ont

(t) A commencer par Robert Goguio, dans sa tradaction de César, de 1341. — Cf. L Ancien ProvinSy par M. Opoix, îd-8«, 1818. ^ Acbaintre, Dissertatio de urbe Agendico. !•' toI. du César de ternaire. Barbie da Bocage qui, dans une carte des Gaules, a placé Ageudicum au point géograpbique de Provins. — M. Doé, qui a imprimé dans le t. V des Mémoit^es de l'Académie celtique, un travail sur Agendicum-Provins.

no NOTICE SLR UNE INSCRIPTION INÉDITE

prétendu appliquer à Provins le nom d*Âgendicum mentionné par César, nom qui antérieurement était attribué à Sens.

M. Allou, évêque de Meaux (1), M. Félix Bourquelot (2), tous deux nés à Provins, et* que cette circonstance mémo aurait pu influencer en faveur de cette ville, ont pensé, après un examen critique basé sur la connaissance du pays, que c'était Sens qu'il fallait identifier avec Agendicum. Néanmoins les arguments de ces deux auteurs étant purement scientifiques, ne pouvaient être acceptés généralement comme Test un fait matériel, et récemment encore on vient de réimprimer à Provins Touvrage dans lequel M. Opoix s'était efforcé de soutenir une opinion contraire à la leur (3).

M. Allou s'exprimait ainsi : « La question ne me parait pas susceptible d'être décidée d'une manière absolue. Aucun monument de tantiquitéy aucun témoignage historique des premiers temps ne nous apprend positivement qu'Agendicum soit Sens ou Provins. Une tradition presque universelle veut que ce soit Sens ; je le pense ainsi, mais il me serait impossible de le prouver. Tout ce que je sais c'est que Provins et Sens se disputant cet honneur, Provins ne peut soutenir la concurrence. Je vais tâcher de l'établir en discutant toutes les preuves nouvellement produites par les défenseurs de Provins. Si je démontre que toutes ces preuves conviennent mieux à Sens qu'à Provins, je croirai avoir fait tout ce qu'il est possible de faire, etc. »

Le même auteur avait singulièrement éclairé la discussion en reproduisant des textes du ix® siècle, desquels il ressort

(1) Mémoire sur VAgendicum des Commentaires de César (composé en 1821), imprimé en 1846 dans le Bulletin de la société archéologique de Sens, p. 91.

(2) Histoire de Provins, 1839, in-8«, t. !•', p. 47 et sniv.

(3) V Ancien Provins, cité plus haut. L'auteur de cet ouvrage se propose non seulement de démontrer que Provins est Agendicum, mais encore que cette ville a été bAtie par J. César, qui destinait les caves profondes dont elle est remplie à loger pendant Thiver les chevaux de son armée, ses machines de gaerre et ses soldats malades. L'architecture de ces souterrains, qui est fort belle en' général, indique les xii* et xiu* siècles. En 1818 on était encore si peu avancé en fait d'archéologie, que la discussion au sujet de ces raves s'engageait non pas sur les caractères des chapiteaux, des moulures que l'on y trouve en grand nombre, mais sur. la nature du ciment qui lie les pierres entre elles.

TROUVÉE A SENS. Mi

manifestement qu*à cette époque, du moins, Tapplication du nom d'Agendicum à Sens était acceptée dans le pays (1). Il résulte cependant des paroles de MM. Allou et Bourquelot, qui ont si soigneusement étudié tous les éléments de la question, que l'identité d'Agendicum et de Sens, indiquée par la critique judicieuse d'un ensemble de petits faits convergents, attend encore cette sanction décisive et irrécusable que fourniraient des monuments de rantiqtnté cherchés en vain jusqu'à présent.

C'est là une lacune que je vais faire disparaître en donnant la copie d'une inscription tracée sur une plaque de bronze trouvée à Sens il y a une dizaine d'années environ.

Avant d'aller plus loin, je suis forcé d'entrer dans quelques détails au sujet de ce monument. Acheté à un ouvrier, qui venait de le déterrer, par M. Alfred Lorne, il fut conservé dans le cabinet de cet antiquaire, qui me le fit voir à diverses reprises. M. Lorne étant mort en 1843, toute sa collection d'antiquités fut acquise par M. Rollin, et transportée de Sens à Paris. Je n'avais jamais eu le temps de copier ni d*étudier l'inscription découverte à Sens, et je dois dire que celui qui la possédait n'a pas su quel intérêt particulier elle offrait pour l'histbire de son pays. Il faut donc bien se garder de confondre ce précieux monument avec ces bronzes de travail moderne qui ont été fabriqués à Sens il y a deux ans. Ceux-là portaient de courtes inscriptions d'une latinité douteuse mentionnant César j une légion romaine^ etc., suivant cette érudition qui défraye habituellement les inventions des faussaires; de plus la patine j cette couleur que le temps seul peut donner, était détestablement imitée. L'inscription qui nous occupe aujourd'hui n'aurait pu être construite que par un épigraphisto exercé, connaissant à fond Torganisation des magistratures romaines, sachant ranger l'indication de diverses charges

(i) Deux passages des Annales de Saint^Bertin menilonueni Agendicum Senonum ; la Notice de Magnon, évoque de Sens en 804, donne Senonus-Agendiciun. Celte érudition du clergé du ix« siècle a pu provenir de la lecture des Commentaires de César,

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