‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 2)Chapitre 261 sur 311 · LIVRE VI, CHAP. I · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CHAP. I

VOUS rend digne d'entrer dans la confrérie des Innocents, et vous devez payer l'amende , suivant les lois établies contre les sottes coutumes du monde. Alors faisant réflexion que Ihôte étoit un original qui ne cherchoit qu'à se divertir, j'entrai de bonne grâce dans la plaisanterie, et lui demandai de combien étoit 1 amende. Elle est arbitraire, me répondit-il, et, si vous voulez, il ne vous en coûtera qu'une réale. Je la lui donnai sur-le-champ : j'en aurois volontiers payé vingt , et n'avoir pas eu la frayeur que le bourreau m'avoit causée. Oh çà , reprit-il, je vous reçois dès ce moment au nombre des confrères , et je promets de vous délivrer une décharge , en vertu de quoi vous serez à couvert de toute poursuite, quelques sottises pareilles qu'il vous arrive de faire.

Il faut , poursuivit-il , lorsque vous aurez dîné , que , pour votre récréation , je vous fasse lire mon sottisier ; puisque pour votre réale vous êtes entré dans la grande confrérie des Innocents, il est juste que vous en sachiez les mystères. Je ne faisois que rire de tous ses discours , dans la pensée que c'étoit son humeur bouffonne qui les lui inspiroit. Néanmoins je ne fus pas hors de table, qu'il me fit voir une pancarte scellée d'un sceau de cire jaune, où étoient écrits, me dit-il, les noms des anciens et principaux confrères. La première page étoit ornée d'une estampe, qui représentoit un maître d'école qui donnoit des leçons à des enfants, et on lisoit ces mots tout autour : A V école des Innocents. Les pages suivantes contenoient toutes les sottises dont il falloit faire quelquesunes pour mériter l'honneur d'occuper une plaqe dans la société. Je ne t'en rapporterai seulement que cinq ou six, ([ui suffiront pour te donner une idée juste de ce bel

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cmvi'age ; et je supprimerai le reste pour t'épargner la lecture d line infinité de fadaises qu'il renfernioit. Voici donc les articles que tu ne trouveras pas mauvais que je te cite , quoiqu'ils ne valent guère mieux que les autres : « Nous déclarons dignes d'entrer dans la confrérie des Innocents ceux qui ont les mauvaises habitudes suivantes : Celui qui parle seul, soit dans une chambre , soit dans les rues; celui qui, jouant à la boule, court après la sienne, et fait des contorsions pour l'obliger à rouler à son gré ; ceux qui ne découvrent leurs cartes que lentement l'une après l'autre , comme s'ils croyoient avoir par là celles qu'ils souhaitent ; ceux qui , entendant sonner Ihorloge , demandent quelle heure il est; ceux qui, attendant avec impatience un valet qu'ils ont envoyé faire quelque commission, se mettent aux fenêtres, s'imaginant, par cette action, qu'ils hâteront son retour; celui qui, s'étant mouché, regarde dans son mouchoir, comme s'il y devoit trouver des perles, etc. »

J'employai une partie de l'après-dînée à lire cette pancarte extravagante , en attendant des nouvelles de don Luc , pour prendre là-dessus mes mesures. Je commençois à m'ennuyer au logis , et je me disposois à m'aller promener, lorsque don Antonio et quelques-uns de ses amis arrivèrent. Ils me dirent qu'ils venoient m'offrir leurs services dans l'affaire d honneur que j'avois sur les bras. Je niai d'abord la chose, et voulus faire le mystérieux; mais ils m'apprirent que toute la ville savoit que don Luc m'avoit fait un appel, et que, les duels étant défendus , la justice venoit déjà de faire arrêter ce cavalier. Je jugeai par là que Miras et ses amis étoient de ces gens qui s'empressent de courir à votre secours quand

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