LIVRE IV, CHAP. III
dans de nouveaux combats sans mon aveu? Rien n'est égal à lëtonnement dont fut frappé Oringueà ces paroles : Quelle fable, sécria-t-il, nous venez-vous débiter ici? Lociin soutint que ce n'étoit point une fable , et qu'Origile , entre les mains de qui il venoit de laisser Oringue, en rendroit témoignage. Oringue voulut tirer raison de linsulte qui lui étoit faite, et s avança sur Locrin fépée haute; mais Ariant s'y opposa, prétendant que c'étoit contre lui qu'Oringue devoit d'abord combattre. Les deux autres n'en demeurèrent pas d'accord , et leur contestation ne pouvoit avoir que de tristes suites, lorsqu'une troupe de chevaliers sortis delà ville, les voyant prêts à se battre , s'approchèrent d'eux. Ils voulurent prendre connoissance du différent; mais les faits leur parurent si singuliers, qu'ils jugèrent que la chose méritoit d'être portée devant le roi. Ils obligèrent les trois ennemis à venir au palais avec eux.
Ariant parla le premier devant notre monarque. Il se plaignit de ce que Locrin avoit pris ses armes et sa devise. Il représenta que ce ne pouvoit être que dans un très-mauvais dessein , et qu'ainsi ce chevalier lui en devoit faire raison. Locrin répondit qu'il suffisoit d'assurer Ariant qu'il n'avoit point pris ses armes pour lui faire la moindre offense : il ajouta qu'il avoit un sujet plus juste de se plaindre d Oringue, quil avoit vaincu en combat singulier. Oringue se souleva contre se reproche , qu'il qualifia d imposture.
Le roi ne pouvant sur-le-champ démêler la vérité des faits contestés, nomma des commissaires pour les examiner. Ils s'y appliquèrent avec exactitude le jour suivant; et, jugeant qu'Origile pouvoit plus qu'un autre
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les aider à parvenir à un éclaircissement, ils allèrent au château de cette dame pour l'interroger. Locrin et Oringue les accompagnèrent, dans lintention de soutenir ce qu'ils avoient avancé. La surprise dOrigile fut extrême, lorsqu'elle vit arriver les commissaires avec tout l'appareil de la justice, qui a toujours quelque chose d'effrayant pour les personnes qui se sentent coupables. Elle ne s'étoit point attendue à rendre raison de sa conduite ; et elle fut étourdie de la sommation que les commissaires lui firent, delà part du roi, de leur remettre le prisonnier qu'elle avoit entre les mains. Elle nia d'abord qu'elle eût un prisonnier j mais elle se troubla quand elle vit paroître I^ocrin , qui n'avoit pas jugé à propos de se montrer d'abord. Madame, lui dit ce chevalier, le roi a voulu prendre connoissance de l'affaire d'Oringue, et je n'ai pu me dispenser de lui avouer qu'après l'avoir vaincu je vous lai livré; mais je vois avec étonnement qu'Oringue, dans le temps que je le crois en prison dans votre château, est en liberté. Il soutient même avec audace que je ne l'ai point fait prisonnier. Confondez cette imposture , madame , et dites la vérité. Origile ne fut pas peu embarrassée à cette instance. Néanmoins , comme elle ne pouvoit se dispenser de répondre , elle dit que Locrin n'avoit rien avancé qui ne fût vrai ; mais qu'elle n'avoit pu conserver Oringue dans son château; qu'il avoit corrompu l'officier qui avoit les clefs de sa prison , et s'étoit échappé la nuit. Alors, les commissaires firent avertir Oringue de se montrer. La confrontation de ce chevaher fut un nouveau sujet d'embarras pour Origile, qui ne laissa pas de lui soutenir que Locrin l'avoit