CHAPITRE V
Arrivée de Renaud dans le royaume d'Altin , et de la reucoiitre quïl V fitd'uu chevalier affligé.
Penda-nt ce temps-là, le seigneur de Montauban continuoit son chemin du côté que Fleur-de-Lys lui avoit enseigné. Après quelques jours de marche, il se trouva dans une prairie toute remplie de grands arbres charges
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de fruits : il v rencontra un chevalier ccmché le lon^ d'un ruisseau , et entièrement livré à ses douloureuses pensées. Renaud descendit de cheval , s'approcha de lui, le salua civilement; et, s apercevant qu'il avoit les yeux tout humides de pleurs, il lui demanda le sujet de sa douleur. Le son de sa voix retira 1 inconnu de sa rêverie ; il envisagea le paladin , auquel il n' avoit pas pris garde, lui rendit le salut; et, après avoir quelque temps considéré sa bonne mine, il lui répondit dans ces termes : Noble chevalier, ma triste destinée m'a réduit à un tel excès d'affliction , que je me dispose à mourir. Je vous jure par le grand prophète que la n>ori: ne me fait point de peine ; tout ce qui m'afflige, c'est la nécessité où je suis de voir traîner au supplice un des plus parfaits chevaliers de notre siècle, un chevalier que j'aime tendrement, et à qui je suis redevable de cette même vie que je vais perdre pour lui sans pouvoir le sauver.
L'inconnu se tut après avoir achevé ces paroles ; et Renaud, attendri de son discours, lui dit : Généreux chevalier, si le récit de tes malheurs ne redoubloit point ta peine, je te prierois de me les apprendre, peut-être peut-on les soulager. Hélas! repartit l'inconnu, je ne l'espère point; mais quand j en devrois mourir de douleur, je vous donnerai cette satisfaction. Que dis-je.'^ il me seroit plvis doux de perdre ainsi la vie, que de voir le spectacle qui m'est préparé.
Vous saurez, poursnivit-il, que j ai quitté une épouse charmante, que j'adore, et dont je suis aimé, pour aller chercher partout ce chevalier dont je viens de vous parler. Les plus cruels ennuis qui puissent presser le