‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 4)Chapitre 258 sur 399 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

que j'aurai vu monsieur et madame Oronte, et retiré la parole de M. Orgon !

CRISPIN

Retirer la parole de M. Orgon !

LA BRANCHE

C est ce qui m'amène à Paris. (Voulant «"éloigner poar entrer chez M. Oronte.) Sans adieu, Grispin, nous nous reverrons.

CRISPIN le retenant.

Attends, La Branche, attends, mon enfant. Il me vient une idée... Dis-moi un peu : ton maître est-il connu de M. Oronte ?

LA BRANCHE

Ils ne se sont jamais vus.

CRISPIN

Ventrebleu ! si tu voulois, il y auroit un beau coup à faire... Mais , après ton aventure du Châtelet, je crains que tu ne manques de courage.

Non , non , tu n'as qu'à dire. Une tempête essuyée n empêche point un bon matelot de se remettre en mer. Parle ; de quoi s'agit-il ? Est-ce que tu voudrois faire passer ton maître pour Damis , et lui faire épouser ?...

CRISPIN l'interrompant.

Mon maître ? fi donc ! voilà un plaisant gueux pour une fille comme Angélique ! Je lui destine un meilleur parti.

LA BRANCHE

Qui donc ?

CRISPIN

Moi.

LA BRANCHE

Malepeste ! tu as raison ; cela n'est pas mal imaginé , au moins.

CRISPIN

Je suis aussi amoureux d'elle.

LA BRANCHE

J'approuve ton amour.

CRISPIN

Je prendrai le nom de Damis.

LA BRANCHE

C'est bien dit.

CRISPIN

J'épouserai Angélique.

J'y consens.

CRISPIN

Je toucherai la dot.

LA BRANCHE

Fort bien.

CRISPIN

Et je disparoîtrai avant qu'on en vienne aux éclaircissements.

LA BRANCHE

Expliquons-nous mieux sur cet article.

CRISPIN

Pourquoi ?

LA BRANCHE

Tu parles de disparoître avec la dot , sans faire mention de moi. Il y a quelque chose à corriger dans ce plan-là.

CRISPIN

Oh ! nous disparoîtrons ensemble.

scÈNii III. SaS

LA BRANCHE

A cette condition-là, je te sers de croupier Le

coup, je l'avoue, est un peu hardi ; mais mon audace se réveille, et je sens que je suis né pour les grandes choses. Où irons-nous cacher la dot ?

CRisriN.

Dans le fond de quelque province éloignée.

Je crois qu'elle sera mieux hors du royaume. Qu'en dis-tu ?

CRISPIN

C'est ce que nous verrons. Apprends-moi de quel caractère est M. Oronte.

LA BRANCHE

C'est un bourgeois fort simple , un petit génie.

CRISPIN

Et madame Oronte ?

LA BRANCHE

Une femme de vingt-cinq à soixante ans ; une femme qui s'aime , et qui est d'un esprit tellement incertain , qu'elle croit , dans le même moment , le pour et le contre.

CRISPIN

Cela suffit. Il faut à présent emprunter des habits pour...

LA BRANCHE l'interrompant.

Tu peux te servir de ceux de mon maître... ( Examinant la taille de Crispin. ) Oui , justement, tu es à peu près de sa taille.

CRISPIN

Peste! il n'est pas mal fait.

Je vois sortir quelqu'un de chez M. Oronte... Allons dans mon auberge concerter l'exécution de notre entreprise.

CRISPIN

Il faut auparavant que je coure au logis parler à Valère, et que je l'engage , par une fausse confidence , à ne point venir de quelques jours chez M. Oronte. Je t'aurai bientôt rejoint.

( Il sort d'un côté et La Branche de l'aatxe. )

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