SCÈNE XI
VALÈllE, ANGÉLIQUE, LISETTE
VALÈRE à part , dans le fond , sans voir d'abord Angélique.
Crispin m'a dit de ne point paroître ici de quelques jours , qu'il méditoit un stratagème ; mais il ne m'a point expliqué ce que c'est. Je ne puis vivre dans celte incertitude.
LISETTE à Angélique , en apercevant Valère.
Valère vient.
VALÈRE à part, en apercevant aussi Angélique.
Je ne me trompe point... C'est elle-même... (A Angélique.) Belle Angélique! de grâce, apprenez-moi vous-même ma
destinée. Quel sera le fruit... (Voyant Angélique et Lisette en
pleurs.) Mais, quoi! vous pleurez l'une et l'autre .^^
LISETTE
Eh ! oui, monsieur, nous pleurons, nous nous désespérons. Votre rival est arrivé.
VALÈRE
Qu'est-ce que j'entends ?
Et dès ce soir il épouse ma maîtresse.
VALÈRE
Juste ciel !
342 CKISPIN RIVAL DE SON SIAITRE.
LISETTE
Si du moins après son mariage elle demeuioit à Paris; passe encore : vous pourriez quelquefois tous deux pleurer vos déplaisirs ; mais , pour comble de chagrin , il faudra que vous pleuriez séparément.
VALÈRE
J'en mourrai Mais, Lisette, qui est donc cet heureux rival qui m'enlève ce que j'ai de plus cher au monde ?
LISETTE
On le nomme Damis.
VALÈRE
Damis ?
LISETTE
C'est un homnie de Chartres.
VALÈRE
Je connois tout ce pays-là, et je ne sache point qu'il y ait un autre Damis que le fils de M. Orgon.
LISETTE
Justement ; c est le fils de M. Orgon qui est votre
rival.
Ah ! si nous n'avons que ce Dan»is à craindre , nous devons nous rassurer.
ANGÉLIQUE
Que dites-vous, Valère?
VALÈRE
Cessons de nous affliger, charmante Angélique; Damis, depuis huit jours , s'est maiié à Chartres. LISETTE, lîon !