ACTE I, SCÈNE X
DON LUIS
Quelle affreuse nouvelle ! La fortune ne m'a donc flatté d'abord que pour nie faire sentir plus vivement sa rigueur! Ma chère Béatrix, je te conjure d'avoir pitié de moi.
BÉATRIX
Mais vraiment je vous plains fort.
DON LUIS
J'implore ton secours. Engage Léonor à m'accorder un dernier entretien. Jereconnoîtrai bien ce bon of6ce.
BÉATRIX
Je ne doute pas de votre générosité ; je voudrois bien vous rendre ce service ; mais il pourroit me coûter cher.
DON LUIS
Te coûter cher !
BÉATRIX
En pouvez - vous douter ? Je perdrois pour jamais la confiance de ma maîtresse : elle croiroit que vous m'auriez gagnée par des prières , et que je vous servirois au préjudice de son devoir.
DON LUIS
Elle ne croira point cela.
BÉATRIX
D'ailleurs , supposons que Léonor se rende aux instances que je lui ferai de vous parler , don Alonse pourra découvrir tout le mystère : ma maîtresse en sera quitte pour une réprimande , et Béatrix sera mise à la porte.
DON LUIS
Ne te mets point ces chimères-là dans l'esprit.
BÉATRIX
Ne serai-je pas bien avancée ? Je perdrai tout d'un coup le fruit de huit longues années de services. BOIS LtrïS.
Oh ! si ce malheur t'arrivoit , je suis en état de t'en consoler.
BÉATRIX
Je suis bien persuadée de votre bon cœur.
DON LUIS
Je prendrois soin de ta fortune.
BÉATRIX
Ne m'en dites pas davantage. Vos promesses m'ébranlent. Adieu , je me retire.
DON LUIS l'arrêtant.
Ah! ma chère Béatrix, ne m abandonne point.
BÉATRIX
Je veux être sourde à vos prières.
DON LUIS lui présentant sa bague.
Tiens. En attendant mieux , fais-moi le plaisir de recevoir ce diamant.
BÉATRIX
Vous allez me faire chasser.
DON LUIS
Prends-le , je t en conjure. Attendris ta maîtresse en ma faveur.
BÉATRIX prenant le diamant.
Que vous êtes séduisant, seigneur don Carlos!
DON LUIS
Préviens mon désespoir.
BÉATRIX
Je n'y puis plus résister, votre douleur me perce