‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 2)Chapitre 176 sur 311 · LIVRE IV , CHAP. II · texte numérisé non relu

LIVRE IV , CHAP. II

VOUS déguiser avec moi ; je sais ce qui se passe dans votre cœur ; il brûle pour Clorinia, et je me suis aperçue que vous naimez pas tout seul. Vous languissez tous deux dans l'attente d'un tête-à-tête ; c'est ce que je ne puis voir sans compassion. Je ne serai pas contente que je n'aie imaginé quelque expédient pour vous procurer à 1 un et à 1 autre la satisfaction que vous désirez. Le galant , ravi d'entendre ces paroles , remercia la soubrette de sa bonne volonté, et l'assura que si elle pouvoit en venir à bout, elle n auroit pas affaire à un ingrat. Ensuite, profitant de l'occasion, il écrivit un billet trèspassionné , qu'il la conjura de remettre à l'aimable sœur de Valère.

Scintila retourna vers sa maîtresse pour lui rendre compte de la démarche qu elle avoit faite. Elle lui présenta le billet de Dorido. Clorinia la gronda fort de s'en être chargée , et lui pardonna. 11 ne fut plus question que de savoir où les amants pourroient avoir une entrevue. La dame y trouvoit tant de difficultés , qu elle y auroit renoncé, si la suivante, plus ingénieuse, ne se fut avisée d'un moyen qu'elles approuvèrent toutes deux. Scintila couchoit dans une chambre basse, auprès de laquelle il y en avoit une autre où Ion serroit des meubles inutiles , et qui ne recevoit de jour que par une petite fenêtre grillée de deux barreaux de fer, entre lesquels on ne pouvoit tout au plus passer que la main. Cette fenêtre , qui étoit à hauteur dhomme , donnoit sur une ruelle , ou plutôt un cul-de-sac où il ne demeuroit personne; et cet endroit paroissoit fait exprès pour des amajits qui bornoient leur bordieur à des <"(Hiversations nocturnes.

364 GUZMAPT DALFARACHE.

Sitôt que la vieille vit sa jeune maîtresse disposée à s'entretenir avec Dorido par cette petite fenêtre , elle en avertit ce cavalier, qui se rendit dès la nuit prochaine sur les onze heures dans la ruelle. Il s'appiocha des barreaux , où il trouva Scintila , qui l'attendoit pour lui dire de prendre patience jusqu'à ce que tous les domestiques tussent couchés. On ne le fit pas languir longtemps. Bientôt le moment qu'il désiroit arriva. Clorinia vint toute tremblante à la fenêtre , et son amant s'y présenta tout interdit. Comme c étoit pour la première fois qu'ils aimoient l'un et 1 autre, ils se troublèrent en se voyant , et l'excès de leur joie les empêcha d'abord de parler ,• mais l'amour a plus d'un langage. La dame passa une de ses belles mains entre les barreaux ; le galant la saisit avidement, et lui donna mille ardents baisers. Enfin ces deux amants rompirent peu à peu le silence , et se répandirent en discours passionnés. Ils s'abandonnèrent si bien au plaisir d'être ensemble , que le jour les auroit surpris si la vieille suivante n'eût interrompu leur entretien, pour les avertir qu'il étoit temps quils se séparassent. Dorido, avant que de se retirer, pria sa maîtresse de lui permettre de revenir la nuit prochaine à la même heure à la petite fenêtre ; ce que la dame n'eut pas la force de lui refuser.

Ils se quittèrent l'un et l'autre également satisfaits de leur conversation , et pleins d'impatience de se revoir. Dorido surtout étoit dans une agitation qui ne lui permit de goûter aucun repos, ou, pour pai'ler plus juste , il souffrit jusqu au temps qu'il lui fallut retouiner à la ruelle. Vous vous imaginez bien qu il ne fut pas paresseux à s'y rendre. De son côté, la dame, ne trouvant

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