SCENE PREMIERE
LA BAROTSZSE, FRONTIN.
FKOîyTI^X donnant le diamant à la baronne.
Je n'ai pas perdu de temps, comme vous voyez, madame; voilà votre diamant. L homme qui l'avoit en gage me l'a remis entre les mains, dès quil a vu briller le billet au porteur, qu il veut escompter moyennant un très-honnête profit. Mon maître, que j'ai laissé avec lui, va venir vous en rendre compte.
LA BAROiV-NE.
Je suis enfin débarrassée de Marine ; elle a sérieusement pris son parti. J'appréhendois que ce ne fût qu'une feinte : elle est sortie. Ainsi , Frontin, j'ai besoin d'une femme de chambre; je te charge de m en chercher une autre.
FRONTIN
J'ai votre affaire en main. C'est une jeune personne , douce, complaisante, comme il vous la faut. Elle verroit tout aller sens dessus dessous dans votre maison sans dire une syllabe.
LA BARONNE
J'aime ces caractères-là. Tu la connois particulièrement ?
4o6 TUUCARET.
FRONTIN
Très-particulièrement. Nous sommes même un peu parents.
LA BARONNE
C'est-à-dire que l'on peut s'y fier ?
Comme à moi-même. Elle est sous ma tutelle : j ai l'administration de ses gages et de ses profits , et j'ai soin de lui fournir tous ses petits besoins.
LA BARONNE
Elle sert sans doute actuellement ?
FÏÎONTIN.
Non j elle est sortie de condition depuis quelques jours.
LA BARONNE
Eh ! pour quel sujet ?
FRONTIN
Elle servoit des personnes qui mènent une vie retirée, qui ne reçoivent que des visites sérieuses; un mari et une femme qui s'aiment; des gens extraordinaires. Enfin c'est une maison triste : ma pupille s'y est ennuyée.
LA BARONNE
OÙ est-elle donc à l'heure qu'il est ?
FRONTIN
Elle est logée chez une vieille prude de ma connoissance qui , par charité , retire des femmes de chambre hors de condition , pour savoir ce qui se passe dans les familles.
LA BARONNE
Je la voudrois avoir dès aujourdhui. Je ne puis me passer de fille.