‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 4)Chapitre 306 sur 399 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

manquer; car il n est pas de ces chevaliers qui sont consacrés au célibat et obligés de courir au secours de Malte. C'est un chevalier de Paris ; il fait ses caravanes dans les lansquenets.

LA BARO]>rNE.

Oh ! je le crois un fort honnête homme.

MARINE

1. J'en juge tout autrement. Avec ses airs passionnés, son ton radouci, sa face niinaudière, je le crois un grand comédien ; et ce qui me confirme dans mon opinion, c'est que Frontin, son bon valet Frontin, ne m'en a pas dit le moindre mal.

LA BARONNE

Le préjugé est admirable! et tu conclus de là?

MARINE

Que le maître et le valet sont deux fourbes qui s'entendent pour vous duper ; et vous vous laissez surprendre à leurs artifices, quoiqu'il y ait déjà du temps que vous les connoissiez. Il est vrai que depuis votre veuvage il a été le premier à vous offrir brusquement sa foi ; et cette façon de sincérité l'a tellement établi chez vous qu'il dispose de votre bourse comme de la sienne.

LA BARONNE

Il est vrai que j'ai été sensible aux premiers soins du chevalier. Xaurois dû, je l'avoue, l'éprouver avant que de lui découvrir mes sentiments, et je conviendrai, de bonne foi, que tu as peut-être raison de me reprocher tout ce que je fais pour lui.

MARINE

Assurément ; et je ne cesserai point de vous tourmen-

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ter, que vous ne 1 ayez chassé de chez vous; car enfin , si cela continue, savez-vous ce qui en arrivera ?

LA BARONNE

Eh ! quoi ?

MARINE

M. Turcaret saura que vous voulez conserver le chevalier pour ami ; et il ne croit pas, lui, qu'il soit permis d'avoir des amis. Il cessera de vous faire des présents, il ne vous épousera point; et si vous êtes réduite à épouser le chevalier, ce sera un fort mauvais mariage pour l'un et pour l'autre.

LA BARONNE

Tes réflexions sont judicieuses, Marine; je veux songer à en profiter.

MARINE

Vous ferez bien; il faut prévoir l'avenir. Envisagez dès à présent un établissement solide. Profitez des prodigalités de M. Turcaret, en attendant qu'il vous épouse. S'il y manque , à la vérité on en pai4era un peu dans le monde; mais vous aurez, pour vous en dédommager, de bons effets, de l'argent comptant, des bijoux, de bons billets au porteur, des contrats de rente, et vous trouverez alors quelque gentilhomme capricieux, ou malaisé, qui réhabihtera votre réputation par un bon mariage.

LA BARONNE

Je cède à tes raisons. Marine; je veux me détacher du chevalier, avec qui je sens l>ien que je me ruinerois à la (in.

MARINE

Vous commencez a entendre raison. Cest la le bon

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