‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 2)Chapitre 169 sur 311 · LIVRE III , CHAP. XII · texte numérisé non relu

LIVRE III , CHAP. XII

VOUS regarde ne me permet pas de vous laisser ignorer un bruit qui se répand dans Rome , et qui blesse votre réputation. Guzman , dont la conduite est fort mauvaise , passe pour le ministre de vos plaisirs : on ne s'entretient partout que de l'aventure du cochon; et si l'on en veut croire la médisance, c'est en ménageant pour vous les bonnes grâces d'une dame que l'officieux Guzman a servi de jouet à la populace. »

Ces paroles firent toute l'impression qu'elles pouvoient faire sur l'esprit d'un homme tel que mon maître, qui savoit bien toutes les mesures qu'une personne de son caractère avoit à garder, tant pour son honneur que pour celui de son prince. Dès ce moment il résolut de se défaire de moi. Il n'en témoigna rien; mais quoiqu il affectât de vivre avec moi comme à son ordinaire , je le connoissois trop pour ne pas m' apercevoir de sa dissimulation et de la face nouvelle que mes affaires prenoient auprès de lui.

Le carême, qui arriva dans ce temps-là, lui fournit un beau prétexte pour commencer à exécuter le dessein qu'il avoit de me donner honnêtement mon congé. Il me dit qu'il avoit envie de se retirer du commerce des femmes , et de mener une vie plus réglée. Je t'avouerai même , ajouta-t-il , que je ne suis plus follement épris de Fabia. La raison m'est revenue ; je reconnois que j'ai le plus grand tort du monde d'avoir jeté les yeux sur cette dame. Son époux est un des premiers cavaliers de Rome , et je me reprocherai toute ma vie d'avoir voulu déshonorer sa maison.

Il me tint encore d'autres discours semblables que je feignis de croire pieusement. Je fis plus , j'applaudis

35o GUZMAN DALFARACHE.

à sa résolution ; et , contrefaisant à mon tour le pécheur qui rentre en lui-même , je lui dis que je prétendois suivre son exemple. Je changeai en effet de conduite ; je fis toutes les grimaces hypocrites dont je pus m'aviser pour persuader aux domestiques , et particuhèrement à mon maître, que j'avois renoncé pour jamais

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