LÉONOR, BÉATRIX
( Elles sortent tontes deux da jardin par la petite porte. ) LÉONOR.
Oui, Béatrix, puisque je suis soumise à l'autorité de mon frère, je ferai ce qu'il souhaite ; il veut que j'épouse le capitaine don Lope de Castro j je l'épouserai.
BÉATRIX
Ce capitaine-là est un homme bien expéditif. Il vous vit avant-hier pour la première fois, et il vous a déjà demandée en mariage.
lyC) LE POINT D HONNEUR.
LÉONOR soupirant.
Ahi!
BÉATRIX
Je sais bien mauvais gré au seigneur don Alonse de Guzman, votre frère, de vous sacrifier à l'amour qu'il a pour Estelle d'Alvarade. Quoi ! parce qu'il aime cette dame , il faut qu'il vous livre à une espèce de fou dont elle est nièce ?
LÉONOR
Il est vrai que le capitaine don Lope est si délicat sur le point d'honneur , qu'il outre quelquefois la matière. Cela lui donne un|^ ridicule dans le monde , j'en conviens ; mais il a de la naissance , de la valeur , de la probité ; et je crois que je ne serai pas malheureuse avec lui.
BÉA.TR1X
A la bonne heure. Vous allez donc abandonner don Carlos, ce jeune galant qui vient depuis huit jours régulièrement au Prado , qui assiège la petite porte de notre jardin , et dont vous recevez les soins sans pouvoir vous en défendre.
LÉONOR
C'en est fait , je n'y veux plus penser. Mon devoir triomphera bientôt de l'inclination que je me sens pour lui.
BÉATRIX
Vous prenez bien vite votre parti.
LÉONOR
Est-ce que tu m'en fais un reproche :*
Au contraire, je vous en loue. Après tout, ce don