SCENE PREMIERE
LE GOUVERNEUR, FÉLIX
FELIX donnant une lettre au gouverneur.
Voici la lettre qu'il vous écrit.
LE GOUVERNEUR lit.
« C'est dans votre sein , généreux ami , que je veux « déposer ma douleur. Si vous ne pouvez la soulager , « je me flatte du moins que vous la partagerez. Un ca- "■ valier s'enfuit de Naples , pour avoir tué son rival , '<■ et emmène avec lui Fléride, ma fille unique, qui '< ajoute à la foiblesse d'aimer sans mon aveu celle "■ de se laisser enlever. S'ils passent par Gaéte , je vous
» prie de les faire arrêter; mais, de grâce, traitez-les ' comme les enfants de votre ami.
« Prosper Golone , gouverneur de Naples. » ( A Félix. ) Je ressens vivement les peines dé votre maître. Il ne pouvoit s'adresser à un homme qui lui fut plus dévoué. Je n'ai point oublié quune ancienne amitié nous lie , et que nous avons ensemble cueilli des lauriers dans les Pays-Bas. Apprenez-moi seulement le nom du cavalier qui trouble si cruellement son repos.
FELIX
Il se nomme don César Ursin. Je le connois pour l'avoir vu souvent; et si vous voulez, seigneur, me permettre d'en faire la recherche , je me fais fort de découvrir bientôt l'endroit de cette ville où il se tient caché : car je sais qu'il est actuellement à Gaëte.
LE GOUVERNEUR
Quelle preuve en avez-vous ?
FÉLIX
J ai vu ce matin, dans la rue, un de ses valets, que j'ai fait suivre par un de mes camarades qui n'est pas connu de lui, et qui doit me rapporter où il l'aura laissé.
LE GOUVERNEUR
Allez donc retrouver votre camarade; et si par vos perquisitions vous parvenez à découvrir don César, venez m'en avertir. J'irai moi-même aussitôt m'assurer de sa personne.
FÉLIX s'en allant.
Je promets de le livrer dès aujourd'hui.