‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 33 sur 227 · LIVRE I , CHAP. XIV · texte numérisé non relu

LIVRE I , CHAP. XIV

dédommagea bientôt avec usure. Angélique redevient la proie du feu qui la dévore; elle n'est pas plus tranquille au Cathay que dans les Ardennes. Comme une biche qui porte dans le flanc le trait qui l'a blessée ne fait qu'augmenter son mal en redoublant la vitesse de sa course , de même la fille de Galafron ne peut s'affranchir de son amoureuse peine : limage du paladin cruel et méprisant la suit partout, et la tourmente sans relâche. *

Elle avoit sans cesse le visage tourné vers l'occident ; elle n'en pouvoit détourner ses regards ni sa pensée. Quelquefois elle prenoit plaisir à se représenter Ptcnaud qui recevoit avec dédain, à la cour de Charles, les avances des plus belles dames : elle trouvoit dans cette idée de quoi se consoler. Si mes veux, disoit-elle, n'ont pu faire une si précieuse conquête, du moins je n'ai pas la honte d'avoir une rivale heureuse. Le cœur que je n'ai pu toucher est insensible. Mais bientôt elle sentoit succéder à cette pensée de jaloux mouvements. Ah ! malheureuse , s'écrioit - elle , cesse de te flatter : une autre que toi a su plaire au fils d'Aymon ; il soupire pour quelque beauté dont je n'égale pas les charmes.... Hélas ! tandis que je languis, que je me consume en plaintes vaines, peut-être qu'en ce moment l'orgueilleuse le voit à ses pieds, enflammé pour elle de toute fardeur que j'ai pour lui. Juste ciel ! m'avez-vous condamnée à aimer malgré moi un ingrat qui me méprise .'* Ne puis-je vaincre ma cruelle passion ? Si , pour me délivrer de sa tyrannie, ma gloire et ma raison ne me prêtent qu'un foible secours , la nature a des secrets qui pourront agir sur moi plus puissamment. Employons

y6 ROLAND l'amoureux.

jusqu'aux enchantements..,. Où mon esprit va-t-il s'égarer ? Quelle erreur de prétendre éteindre ma flamme ? Quand j'irois cueillir des herbes puissantes au premier rayon d'une nouvelle lune ; quand j'arracherois les plus fortes racines pendant les plus obscures nuits de la canicule, le suc des plantes, la vertu des pierres constellées, tout le pouvoir de la magie ne sauroit ôter Renaud de mon cœur.

En déplorant ainsi son infortune , cette princesse se souvint de l'enchanteur français ; elle pensa qu'il pouvoit lui être utile j et dans cette pensée elle consulta le grimoire pour savoir qui il étoit. Les démons lui apprirent qu'il s appeloit IMaugis ; qu'il étoit fils du duc d'Aigremont, et parent fort proche du seigneur de Montauban. Cette découverte lui donna quelque espérance : elle se flatta que, par l'entremise de son prisonnier, elle pourroit inspirera Renaud des sentiments plus favorables. Prévenue d'une si agréable opinion, elle se fit à 1 heure même transporter sur le rocher où Maugis étoit retenu.

Ce malheureux enchanteur, occupé de son mauvais sort, et enchaîné sur la pointe d'un écueil, regardoit alors la mer en rêvant. Dès qu'il aperçut Angélique dans les airs , et qu'il en put distinguer les traits, il la reconnut : il eut quelque joie de son arrivée, bien qu'il n'eiit pas lieu d'en concevoir un heureux présage. Elle ne le laissa pas long-temps dans l'incertitude : Fils d'Aigremont, lui dit-elle, console-toi, je viens finir tes peines. En même temps elle fit des conjurations, et les fers de Maugis tombèrent.

Aussitôt qu'il se vit libre , il voidut se jeter aux pieds

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