SCÈNE I
VALÈRE
Non.
CRISPIN
Ah ! j'entends. Cette généreuse marquise qui alla ellemême payer votre tailleur qui vous avoit fait assigner , a découvert que nous agissions de concert avec lui.
VALÈRE
Ce n'est point cela, Crispin, je suis devenu amoureux.
CRISPIiV.
Oh ! oh !.... Hé, de qui , par aventure ?
VALÈRE
D Angélique, fille unique de M. Oronte.
CRISPIN
Je la connois de vue. Peste ! la jolie figure ! Son père , si je ne me trompe, est un bourgeois qui demeure en ce logis, et qui est très-riche ?
VALÈRE
Oui j il a trois grandes maisons dans les plus beaux quartiers de Paris.
CRISPIN
L'adorable personne qu'Angélique!
VALÈRE
De plus, il passe pour avoir de l'argent comptant.
CRISPIN
Je connois tout l'excès de votre amour! Mais
où en êtes-vous avec la petite fille ? Elle sait vos sentiments ?
VALÈRE
Depuis huit jours, que j'ai un libre accès chez son père, j'ai si bien fait, qu'elle me voit d'un œil favorable ;
3l8 CRISPIN RIVAI, DE SON MAITRE.
mais Lisette, sa femme de chambre, m'apprit hier une nouvelle qui me met au désespoir.
CRISPIN
Eh ! que vous a-t-elle dit cette désespérante Lisette ?
VALÈRE
Que j'ai un rival ; que M. Oronte a donné sa parole a un jeune homme de province, qui doit incessamment arriver à Paris pour épouser Angélique.
CRISPIIN*.
Eh ! qui est ce rival ?
C est ce que je ne sais point encore. On appela Lisette dans le temps qu elle me disoit cette fâcheuse nouvelle, et je fus obligé de me retirer sans apprendre son nom.
CRlSPlN.
Nous avons bien la mine de n être pas sitôt propriétaires des trois belles maisons de M. Oronte.
VALÈRE
Va trouver Lisette de ma part. Parle-lui; après cela nous prendrons nos mesures.
CRISPIÎf.
Laissez-moi faire.
VALÈRE
Je vais t'attendre au logis. (U sort.)