LA BARONNE, LE CHEVALIER, FRONTIN
LE CHEVALIER à la baronne.
Voilà , je l'avoue , une créature impertinente ! Vous avez eu raison de la chasser.
FRONTIN à la baronne.
Oui, madame, vous avez eu raison. Comment donc! mais c'est une espèce de mère que cette servante-là. LA BARONNE.
C'est un pédant éternel que j'avois aux oreilles.
FRONTIN
Elle se mèloit de vous donner des conseils ; elle vous auroit gâtée à la fin.
LA BARONNE
Je n'avois que trop d'envie de m en défaire ; mais je suis femme d'habitude, et je n'aime point les nouveaux visages.
4oO TURCARET.
LK CHEVALIER
Il seroit pourtant fâcheux que, dans le premier mouvement de sa colère , elle allât donner à M. Turcaret des impressions qui ne conviendroient ni à vous ni à moi,
FRONTIN à la baronne.
Oh! diable, elle n'y manquera pas. Les soubrettes sont comme les bigotes, elles font des actions charitables pour se venger.
LA. BARONIVE.
De quoi s'inquiéter ? Je ne la crains point. J'ai de l'esprit, et M. Turcaret n en a guère. Je ne l'aime point, et il est amoureux : je saurai me faire auprès de lui un mérite de l'avoir chassée.
FRONTIJN'.
Fort bien , madame, il faut tout mettre à profit.
LA BABONNE.
Mais je songe que ce n'est point assez de nous être débarrassés de Marine, il faut encore exécuter une idée qui me vient dans fesprit.
LE CHEVALIER
Quelle idée, madame?
LA BARONNE
Le laquais de M. Turcaret est un sot, un benêt, dont on ne peut tirer le moindre service; et je voudrois mettre à sa place quelque habile homme, quelqu'un de ces génies supérieurs qui sont faits pour gouverner les esprits médiocres, et les tenir toujours dans la situation dont on a besoin.
FRONTIN
Quelqu'un de ces génies supérieurs i*.... Je vous vois venir, madame ; cela me regarde. '