CHAPITRE IV
Du service de cuisinier il repasse au métier de gueux , <'t \o\c un apothicaire.
Il- vaut mieux posséder un talent utile que des ri chesses , puisque la fortune n'est qu'une inconstante qui nous donne aujourd'hui une chose qu'elle nous ôtera demain. Pendant le cours de notre vie, elle nous rend semblables aux comédiens , qui paroissent sans cesse sous de nouvelles figures. Qui m'eût dit qu'après avoir si bien servi le cuisinier , il me chasseroit de chez lui pour une bagatelle? Il est vrai qu'ainsi va le monde, et que les plus honnêtes gens , pour prix d'avoir rendu mille services à de grands seigneurs , sont traités de la même manière à la moindre faute qu ils font.
Arrête , Guzman , me dira quelqu'un , tu vas te perdre dans tes réflexions morales 5 où cela nous menerat-il? A mon cabas, lui répondrai-je aussitôt; oui, mon ami, à mon cabas, lequel, étant devenu pour moi ce que l'éloquence étoit pour Démosthènes , et les stratagèmes pour Ulysse , m'empêcha de sentir vivement ma situation présente. Vive le cabas! il en est de lui comme des beignets ; il faut y revenir quand on en a tâté une fois. J'avouerai qu'en le reprenant je n'étois pas plus riche que quand il m avoit sottement pris fantaisie de Je quitter, car je n'avois pas mis en rente ce que j'avois friponne dans mon emploi de marmiton : tout ce qui