VCTE IV, SCENE IV
INES effrayée.
Ahi , ahi , ahi !
DON JUAN
Si tu ne parles , je te tue.
INÈS
Mais si je parle , aussi , n'ai-je rien à craindre ?
DON JUAN
Non , je te le promets.
INES tendant la main.
Puisqu'il faut sauter le fossé , donnez -moi donc la bourse.
DON JUAN lui donnant la bourse.
Tiens.
INÈS la prenant.
Entre la bourse et la mort il n'y a pas , je crois , à balancer. J'étois enrouée, mais la voix m'est revenue. Cet accompagnement vaut mieux qu'un théorbe pour faire chanter une fille de ma sorte.
DON JUAN
Commence donc.
INÈS
Don Garcie aime ma maîtresse depuis cinq ou six ans.
DON JUAN
Je sais cela; et comment Léonor a-t-elle reçu ses services ?
INÈS
Eh! mais, comme une honnête fille reçoit les services d'un joli homme : d'abord assez mal , et dans la suite fort bien.
Le Sage. Théâtre. 5
DON JUAN
Se sont-ils souvent parlé ?
INÈS
Oh! pour cela oui, et même commodément, tant la nuit que le jour , parce que , dans un endroit de la cloison qui est commune aux deux logis , il s'est trouvé, par hasard ou autrement , une petite ouverture au travers de laquelle ils s'entretiennent tout à leur aise.
DON JUA.N.
Que dis-tu ?
INFS.
Ce que je vous dis.
DON JUAN
Me dis -tu la vérité P
INÈS
Cela est si vrai , que j'entendis hier de mes propres oreilles les adieux qu'ils se firent, et qui furent, je vous assure , fort tristes. Il y eut force soupirs , plaintes réitérées , pleurs répandus. Il lui dit : Enfin , Léonor , vous êtes mariée. Elle lui répondit : Oui , je suis femme de don Juan. Adieu , don Garcie ; adieu , Léonor ; et là-dessus ils se séparèrent. DON JUAN.
Ah ! Inès , ton récit m'a percé le cœur.
INÈS bas.
11 n'a pourtant pas été aussi circonstancié que je l'aurois pu faire.
DON JUAN
Où est la cloison ?