LIVRE ÎV, CKAP. Vr. /[O
I avoit privée en me retenant; puis employant pour moi ses bous offices, elle se répandit en discours si flatteuis sur njon compte, que j en etois tout conius. ISous commençâmes tous trois un petit bal, en attendant l'heure du grand, laquelle ne fut pas sitôt arrivée, que nous nous rendîmes dans la salle où il se donnoit, et, tant qu'il dura, nous ne finies que nous trémousser, ma maîtresse et moi , pour faire notre cour à son altesse, qui se plaisoit infiniment à nous voir danser ensemble. Dès ce soir-là nos amours furent connus de tout le monde, qui nous regarda comme deux amants bien assortis. Mes rivaux seuls en jugèrent autrement.
J'allai rendre le lendemain la visite que je n avois pu faire la veille à ma veuve. Je trouvai cette dame avec deux 'autres de ses amies, qu'elle avoit par bienséance assemblées chez elle, et qui, connoissant bien nos sentiments, nous laissèrent la liberté de nous entretenir tout bas l'un et l'autre. Jappris de la belle bouche de mon incomparable brune , que du premier moment quelle m' avoit vu elle avoit senti pour moi ce que ses autres amants tâchoient en vain de lui inspirer. En un mot, il me fut permis de compter que j étois tendrement aimé. Il ny avoit point ce jour-là de fête au palais, leurs altesses devant honorer de leur présence un mariage important crai se faisoit en ville. Ma visite en fut plus longue. Qu'il m'échappa de discours passionnés ! Qu'on m'adressa de paroles obligeantes ! Que nous fûmes contents fun de l'autre, ma veuve et moi!
Je revins à mon hôtellerie assez tard. J"étt)is toul confit en amour, et si plein de belles idées, (pj à peine : ouvois-je parler. Sayavedra uie laissa quelque temps
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plongé dans une si charmante ivresse; mais voyant qu'il étoit de mon intérêt de la dissiper, il me dit : Mon cher maître, vous vous endormez un peu dans la prospérité de vos affaires amoureuses. Vous ne faites pas réflexion que nous sommes ici dans une ville de passage. Vous pourrez rencontrer quelqu'un qui reviendra de Rome, et qui vous reconnoîtra ; vous courez risque à chaque instant d'être découvert. Croyez-moi, brusquez l'aventure. Sachez promptement de votre maîtresse jusqu'où votre fortune peut aller, et ne perdez plus de temps à filer l'amour.
La prudence de mon confident me fit rentrer en moimême, et m'obligea de retourner le jour suivant chez ma veuve, dans la résolution de lui proposer de l'épouser. Xavois peur de gâter tout par trop de précipitation ; et ce ne fut qu'en tremblant que je la pressai de hâter mon bonheur. Cependant, bien loin de se révolter contre le désir impatient que je lui témoignois d'être son époux , elle me dit franchement que ses intentions étant conformes aux miennes , elle n'avoit pas dessein de tirer les choses en longueur. Voyez au plus tôt mes parents, poursuivit-elle; demandez leur agrément ; et quand vous vous serez acquitté de ce devoir, je ferai le reste. Transporté d'amour et de joie d'avoir son aveu, qui étoit le principal, je me jetaj à ses genoux ; et lui prenant une main qui ne se refusa point à mon transport , je la baisai avec ardeur; ensuite je conjurai la dame d'agréer , comme pour sceller sa promesse, une petite bague que j'avois au doigt : c'étoit un assez joli diamant fort bien monté. Elle l'accepta en lîie le lai^jsant mettre à un de ses doigts , à condition