ELVIRE, BÉATRIX
Ah! Béatrix!
BÉATRIX
Hé bien ! madame, vous avez envie de me parler confidemment, n'est-il pas vrai.''
ELVIRE
C'est trop se faire violence, je ne puis plus cacher ma douleur.
BEATRIX
Le Castillan vous tient toujours au cœur , n'est-ce pas.^
ELVIRE
Ma jalousie m'a trompée. J'ai cru ma flamme éteinte.
BÉATRIX
Vous avez compté sans votre hôte. Les eaux de 1 Ebre ne sont pas celles du fleuve de l'Oubli.
ELVIRE
Qu'ai-je fait, insensée? Ce cruel départ me fait sen-
132 DON FELIX DE 3IENDOCE
tir plus vivement mes blessures. J'aime don Félix, il part, et je meurs! Ma chère Béatrix, quel remède que mourir !
BÉATRIX
Il est cent fois pire que le mal. Mais, madame, je ne comprends rien à votre conduite : c'est vous qui l'obligez de partir. Pourquoi le désespérer par des rigueurs désavouées du cœur ?
EL VIRE
Que veux-tu ? J'étois folle. Ah! Béatrix, qui pourroit le retenir ?
EÉATRIX.
Vous-même, s'il entendoit ce que j'entends.
ELVIRE
Quoique ma gloire en murmure, jy veux faire mes efforts.
BÉATRIX
Et du roi, qu'en prétendez-vous faire?
ELVIRE
Le détromper par mes froideurs.
BÉATRIX
Cela peut avoir de mauvaises suites.
ELVIRE
Je les braverai courageusement. Le pouvoir suprême ne peut rien sur les cœurs.
BÉATRIX
Puisque vous êtes si résolue, éclaircissez-vous donc avec don Félix; écoutez ce qu'il vous dira pour se justifier. Ses raisons seront bien mauvaises, si vous ne vous y rendez pas. Taisons-nous, le roi vient et don Félix est avec lui.