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en conversation avec elles , les laissa s'éloigner , et se mit à se promener tout seul. Il renconti^a son père qui s'amusoit à considérer des fleurs , et il s'arrêta pour lui tenir compagnie. Don Louis , en regardant ces fleurs , s'avisa de pai'ler d'Ambroise , et de témoigner qu'il étoit très-content des soins et de 1 habileté de ce valet. Il est peut-être plus liabile qu'on nevoudroit, dit don Rodrigue avec un souris forcé; ce garcon-là, si je ne me trompe , sait plus d'un métier. Le vieux marquis , dont 1 esprit et les yeux étoient appliqués à contempler son parterre , ne saisit pas d'abord ce que son fils venoit de lui dire, et répondant avec distraction : Il est vrai , dit-il , qu'Ambroise a de l'esprit, et je suis sûr que j'en serai bien servi. Je doute fort qu'il soit ici pour cela , répliqua don Rodrigue ; du moins suis-je convaincu que d'autres auront plus de raison que vous d être satisfaits de ses services, ^ous le dirai-je? Je le crois plus attaché aux intérêts de Daraxa qu'aux vôtres , ou bien c'est un agent de quelque amant auprès de cette dame.
Ah ! mon fils , interrompit le père en riant de toute sa force , c'est à présent que je vous connois pour un homme véritablement amoureux. Si je le suis , dit don Rodrigue , je puis vous assurer que mon amour m'éclaire au lieu de m'aveugler : je sais bien ce que j'ai vu. Eh ! qu'avez-vous donc vu ? interrompit le vieillard pour la seconde fois. Parlez-moi plus clairement , car enfin je suis don Louis de Padilla , le fils de don Gaspard , qui passoit pour l'homme de son siècle le moins facile à tromper. On m'a cent fois fait la grâce de me dire que je l'emportois même sur lui pour la prudence et la circonspettiuii. Si le choix que la reine a fait de moi pour
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la garde de la belle Maure ne suffit pas pour vous rendre tranquille là-dessus, demandez aux personnages de la cour les plus avisés si je suis homme à me laisser sur^ prendre. En un mot , mou fils , j'ai cinquante ans passés; et si, lorsque je n'en avois que la moitié, on m'eût amené, non pas un Aragonais, mais l'homme de la Grèce le plus fin , je n'aurois eu besoin que de le regarder un moment entre les deux yeux pour deviner ce qu'il auroit eu dans l'âme.
Seigneur, ditdon Rodrigue, personne au raonden'est plus persuadé que moi de cette vérité ; mais je ne puis m'empêcher d'en revenir là : je m'imagine que cet Ambroise ne vous sert que pour avoir moyen d'être utile à quelqu' autre • il se familiarise un peu trop avec Daraxa : dès qu'il est avec elle il lui parle maure ; la dame lui répond , et elle a pour lui des complaisances qui me font juger qu'ils se connoissent depuis long-temps; enfin pour achever de dire tout ce que je pense , je ne voudrois pas jurer qu'Ambroise ne fût toute autre chose qu'un jardinier. Don Louis, au lieu de demeurer d'accord qu'il pouvoit avoir été surpris dans cette occasion, s'échauffa de dépit de se voir soupçonné d être la dupe de quelqu'un. Vous êtes un homme étrange, dit-il à son fils ; pourquoi avez-vous permis vous-même à ce jardinier ces famiharités dont vous vous plaignez ? Ne savez-vous pas que parmi nous c'est un crime à un domestique de lever les yeux sur sa maîtresse ? Croyezmoi , traitez ce valet comme on traite -les autres , et je vous réponds de sa fidélité. A l'égard de Daraxa, reposez-vous sur ma vigilance du soin de la garder. Dormez en repos, je veille sans cesse, et suis informé de tout
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ce qui se passe chez moi , tant la nuit que le jour. Le respect ferma la bouche à don Rodrigue , qui fut obligé de quitter son père un moment après, parce qu'on vint l'avertir qu'une personne demandoit à hd parler.
Après son départ , le vieux marquis , malgré tout ce ■qu'il avoit dit , tomba dans une profonde rêverie , et fit mille réflexions chagrinantes qui remplirent son esprit de soupçons. Pour achever de troubler son repos, son maître jardinier vint l'aborder en lui disant : Seigneur , j'ai un avis d'importance à vous donner : j'ai entendu cette nuit dans le jardin certain bruit qui me fait croire qu'il y a des gens qui rôdent autour de cette maison : si j'eusse osé sortir de chez moi contre vos ordres , je serois eu état de vous en rendre un meilleur compte. Des gens la nuit dans mon jardin! s'écria don Louis fort étonné : ils venoient donc de chez vous ? Non , seigneur , dit le maître jardinier 5 Ambroise et mon valet ne sauroient sortir de ma maison^ j'en ferme la porte moi-même exactement tous les soirs , et j'en garde avec soin la clef que je ne confie à personne.
Ce rapport donna beaucoup à penser au vieux marquis. Qui peut être venu dans mon jaixlin ? disoit-il en lui-même. Et dans quelle intention peut-on s'y être introduit.'' Je ne crains pas les voleurs, la hauteur des murailles est capable de les effrayer. Seroit-ce quelque amant de Daraxa? C'est ce que je ne puis m'imaginer; il n'en est pas d'assez fou pour vouloir s'exposer à un si grand péril, dans la seule espérance de lavoir paroître à une fenêtre. Il faut que mon jardinier se soit mis cela dans la tête, ou bien ce bruit, «il est réel, a été fait par des domestiques; et si j'en
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dois soupçonner quelqu un , c'est ce fripon d'Ambroise, dont mon fils , après tout , peut avoir justement pris
ombrage.
Don Louis , furieusement agité de ces pensées , ordonna au jardinier que , sans rien dire ni à son valet ni à Ambroise , il fît bonne garde cette nuit-là ; et que si par hasard il entendoit encore du bruit , il ne manquât pas de tirer un coup de fusil et de sortir en même temps bien armé. De mon côté , ajouta le marquis, j'en ferai autant avec tous mes autres domestiques , et les audacieux qui cherchent ou à me voler ou à me déshonorer seront biens fins s'ils nous échappent. Ce vieux seigneur , après avoir donné ses ordres à son jardinier, se retira pour s'aller préparer à faire le grand coup qu il méditoit.
Si les deux dames, don Louis et don Rodrigue avoient de l'inquiétude , Ozmin de son côté n'étoit pas plus tranquille qu'eux. Ce brave Maure ne s'alarmoit pas aisément," mais les derniers mots que son rival lui avoit dits lui sembloient mériter quelque attention. D crut prudemment devoir songer à prévenir les malheurs qui pouvoient lui arriver. Il n'avoit pour toute arme qu'un poignard , avec quoi il n'étoit pas possible , supposé qu'on voulût le maltraiter, qu'il se défendit contre trente domestiques qu'il y avoit dans cette maison. Tout lui présageoit quelque disgrâce prochaine : il avoit vu les deux Padilla se parler avec vivacité , et don Louis ensuite en conversation sérieuse avec le maître jardinier ; il ne doutoit point qu'il n'eût été question de lui dans ces deux entretiens ; de manière qu'ayant tout lieu d'appréhender quelque lâche