‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravures (volume 4)Chapitre 386 sur 399 · LA BARONNE, LE MARQUIS, M"" TURCARET, LISETTE · texte numérisé non relu

LA BARONNE, LE MARQUIS, M"" TURCARET, LISETTE

LE MARQUIS à la baronne.

Je viens, ma charmante baronne, vous présenter une aimable dame ; la plus spirituelle , la plus galante , la plus amusante personne... Tant de bonnes qualités, qui vous sont communes, doivent vous lier d'estime et d'amitié.

LA BARONNE

Je suis très-disposée à cette union... ( Bas à iJsette. ) C'est l'original du portrait que le chevalier m'a sacrifié.

3l" TURCARET.

Je crains, madame, que vous ne perdiez bientôt ces bons sentimens. Une personne du grand monde , du monde brillant, comme vous, trouvera peu d'agrément dans le commerce d'une femme de province.

LA BARONNE

Ah! vous n'avez point l'air provincial, madame; et nos dames le plus de mode n'ont pas des manières plus agréables que les vôtres.

LE IMARQUIS en montrant madame Tnrcaiet.

Ah! palsembleu! non. Je m'y connois , madame; et vous conviendrez avec moi , en voyant cette taille et ce visage-là , que je suis le seigneur de France du meilleur goût.

m" TURCARET.

Vous êtes trop poli, monsieur le marquis. Ces flatteries-là pourroient me convenir en province, où je brille assez, sans vanité. Tj suis toujours à l'affût des modes; on me les envoie toutes dès le moment qu elles sont inventées, et je puis me vanter d'être la première qui ait porté des pretintailles dans la ville de Valogne.

LISETTE à part.

Quelle folle !

LA BARONNE

Il est beau de servir de modèle à une ville comme celle-là.

\CTE V, SCÉMî VII. /^S^

M"^ TL'RCARET.

Je l'ai mise sur un pied ! j'en ai fait un petit Paris, par la belle jeunesse que j'y attire.

LE MARQUIS avec ironie.

Comment, un petit Paris? Savez-vous bien qu'il faut trois mois de Valogne pour achever un homme de cour?

m"' turc AR et à la baronne.

Oh ! je ne vis pas comme une dame de campagne, au moins. Je ne me tiens point enfermée dans un château; je suis trop faite pour la société. Je demeure en ville ; et j'ose dire que ma maison est une école de politesse et de galanterie pour les jeunes gens.

LISETTE

C'est une façon de collège pour toute la Basse-Normandie.

M"^ TURCARET à la baronne.

On joue chez moi , on s'y rassemble pour médire ; on y lit tous les ouvrages d'esprit qui se font à Cherbourg , à Saint-Lô , à Coutances , et qui valent bien lc6 ouvrages de \ ire et de Caen. Jy donne aussi quelquefois des fêtes galantes, des soupés-collations. Nous avons des cuisiniers qui ne savent faire aucun ragoût, à la vérité ; mais ils tirent les viandes si à propos , qu'un tour de broche de plus ou de moins , elles seroient gâtées.

LE MARQUIS

C'est l'essentiel de la bonne chère... Ma foi, vive Valogne pour le rôti !

Et pour les bals, nous en donnons souvent. Que l'on

s'y divertit! Cela est d'une propreté! les dames de Valogne sont les premières dames du monde pour savoir l'art de se bien masquer, et chacune a son déguisement favori. Devinez quel est le mien.

LISETTE

Madame se déguise en Amour, peut-être ?

m" turcaret.

Oh ! pour cela non.

Vous vous mettez en déesse apparemment , en Grâce ?

m" turcaret.

En Vénus, ma chère, en Vénus.

LE MARQUIS ironiquement.

En Vénus? Ah! madame, que vous êtes bien déguisée !

LISETTE à madame Turcaret.

On ne peut pas mieux.

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