‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 4)Chapitre 278 sur 399 · SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV

M. OROWTE.

Tu te troubles... Je vois qu'on ma dit vrai : tu es un fripon.

LA BllANCHE.

Moi, monsieur?

M. ORONTE

Oui, toi, pendard! Je suis instruit de votre dessein, et je prétends te faire punir , comme complice d'un pro jet si criminel.

LA branchp:.

Quel projet , monsieur ? Que je meure si je comprends...

M. ORONTE l'interrompant.

Tu feins d'ignorer ce que je veux dire, traître! mais si tu ne me fais tout à Iheure un aveu sincère de toutes choses, je vais te mettre entre les mains de la justice.

la branche.

Faites tout ce qu il vous plaira, monsieur ; je n'ai rien avons avouer. J'ai beau donner la torture à mon esprit , je ne devine point le sujet de plaintes qi>8 vous pouvez avoir contre moi.

M. ORONTE

Tu ne veux donc pas parler ?... (Appelant.) Holà ! quelqu'un ! Qu'on me fasse venir un commissaire. la branche.

Attendez, monsieur, point de bruit. Tout innocent que je suis , vous le prenez sur un ton qui ne laisse pas d'embarrasser mon innocence. Allons , éclaircissonsnous tous deux de sang-froid. Çà, qui vous a dit fjue mon maître étoit marié:'

M. ORONTE

Qui ? il l'a mandé lui-même à un de ses amis , à Valère.

LA BRANCHE

A Valère , dites-vous ?

M. ORONTE

A Valèie , oui. Que répondras-tu à cela ?

LA BRANCHE riant.

Rien.... Parbleu! le trait est excellent !... (A part. ) Ah ! ah ! M. Valère , vous ne vous y prenez pas mal , ma foi!

M. ORONTE

Comment! qu'est-ce que cela signifie ?

LA BRANCHE riant.

On nous l'avoit bien dit qu'il nous régaleroit tôt ou tard d'un plat de sa façon. Il n'y a pas manqué, comme vous voyez.

M. ORONTE

Je ne vois point cela.

LA BRANCHE

Vous l'allez voir, vous l'allez voir. Premièrement, ce Valère aime mademoiselle votre fille, je vous en avertis.

M. ORONTE

Je le sais bien.

LA BRANCHE

Lisette est dans ses intérêts. Elle entre dans toutes les mesures qu'il prend pour faire réussir sa recherche. Je vais parier que c'est elle qui vous aura débité ce mensonge-là.

Il est vrai.

SCÈNB XIV. 349

LA. BRANCTTE.

Dans l'embarras où l'arrivée de mon maître les a jetés tous deux, qu'ont-ils fait? Ils ont fait courir le bruit que Damis étoit marié. Valère même montre une lettre supposée, qu'il dit avoir reçue de mon maître; et tout cela , vous m'entendez Jjien , pour suspendre le mariage d'Angélique.

M. ORONTE à part.

Ce qu'il dit est assez vraisemblable.

LA. BRANCHE

Et pendant que vous approfondirez ce faux bruit , Lisette gagnera l'esprit de sa maîtresse , et lui fera faire quelque mauvais pas ; après quoi vous ne pourrez plus la refuser à Valère.

M. ORONTE à part.

Hon , bon , ce raisonnement est assez raisonnable.

LA BRANCHE

Mais ma foi les trompeurs seront trompés. M. Oronte est homme d'esprit , homme de tête ; ce n'est point à lui qu'il faut se jouer.

M. ORONTE

Non , parbleu !

LA BRANCHE

Vous savez toutes les rubriques du monde , toutes les ruses qu'un amant met en usage pour supplanter son rival.

Je t'en réponds... Je vois bien que ton maître n'est point marié... Admirez un peu la fourberie de Valère ! 11 assure qu'il est intime ami de Damis , et je vais parier qu'ils ne se connoissent seulement pas.

35() CRISPIX niVAI. DE SON MAITRE.

LA BRANCHE

Sans doute... Malepeste! monsieur, que vous êtes pénétrant! Comment ! rien ne vous échappe.

M. ORONTE

Je ne me trompe guère dans mes conjectures. . . . ( Voyant paroître Crispiri. ) J'aperçois ton maître , je veux rire avec lui de son prétendu mariage... (Riant.) Ah! ah! ah! ah!

LA BRANCHE riant aussi.

Hé! hé! hé! hé! hé! hé! hé!

SCfÊNE XV.

Page 1