ACTE III, SCENE IX. 5l
MOGICON.
Passablement.
DON ANDRÉ
Oh bien ! peur ou non , je ne veux pas que tu sortes du logis. Retire-toi dans la chambre où l'on te croit couché.
MOGICON.
Nous voilà d'accord ( l'as. ) Demeurons ici pour
savoir son dessein... ( il se cache dans un coin. ) DON ANDRÉ se met à rêver.
Que médites-tu ? que vas-tu faire , perfide ami ? Tu vas commettre le plus grand de tous les crimes. Quel outrage tu fais à don Juan ! N'achève point cette perfidie. Résiste à des désirs que tu ne peux satisfaire sans irriter contre toi le ciel , et faire horreur aux hommes. Pendant que le flambeau de la raison t'éclaire encore, fuis Léonor; sauve-toi de ces lieux.
( Il fait quelques pas comme pour sortir, puis il s'arrête. ) MOGICON bas.
Il a la tête diablement embarrassée.
DON ANDRÉ
Mais , n'est - ce pas avoir déjà commencé le crime , que de m'étre introduit ici ? Et, pour abandonner cette entreprise, falloit-il attendre que je fusse sur le point de l'exécuter .î^ Après tous les pas que j'ai faits, est-il temps de reculer ? A quoi me résoudre ? Pour me déterminer, mettons dans la balance , d'un côté , la confiance d'un ami , et de l'autre , la violence de mes désirs , ici !a foi jurée , et là le plaisir attendu. O ciel ! que ma vertu et ma foi pèsent peu ! Mon amour emporte la balance.
MOGICON bas.
Ouf! le frisson nie prend pour Léonor.
DON ANDRÉ
Faisons donc une action que d'autres, après tout, ont laite avant moi. J'ai tous les ferrements nécessaires pour ouvrir une porte. La chambre de Léonor, si je l'ai tantôt bien remarquée , est de ce côté-ci. ( il tire de sa
poche des instruments de fer, et cherche à talons la chambre de Léonor.)
Quoique sans lumière , en suivant le mur , je ne puis manquer de la trouver.
( Il oavre la porte avec les feiTements , et regarde dans la chambre sans y entrer; puis il revient sur le bord du théâtre, laissant la porte entr'ouverte. )
MOGICOPf bas.
Il va s'introduire dans la chambre de Léonor! La pauvre femme ! on lui prépare une étrange aubade.
DOIS' ANDRÉ
Quel saisissement vient me surprendre ? D'où vient que la crainte s'empare de mes sens ? Il semble que je n'ose m'engager plus avant. Quelle foiblesse de chanceler si long-temps! Ne différons plus. Tout est calme. Léonor repose. Entrons , et soufflons la lumière qui éclaire sa chambre, (il entre. ) Satisfaisons mes feux dans l'obscurité.