‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 4)Chapitre 381 sur 399 · ACTE IV, SCÈNE XII. ^J · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE XII. ^J

de M. Turcaret, puisqu'il faut vous le dire 11 n'est

pas que vous n'en ayez ouï parler ?

LA BARONNE avec étonnement.

Vous êtes sœur de M. Turcaret?

m"' JACOB.

Oui, madame, je suis sa sœur de père et de mère même. ■

LISETTE étonnée aussi.

M. Turcaret est votre frère, madame Jacob ?

m"* JACOB.

Oui, mon frère, mademoiselle, mon propre frère,

et je n'en suis pas plus grande dame pour cela Je

vous vois toutes deux bien étonnées; c'est sans doute à cause qu'il me laisse prendre toute la peine que je me donne?

LISETTE

Eh! oui; c'est ce qui fait le sujet de notre étonnement.

m" JACOB.

Il fait bien pis, le dénaturé qu'il est! il m'a défendu l'entrée de sa maison , et il n'a pas le cœur d employer mon époux.

LA BARONNE

Cela crie vengeance.

LISETTE à madame Jacob.

Ah ! le mauvais frère !

m" JACOB.

Aussi mauvais frère que mauvais mari. N'a-t-il pas chassé sa femme de chez lui !

LA BARONNE

Ils faisoient donc mauvais ménage?

M'^ JACOB

Ils le font encore , madame : ils n'ont ensemble aucun commerce ; et ma belle-sœur est en province.

LA. BARON]>fE.

Quoi! M. Turcaret n'est pas veuf.*'

m"' JACOB.

Bon ! il y a dix ans qu'il est séparé de sa femme, à qui il fait tenir une pension à Valogne , afin de l'empêcher de venir à Paris.

LA BARONNE bas à Lisette.

Lisette !

LISETTE bas.

Par ma foi, madame, voilà un méchant homme!

m"' JACOB.

Oh ! le ciel le punira tôt ou tard ; cela ne lui peut manquer. J'ai déjà ouï dire dans une maison qu'il y avoit du dérangement dans ses affaires.

LA BARONNE

Du dérangement dans ses affaires ?

M"^ JACOB

Eh ! le moyen qu'il n'y en ait pas : c'est un vieux fou, qui a toujours aimé toutes les femmes, hors la sienne. Il jette tout par les fenêtres, dès qu'il est amoureux, c'est un panier percé.

LISETTE bas à la baronne.

A qui le dit-elle , qui le sait mieux que nous ?

M"^ JACOB à la baronne.

Je ne sais à qui il est attaché présentement ; mais il a toujours quelques demoiselles qui le plument, qui l'attrapent, et il s'imagine les attraper, lui, parce qu'il leur promet de les épouser. N est-ce pas là un grand sot:' qu'en dites-vous, madame ?

Page 1