LIVRE I, CHAP. VIII
l'artifice, ne crut pas devoir s'en taire. Ainsi la chose se répandit dans un moment , et toute la place retentit de huées aux dépens de Faucon , que ses parents , consternés de cette découverte , tirèrent au plus tôt de la lice , pendant qu'Astolphe crioit en les insultant : Qu'ils viennent, qu'ils viennent, on en châtie mieux les fous quand ils sont liés.
Le mauvais succès du stratagème de Hauterive irrita l'ardeur que les Mayencais avoient de se venger. Le comte Anselme, le plus traître de tous, ditàRainier, son frère : Je sais un moyen silr de renverser ce fanfaron. Entrons tous deux ensemble dans la .carrière , et présente-toi devant lui. Pendant que tù l'attendras de droit fil, je le prendrai en tlanc , et le renverserai avant qu'il puisse se mettre en défense. Rainier fit donc face au prince Astolphe, qui l'envoya mesurer la terre tout de son long; et, dans le même instant, le perfide Anselme exécuta son dessein, il fondit sur l'Anglais, qui ne prenoit pas garde à sa trahison; et, l'attaquant de côté dans le temps qu'il n'étoit pas encore bien raffermi du coup qu'il avoit donné , il le jeta sans peine hors des arçons.
Ce lâche projet s'exécuta si finement, que les spectateurs ne purent juger si c étoit perfidie de la part d'Anselme, ou négligence du côté d'Astolphe; mais ce prince , qui savoit mieux que personne ce qu il en falloit penser, ne put retenir sou ressentiment. A peine fut-il à terre , qu'indigné de la supercherie qu'on lui avoit faite , il se releva plein de fureur, tira son épée , et se jeta sur les Mayencais. Le premier qu'il frappa fut Griffin.qui, sans la bonté de sou cascjue, en auroit
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perdu la vie. Heureusement le coup , trouvant de la résistance , glissa sur l'épaule , et ne lui fit qu'une légère blessure. On vit alors entre eux un grand combat. Tous les parents du blessé commencèrent à charger l'Anglais, au secours duquel accoururent aussitôt les ducs de Bavière et de iSorniandie , l'archevêque Turpin , malgré son bras démis, et les frères de Renaud.
On sattendoit à un horrible carnage, et des flots de sang alloient en effet inonder la lice , si l'empereur , offensé de voir troubler la fête au mépris de son autorité , ne se fût levé de son siège pour aller séparer les combattants. Est-ce .linsi, leur dit-il avec colère, que vous me gardez* le respect qui m est dû? A la voix du monarque, ils s'arrêtèrent tous ; etGriffin, se jetant à ses pieds, lui dit : Seigneur, j'implore votre justice : Astolphe m'a blessé par surprise. A ces mots le prince anglais , sans avoir égard à la présence de l'empereur , regarda Griffin d'un air furieux , et lui dit avec emportement : Tu fais bien voir , traître, que tu es Mayençais j tu ne démens pas ton indigne race.
Sur ces entrefaites l'artificieux Anselme se présenta devant Charles pour soutenir son parent, et donner de belles couleurs à sa propre trahison. A cette odieuse vue le prince anglais , qui ne retenoit déjà qu'avec peine les transports qui l'agitoient , n'en fut plus le maître ; il se précipita sur le comte, l'épée haute, et le frappa. L'empereur, irrité d'une action si violente, fit arrêter sur-le-champ l'Anglais. Il jura même quil lauroit fait mourir pour lui avoir manqué de respect , sans le service qu'il venoit de lui rendre en abaissant l'orgueil de Grandonio.
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