ACTE I, SCENE Xll. igg
LÉOiyOR.
Quoi! je vous charge de congédier un homme avec qui je veux rompre tout commerce, et vous osez le flatter encore de quelque espérance!
BÉATRIX
Hé non , madame, il n'espère plus rien, et il ne veut plus vous voir que pour vous dire un éternel adieu.
LÉO?fOR.
Vous ne deviez point l'entendre. En un mot, il falloit exécuter mes ordres à la rigueur.
BÉATRIX
Je conviens que j'ai tort j mais que voulez-vous ? Ce pauvre garçon m'a fendu le cœur.
léo:n'or.
Vous êtes bien compatissante! Oh! pour cela, Béatrix, vous avez fait une grande sottise de ne m'en avoir pas débarrassée.
BÉATRIX
Ho bien ! puisque cela vous fait tant de peine , j'aurai bientôt dégagé ma parole. Don Carlos n'est pas encore si loin qu'on ne puisse le joindre. Je vais courir après lui , et l'envoyer au diable.
( Elle fait quelques pas comme poui' aller après don Luis. ) LÉONOR l'appelant.
Béatrix.
BÉATRIX
Que me voulez-vous ?
LÉOIVOR.
Tu es trop vive quelquefois. Ne va pas , dans ton emportement , lui parler d'une manière malhonnête.
BÉA.TRIX.
Vous serez contente.
20(> I.E POIXT DHON.VErR.
LÉONOR
Dans le fond, je n'ai pas sujet de me plaindre de lui; et c'est assez de lui dire simplement qu'il ne me convient plus de l'écouter.
BÉATRIX
Cela suffit.
(ïHe fait encore semblant de vouloir courir après don Lois. ) LÉOA'OR la rappelant.
Attends, Béatrix, attends.
BÉATRIX
Encore ?
LÉO^'OR
Recommande-lui bien de ne pas même paroître aux environs de ce jardin. Fais-lui sentir la conséquence...
BÉATRIX
Oui; mais, pendant que vous donnez de si amples instructions, le cavalier s'éloigne, et je ne pourrai pas le rattraper.
LÉONOR
Il n'y a qu'à le laisser. Aussi bien je songe qu'il est plus à propos qu'il vienne au rendez-vous.
BÉATRIX
Je pense aussi que cela vaudra beaucoup mieux. Je ne suis pas entêtée, moi, de mes opinions.
Courir après un homme seroit une démarche qui poiirroit être mal expliquée.
BÉATRIX
Vous avez raison. 11 sera moins dangereux que je hii paile tantôt; c\ je compte l)ien de réparer ma faute.