‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 3)Chapitre 75 sur 227 · LIVRE II, ClIAP. V. l · texte numérisé non relu

LIVRE II, ClIAP. V. l

campé à sa gauche ; ce dernier prince n'est pas un des moindres gueiTiers de cette nombreuse armée. Mais je n'aurois jamais fait, ajouta-t-il, si j entreprenois devons apprendre le nom de tous les autres : ce qui reste à vous dire, c'est de vous conseiller, si vous êtes étranger, de ne point approcher d'eux ; ils ne manqueroient pas de vous retenir.

Le prince anglais remercia cet homme obligeant , et ayant su de lui que , pour entrer dans Albraque , il falloit absolument traverser le camp des Tattares , il en prit le chemin , malgré l'avis qu'il venoit de recevoir. Quand il fut à la première barrière du camp , on voulut l'arrêter , mais il la fit franchir à Bayard , en dépit des soldats qui la gardoient : puis, renversant de sa lance d'or et du poitrail de son coursier tout ce qui vouloit s'opposer à son passage, il traversa tout le camp tartare. En vain un grand nombre de princes , avertis de ce désordre , montèrent promptement à cheval pour punir cet audacieux, qui sembloit les braver tous : bien qu'ils fussent montés sur les plus vigoureux chevaux tartares, qui passent en vitesse ceux de toutes les autres nations , l'incomparable Bayard les laissa bien loin flerrière lui , et porta impunément Astolplie jusqu'aux portes d'Albraque.

La princesse y venoit d'arriver de la Roche-Cruelle , lorsqu'on lui vint dire qu'un chevalier de la cour de France étoit aux portes de la ville, et demandoit à entrer. Angélique fut émue à cette nouvelle , et donna ordre qu'on reçût ce chevalier , dans l'espérance de pouvoir du moins s'entretenir avec lui du seigneur de Montauban. On fit monter Astolphe au château , qui

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étoit situé sur un roc escarpé qui en faisoit la principale fortification. Sitôt que la princesse vit ce prince , elle le reconnut, et l'embrassa : Tu sois le bien venu, noble chevalier, lui dit-elle; puis, ayant fait sortir tout le monde pour n'avoir aucun témoin de leur conversation, elle lui parla de Renaud comme d'un homme dont elle auroit souhaité le secours.

Quoi ! madame , lui dit l'Anglais , Renaud n'est pas auprès de vous ? Hélas ! non , répondit - elle en soupirant : le cruel me fuit tandis que je m'efforce d'acquérir sa tendresse. Vous me surprenez , reprit Astolphe ; je suis témoin qu'il paroissoit un des plus ardents à combattre pour vous conquérir 5 et lorsque, après la mort de votre généreux frère, je l'informois de la résolution que vous aviez prise de retourner au Cathay, je n'ai jamais vu d'amant témoigner tant de regret de perdre ce {ju'il aime.

Angélique , tout assurée qu elle étoit de son malheur , fut flattée de ces paroles, et donna occasion au paladin de les lui redire. Mais enfin , faisant réflexion à lentretien qu'elle venoit d'avoir à la Roche-Cruelle avec le fils d Aymon , et se laissant emporter à son amour : O ciel ! dit-elle d'un ton languissant, Renaud a donc bien changé! En même temps elle lui conta tout ce qui s'étoit passé entre elle et ce chevalier, dans la forêt des Ardennes et au château de Marquin. Elle étoit trop remplie de sa douleur pour faire ce récit sans verser des torrents de larmes. Elle parut si touchée au prince anglais, qu'il fit tous ses efforts pour la consoler; et, comme il ignoroit l'obstacle qui s'opposoit au bonheur de la princesse , il lui promit sans façon de

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