LITRE IV, CHAP. II
lui dit : Sais-tu bien que c'est à Roland que tu fais cette proposition? Et qui est ce Roland ? répliqua !e chevalier du Pas d'un air méprisant. Je vais te l'apprendre, repartit le comte. Alors il descendit de dessus Bridedor, tira Dui^andal, avec laquelle il creusa dans la terre une fosse de la hauteur d'un homme. Ensuite il arracha de la selle le chevalier du Pas, le jeta dans la fosse et la couvrit d'une des deux roches qu'il déracina par la force de ses bras, et qu'un autre que le cyclope Polyphème n'eût pu seulement ébranler. Il n'y avoit à la fosse qu'une petite ouverture, par où le misérable pouvoit passer un bras. Garde à présent ce passage, lui dit Roland, et si l'on te demande qui t'a mis dans cet endroit, tu répondras que c'est Roland.
Le fils de Milon remonta sur Bridedor, et traversa le chemin creux. Il marcha les jours suivants le long dune grande foret, au bout de laquelle il se trouva tlans une plaine fort étendue , où bientôt un objet qui inspiroit de la pitié attira son attention ; il aperçut à un arbre qui bordoit le grand chemin une demoiselle pendue par les cheveux, et ses oreilles furent en même temps frappées des cris douloureux qu'elle poussoit, et ([u'elle avoit soin de rendre plus éclatants à l'arrivée de tous ceux qui survenoient en ce lieu. Assez près de cette malheureuse, on voyoit une rivière qui passoit sous un pont, à l'entrée ciuquel un chevalier armé de toutes pièces tenoit une lance à la main; et l'on remarquoit au-delà du pont deux autres chevaliers dans la même attitude. Le paladin, suivant son penchant généreux, se disposoit à secourir la demoiselle, quand le chevalier du pont lui cria : Arrête, chevaher, ne te rends
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pas protecteur du vice, en exécutant ce que tu te proposes; sache que les siècles passés n'ont jamais vu naître une plus dangereuse femme que celle qui s'offre à tes yeux : tu t'attirerois le blâme et le reproche de tous ceux qui chérissent la vertu, si, cédant à ta pitié, tu donnois du secours à cette créature. Je ne saurois croire, répondit Roland, que ce soit justement que cette dame souffre un si cruel châtiment. Hé bien, reprit l'autre chevalier, juges-en toi-même par le récit que je vais te faire, si tu veux m'accorder ton attention. Le comte lui témoigna qu'il étoit disposé à l'entendre. Alors le défenseur du pont parla dans ces termes :