‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 2)Chapitre 191 sur 311 · LIVRE IV, CHAP. V. Zg · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAP. V. Zg

ce mauvais pas plus galamment peut-être que ne l'auroit fait à ma place un véritable neveu de l'ambassadeur d'Espagne.

Le bal alors commença. Je me retirai aussitôt à l'écart, de peur d'embarrasser les danseurs. Après trois ou quatre danses, une dame qui allait danser à son tour, et à qui le duc avoit fait signe de me prendre , vint à moi. Je fis semblant de vouloir me dispenser d'entrer en danse, quoique j'en eusse grande envie 5 je la priai de considérer que je venois de descendre de cheval , ainsi qu elle le pouvoit voir à mon affreux négligé. Le prince, qui m'observoit, me cria, pour finir la contestation, que , quand même j'aurois des bottes , il ne faudroit pas que je refusasse de danser avec une dame si aimable. A cet ordre précis , je cessai de faire des façons : j'obéis ; et je dansai avec tant de grâce et de noblesse , que je m'attirai les applaudissements de toute l'assemblée. La grande-duchesse surtout , qui préféroit Terpsichore à toutes les autres Muses , fut si contente de moi, qu'elle m'obligea de danser plusieurs danses nouvelles , dont je lui parus m'acquitter également bien , ce qui m'agita terriblement , et me rendit si gai , si badin , que j'en contai à toutes les dames. Je te dirai plus, ami lecteur , dussé-je passer pour un fat dans ton esprit , que les Florentines , qui sont les femmes de l'Italie qui se connoissent le mieux aux bons airs , me trouvèrent trèsagréable.

Il y avoit , entre autres , trois jeunes personnes qui faisoient le plus bel ornement du bal ; je n'ai jamais vu de beautés plus piquantes. Elles auroient fort embarrassé un honnête homme qui eût eu à choisir entre elles.

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Je me serois toutefois déterminé en faveur d'une bi une^ qui me faisoit pencher de son côté par un certain je ne sais quoi que les deux autres n'avoient pas. Aussi je m'attachai particulièrement à danser avec celle-là. Un des gentilshommes qui m'avoient amené au palais s'aperçut que j'en voulois à cette brune ; et s' approchant de moi : Seigneur don Guzman , me dit-il avec un souris, vous ferez bien des jaloux si vous continuez ; la dame est une riche veuve qui a un grand nombre d'amants. Ce discours flatta ma vanité, et m'inspira le dessein de tenter la conquête d'un cœur disputé par tant de rivaux. Je hasardai quelques douceurs , qui ne furent point mal reçues ; mais dans le temps que de favorables apparences m'excitoient à pousser ma pointe, il prit fantaisie à la grande-duchesse , qui n'avoit point encore dansé depuis qu'elle étoit relevée, de vouloir que j'eusse Ihonneur de danser avec elle. Pour le coup , prévoyant les conséquences , je fis tout mon possible pour m'en défendre : il fallut pourtant en passer par là. Le grandduc , quoiqu'il approuvât le respect que je faisois paroître en cela pour la princesse , me témoigna par une inclination de tête , qu'il désiroit que je fisse ce qu'elle souhaitoit 5 il n'y eut plus moyen de reculer. Je dansai donc , et encore mieux que je n'avois fait ; ce qui donna tant de plaisir à la duchesse , qu'elle ne se lassoit point de danser avec moi. Le prince fut obligé de la prier de se ménager, de peur qu'un trop grand mouvement ne lincommodât ; de sorte que le bal finit là.

Leurs altesses se retirèrent. Je les accompagnai jusqu'à leur appartement avec les seigneurs de leur cour , et je revins ensuite d'un air empressé dans la salle du

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