‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 4)Chapitre 310 sur 399 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

FROIVTIIV à la baronne.

Je les lui refuse ; aussitôt il tire brusquement son epée.

LA BARONNE à Marine.

Ah! il s'est blessé, Marine, assurément!

MARINE

Eh! non, non, Frontin l'en aura empêché.

FRONTIN à la baronne.

Oui... Je me jette sur lui à corps perdu... " Monsieur «le chevalier, lui dis -je; qu'allez -vous faire? Vous « passez les bornes de la douleur du lansquenet. Si '< votre malheur vous fait haïr le jour, conservez-vous « du moins , vivez pour votre aimable baronne. Elle « vous a jusqu'ici tiré généreusement de tous vos em- « barras ; et soyez sûr , ai-je ajouté , seulement pour « calmer sa fureur , qu'elle ne vous laissera point dans

celui-ci. »

MARINE bas à la baronne.

L'entend-il, le maraud?

FRONTIN à la baronne.

'< 11 ne s'agit que de mille écus, une fois. M. Turcaret « a bon dos : il portera bien encore cette charge-là. »

Eh bien , Frontin ?

FRONTIN

Eh bien ! madame, à ces mots , admirez le pouvoir de fespérance , il s'est laissé désarmer comme un enfant, il s'est couché et s est endormi.

MARINE ironiquement.

Le pauvre chevalier !

FRONTIN à la baronne.

Mais ce matin , à son réveil , il a senti renaître ses Le" Sage. Théâtre. sS

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chagrins ; le portrait de la comtesse ne les a point dissipés. Il m'a fait partir sur-le-champ pour venir ici, et il attend mon retour pour disposer de son sort. Que lui dirai-je, madame.»^

LA BARONNE

Tu lui diras, Frontin, qu'il peut toujours faire fond sur moi, et que, n'étant point en argent comptant...

( Elle veut tirer son diamant de son doigt pour le lui donner. ) MARINE la retenant.

Eh ! madame , y songez-vous ?

LA BARONNE à Frontin , en remettant son diamant.

Tu lui diras que je suis touchée de son malheur.

MARINE à Frontin, ironiquement.

Et que je suis, de mon côté, très -fâchée de son infortune.

FRONTIN à la baronne.

Ah ! qu il sera fâché , lui... ( A part.) Maugrebleu de la soubrette !

LA BARONNE

Dis - lui bien , Frontin , que je suis sensible à ses peines.

MARINE à Frontin , ironiquement.

Que je sens vivement son affliction, Frontin.

FRONTIN à la baronne.

C'en est donc fait , madame, vous ne verrez plus monsieur le chevalier. La honte de ne pouvoir payer ses dettes va l'écarter de vous pour jamais j car rien n'est plus sensible pour un enfant de. famille. Nous allons tout à l'heure prendre la poste.

LA BARONNE bas à Marine.

Prendre la poste, Marine !

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