‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 4)Chapitre 123 sur 399 · ELVIRE, BÉATRIX · texte numérisé non relu

ELVIRE, BÉATRIX

Ah! Béatrix!

BÉATRIX

Hé bien ! madame, vous avez envie de me parler confidemment, n'est-il pas vrai.''

ELVIRE

C'est trop se faire violence, je ne puis plus cacher ma douleur.

BEATRIX

Le Castillan vous tient toujours au cœur , n'est-ce pas.^

ELVIRE

Ma jalousie m'a trompée. J'ai cru ma flamme éteinte.

BÉATRIX

Vous avez compté sans votre hôte. Les eaux de 1 Ebre ne sont pas celles du fleuve de l'Oubli.

ELVIRE

Qu'ai-je fait, insensée? Ce cruel départ me fait sen-

132 DON FELIX DE 3IENDOCE

tir plus vivement mes blessures. J'aime don Félix, il part, et je meurs! Ma chère Béatrix, quel remède que mourir !

BÉATRIX

Il est cent fois pire que le mal. Mais, madame, je ne comprends rien à votre conduite : c'est vous qui l'obligez de partir. Pourquoi le désespérer par des rigueurs désavouées du cœur ?

EL VIRE

Que veux-tu ? J'étois folle. Ah! Béatrix, qui pourroit le retenir ?

EÉATRIX.

Vous-même, s'il entendoit ce que j'entends.

ELVIRE

Quoique ma gloire en murmure, jy veux faire mes efforts.

BÉATRIX

Et du roi, qu'en prétendez-vous faire?

ELVIRE

Le détromper par mes froideurs.

BÉATRIX

Cela peut avoir de mauvaises suites.

ELVIRE

Je les braverai courageusement. Le pouvoir suprême ne peut rien sur les cœurs.

BÉATRIX

Puisque vous êtes si résolue, éclaircissez-vous donc avec don Félix; écoutez ce qu'il vous dira pour se justifier. Ses raisons seront bien mauvaises, si vous ne vous y rendez pas. Taisons-nous, le roi vient et don Félix est avec lui.

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