‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 2)Chapitre 173 sur 311 · I.IVRE IV , CHAP. I · texte numérisé non relu

I.IVRE IV , CHAP. I

toutes les choses qui vous sont nécessaires. Vous avez raison, lui dit le Taux Guzman ; je ferai un paquet des hardes dont j'ai absolument besoin ; je le mettrai dans le plus petit de mes coffres ; je l'emporterai avec moi à Florence , et je vous renverrai les deux autres , que vous aurez la bonté de garder chez vous jusqu'à mon retour.

Le marchand sortit ensuite de l'hôtellerie, et une demi - heure après on y vit arriver les trois coffres , portés par les compagnons de Sayavedra et par un valet décurie. Ils étoient accompagnés d'un homme qui présenta au faux Guzman, de la part de son ami Pompée, une corbeille de fruits excellents avec six boutedles d'un vin admirable. Ce présent fut reçu avec toutes les démonstrations de la plus vive reconnoissance par Sayavedra , qui , après avoir fait une petite libéralité au domestique du marchand, le chargea de mille compliments pour son maître.

A peine les coffres furent-ils dans l'hôtellerie , qu Alexandre Bentivoglio , qui savoit déjà l'heureux succès de la fourberie, s'y rendit. On lit fouvertuie des deux dont on avoit les clefs, et l'on crocheta l'autre, qui renfermoit mon argent et mes bijoux , qu'ils partagèrent , ou , pour mieux dire , qu'Alexandre s'appropria; car c'étoit un rodomont que les autres craignoient, <"t qui leur faisoit telle part qu'il lui plaisoit des dépouilles volées. 11 se contenta de leur donner à chacun trente pistoles, et les plus mauvaises nippes; après quoi il remplit le petit coffre de ce qu il y avoit de meilleur, et fit mettre dan&les autres de la paille et des pieires ; puis, sans perdre de temps, il envova un honmie de

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la bande retenir des cheveaux de poste , pour partir à la pointe du jour , et prendre la loute de Florence ; ce qui fut exécuté de point en point par ces honnêtes gens , qui payèrent 1 hôte, en lui recommandant de faire reporter dans la matinée chez le maichand les deux coffres qu'ils laissoient dans l'hôtellerie.

Pendant que tout cela se passoit à Sienne, jetois occupé à Rome à faire mes adieux à mes véritables amis , sans avoir le moindre pressentiment de cette supercherie. 11 ne me restoit plus rien à faire qu'à prendre congé de mon maître. J'entrai dans sa chambre un matin d'un air triste 5 et, après lui avoir protesté que je n'oublierois jamais les bontés qu'il avoit eues pour moi , je me jetai à ses genoux, et baisant une de ses mains, je la baignai de mes larmes. Il fut attendri de ma douleur, et me fit assez connoître qu'il me perdoit à regret. Ce bon seigneur m'exhorta à la vertu d'une manière aussi tendre que s'il eiit parlé à son propre fils ; il m'embrassa même, et me passant au cou une chaîne d'or qu'il portoit ordinairement , il me dit qu'il me la donnoit pour me ressouvenir de lui toutes les fois que je la regarderois. Il ajouta à cette marque d'amitié une bourse de cinquante pistoles , avec un des meilleurs chevaux de ses écuries. Tous ses domestiques , à son exemple, se montrèrent sensibles à mon éloignement. Dans le fond , bien loin de les avoir jamais desservis auprès de mon maître , je leur avois souvent rendu de bons offices , et il n'y en avoit pas un qui eût sujet de se plaindre de moi.

Je ne veux point passer sous silence un étrange événement qui arriva dans Rome la veille de nKjn départ,

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