LIVRE IV , CHAP. VII
à Rome à un jeune Espagnol. Personne n'ignore à quel jeu. Ne perdez pas de temps , ajouta-t-il ; poussez vigoureusement cette affaire : je ne doute pas qu'on ne vous rende justice , quelques mouvements que le père Bentivoglio puisse se donner pour qu'on vous la refuse. Je dis à mon avocat que je le conjurois de prendre mes intérêts en main ; que j'avois oui vanter ses lumières et son intégrité ; que j'étois convaincu qu'il n'oublieroit rien de tout ce qu'il falloit faire pour que je n'eusse pas lieu de me repentir d'être venu à Bologne. Il me répondit qu'il y alloit travailler fort sérieusement ; que je n'avois qu'à faire un petit tour en ville, et revenir chez lui dans trois heures. Je n'y manquai pas ; et il me montra effectivement une requête bien dressée. Mon affaire y étoit exposée en beaux termes, et si clairement que j'en fus très-satisfait.
Nous allâmes tous deux la présenter au magistrat qu'on appelle el oydor del torron^ l'auditeur de la tour 5 c'est le juge ou le Ueutenant criminel. Plus j'observois mon avocat, et plus je m'apercevois qu'il s'y portoit de bonne grâce, autant pour soutenir mon droit que pour chagriner son confrère Bentivoglio. Mais soit que celuici eût été averti de mon dessein par le solliciteur , soit qu'il fut grand ami de l'auditeur et du greffier , je n'eus pas sitôt donné ma requête qu'il en fut informé , et qu'il porta plainte contre moi devant le même juge , disant que j'attaquois la réputation de son fils et diffamois sa maison 5 et non seulement il prétendoit que je lui fisse réparation d'honneur , il demandoit encore que je fusse condamné à une peine afflictive. Ce n'est rien que cela, me dit mon avocat : si Bentivoglio n'a pas
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d'autre plat de sa façon à nous servir, nous devons peu le craindre. Nous ferons réponse à ses plaintes, quand l'auditeur aura répondu à notre requête. Ce que ce juge i fit , de quelle manière , grand Dieu ! en ordonnant qur dans trois jours, pour tout délai, je produirois mes preuves du vol dont j accusois le seigneur Alexandre Bentivofflio.
Quand j'aurois envoyé en poste un homme à Sienne pour y lever les informations qui y avoient été faites , il n'auroit pu être de retour à Bologne en si peu de temps. M. l'auditeur ne pouvoit l'ignorer, puisque j'avois allégué dans ma requête que c'étoit de Sienne que j'attendois mes plus fortes preuves. Mon avocat , pour pousser ce juge , lui remontra , par une seconde requête , qu'il étoit contre l'usage de prescrire un temps au demandeur : et par là du moins il espéroit obtenir un terme plus raisonnable; il fut trompé dans son attente. Ne pouvant plus , après cela, douter de la bonne intelligence qui régnoit entre l'auditeur et l'homme de bien à qui j'avois affaire , il me dit , en rougissant de honte de l'injustice effroyable qu'on me faisoit danS son pays : Je n'ai plus d'autre conseil à vous donner que de vous éloigner de cette ville ; il n'y fait pas bon pour vous. Je ne vois que trop , par le tour maUn qu'on vous a joué , que vous n'y feriez que perdre du temps, de la peine et de l'argent : encore ne sais-je , continua-t-il en branlant la tête , si vous en seriez quitte à si bon marché. Vous êtes étranger; et l'on croit ici que tout est permis contre les personnes d'une autre nation que l'italienne.
Cela nest pas possible, m'écriai-je d'un ton qui ne